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Cantata BWV 9
Es ist das Heil uns kommen her
Le Salut nous est venu…
Commentary in French

KANTATE ZUM 6. SONNTAG NACH TRINITATIS
6e dimanche après la Trinité
Leipzig, vers 1732-1735

CONTENU

Avertissement
Datation
Sources
Péricope
Texte
Généralités
Distribution
Aperçu
Bibliographie
Discographie

 

AVERTISSEMENT

Cette notice dédiée à une cantate de Bach tend à rassembler des textes, des notes, voire des critiques discographiques souvent introuvables ou difficilement accessibles aujourd’hui (2009). Le but est de donner à lire un ensemble cohérent d’informations et de proposer aux amateurs et mélomanes francophones un panorama élargi et espéré parfois inédit de cette partie de l’œuvre vocale de Bach
Outre les quelques interventions « CR » identifiées par des parenthèses [...] le rédacteur précise qu’il a toujours pris le soin jaloux de signaler sans ambiguïté le nom des auteurs sélectionnés. Semblablement, il a indiqué clairement, entre guillemets «…» toutes les citations fragmentaires tirées de leurs travaux. Rendons à César...

ABRÉVIATIONS:
BB / SPK = Bach Bibliothek / Staatsbibliothek Preussicher Kulturbesitz
B.c. = Basse continue ou continuo
BCW = Bach Cantatas Website
BD = Bach-Dokumente (4 volumes, 1975)
BG = Bach-Gesellschaft = Société Bach (Leipzig, 1851-1899). J. S. Bach Werke. Gesamtausgabe (édition d’ensemble) der Bachgesellschaft
BJ = Bach-Jahrbuch
D = Deutschland
EKG = Evangelisches Kirchen-Gesangbuch.
F = France
NBA = Neue Bach Ausgabe (nouvelle publication de l’œuvre de Bach à partir des années 1954-1955)
NBG = Neue Bach Gesellschatf = Nouvelle société Bach (fondée en 1900)
P = Partition = Partitur
PBJ = Petite Bible de Jérusalem
PKB = Preußicher Kulturbesitz, Staatsbibliothek, Berlin
St. = Parties séparées = Stimmen

La première lettre -en gras- d’un mot du texte de la cantate indique la majuscule de la langue allemande.
Dans le corps du texte allemand de la cantate, le mot ou un groupe de mots mis en italiques désignent un affect particulier ou un « accident remarquable.

 

DATATION BWV 9

Leipzig, vers 1732-1735
BASSO [Jean-Sébastien Bach, volume 1, page 62]: «…il est possible que des cantates de Bach (BWV 101, 147, 170 et 9) aient été proposées au public de Halle par Wilhelm Friedemann [Bach] mais de toutes manières, leur date d’exécution remonte à 1746…»
[volume 2, pages 595-596]: «…Les opinions émises par certains spécialistes (Schering, en particulier) selon lesquelles les cantates BWV 9, 93, 97, 99, 100, 111 pourraient avoir été utilisées lors d’un service liturgique lié à une célébration de mariage…»
BRAATZ /BCW : Première exécution entre 1731 et 1735. Une deuxième possible entre 1740 et 1747, d’après des modifications autographes constatées notamment dans le mouvement n° 3.
DÜRR: «…une cantate chorale appartenant, de par son type, à la seconde année de la période 1724/1725 bien qu’elle n’ait été composée qu’une dizaine d’années plus tard, vers 1732-1735, car, le sixième dimanche après la Trinité de 1724, Bach était à Köthen avec sa femme et c’est pourquoi il se sera réservé de composer pour une circonstance ultérieure le texte prévu pour cette célébration [argument repris dans la notice de l’enregistrement de J. E. Gardiner].
GARDINER: «…sur le plan formel et stylistique, cette cantate appartient au second Jahrgang de Bach…»
HIRSCH: Classement CN 197 (Die chronologisch Nummer = Numéro chronologique).
Chronologie (celle d’Alfred Dürr). Années 1732-1735 avec les cantates BWV 100, 211 et 36b
VIGNAL: «…Selon le musicologue Peter Wollny, le matériel de cette cantate fit partie de l’héritage de Wilhelm Friedmann Bach qui la fit exécuter à Halle (Saxe), dans une version plus ou moins altérée, probablement au printemps 1759 ».
WOLFF: «…Date de la période 1732-1735. Elle fut peut-être créée le 20 juillet 1732 et reprise le 17 juillet 1735. Il y eut au moins une représentation ultérieure après 1740, selon les sources ».

 

SOURCES BWV 9

PARTITION AUTOGRAPHE = ORIGINALPARTITUR.
Washington DC. ML 96 / B 186/case. Der autographen Partitur. Library of Congress.

BASSO: « Partition autographe (avec la cantate BWV 10) conservée à la Bibliothèque du Congrès à Washington DC ».
BRAATZ [BCW]. L’auteur retrace l’historique du cheminement de la partition originale : Elle fit partie de l’héritage de Wilhelm Friedmann Bach. C’est à partir d’elle que Forkel prit copie [en 1803]. Cette partition, par ventes successives semble avoir passé en France puis en Angleterre (Georg Kurtz, Liverpool) dans le courant du 19e siècle. La collection de ce dernier propriétaire fut vendue en 1895 et la partition partit aux Etats-Unis et entra finalement à la Bibliothèque du Congrès à Washington DC, le 11 juin 1931.
HERZ: Filigrane "MA" . Vers 1732-1735
SCHMIEDER: Copie d’après cette partition, dans le catalogue X "Rara and early printed books", Paul Gottschalk, Berlin W 8, 1930

PARTIES SÉPARÉES = ORIGINALSTIMMEN.
St Thom. Thomasschule, Bach-Archiv, Leipzig.

Propriété d’Anna Magdalena Bach à la mort de son époux, elle les remit par la suite à la Thomasschule. Il existait un deuxième jeux de ces parties séparées dont Wilhelm Friedmann était propriétaire et dont il fit encore des copies supplémentaires, peut-être pour une exécution à Halle, vers 1759.
Selon Thomas Braatz, des copies de ces travaux (page de titre et violon 1) se trouvent à Vienne (Gesellschaft der Musikfreund in Wien A 90) dans le temps ou des collections américaines (New York) en conservent (violon 2 et B.c) à la « Pierpont Morgan Library » et un anonyme (la traverse / Viola ?)
BG: En tête des parties conservées à Leipzig: « Flauto traverso. Oboe d’amore. Violino I, II. Viola. Soprano, Alto, Tenore, Basso. Continuo in E u D » [mi majeur – ré majeur]. De la main de Bach les parties de flûte et de hautbois des deux airs, jusqu’à la fin, l’instrumentation du choral final, les parties vocales du duetto et deux versions du continuo en mi et en ré majeur. Plus les corrections autographes habituelles. .
SCHMIEDER: Parties séparées partiellement autographes. Elles sont identiques à 3 de celles qui étaient en possession du collectionneur Rudorff et qui passèrent aux enchères à Berlin les 6 et 8 avril 1908.
SPITTA [Johann Sebastian Bach, volume 2 - Annexe n° 44, pages 696-697]: « Le filigrane "M A" identifié à une période. Je donne ici la liste des cantates, d’église ou profanes, constituant un groupe de manuscrits incluant motets et messes » En cinquième position la cantate "Es ist das Heil".
WOLLNY: Ce matériel fit partie de l’héritage reçu par Wilhelm Friedmann Bach, en 1750, à la mort de son père,

COPIES XVIIIe SIÈCLE = ABSCHRIFTEN 18. Jh.
P 46 M. Staatsbibliothek zu Berlin Preußicher Kultur Nesitz. Ex Marburg Staatsbibliothek (dépôt).
P 199 M. Staatsbibliothek zu Berlin Preußicher Kultur Nesitz. Anciennement (avant 1989) Marburg Staatsbibliothek (dépôt).
Vraisemblablement les deux copies réalisées par Johann-Nikolaus Forkel. Voir ci-dessous à « Schweitzer ».

SCHMIEDER: Copie d‘une partie de soprano et de ténor de la main de W. Friedemann Bach conservées à Cologne et Berlin.
Parties séparées signalées par Werner Neumann: deux à Köthen, une à Eisenach
SCHWEITZER [J.-S. Bach / Le musicien-poèteLes cantates écrites après 1734, page 202]: « Un cycle entier de cantates-chorals était échu en partage à Friedemann Bach. Nous savons ce détail par une lettre de Forkel, écrite de Göttingen à la date du 4 avril 1803. Il y raconte qu’un moment il eut l’idée d’acheter ces cantates à Friedemann (avant la mort de ce fils de Bach, donc avant 1784), qui se trouvait alors dans la gêne ; mais comme il ne pouvait lui payer les vingt louis d’or qu’il demandait, il acheta pour deux louis d’or la permission d’emporter chez lui le cycle entier et de le parcourir. Il en profita pour copier les deux cantates « Es ist das Heil uns kommen her (n° 9) et « Wo Gott, der Herr, nicht bei uns hält » (n° 178).». Plus tard, cemême cycle fut vendu douze thalers. Forkel ne put savoir quel en fut l’acquéreur ( [Schweitzer produit à la suite la lettre de Forkel rédigée en allemand: «…Je décidai donc de copier moi-même les morceaux les plus remarquables du volume pour les 2 L. d’or de mes droits de communication. [Ich besitze dennach jetzt nur 2 Stücke über die Chorale] =/ Je ne possède de ce fait que 2 des chorals : Chorale « Es ist das Heil aus kommen her » und « Wo Gott, der Herr nicht bei uns hält ». [Beide Stücke sind ausserordentlich schön] = Ces deux morceaux sont remarquablement beaux…» L’inventaire après décès de Forkel (20 mars 1818) fut imprimé à l’occasion de la vente aux enchères de sa bibliothèque (mai 1819)… parmi les œuvres vocales, on retrouve les chorals, l’édition des motets faite par Johann Gottfried Schicht (1803), la Messe en si mineur et une messe inauthentique [Bwv Anh. 167], les deux Choral-Kantaten copiées dans la partie d’héritage de Friedemann Bach…]
Forkel en fit une nouvelle copie et ses deux partitions furent vendues aux enchères à sa mort en 1819 et firent partie de la collection de Georg Poelchau (1773-1836), qui les rétrocéda à la Deutsche Staatsbibliothek de Berlin où elles entrèrent définitivement vers 1841.
VIGNAL: «… A la mort de Johann Sebastian en 1750, Wilhelm Friedemann hérite de la plus grande partie du matériel de ses cantates, « car étant donné la position qu’il occupait à Halle, il pouvait en faire le meilleur usage » (Forkel). Peter Wollny estime que sous sa direction furent entendues à Halle, intégralement ou non et plus ou moins arrangées, les cantates suivantes… » Suit la liste dans laquelle se trouve la cantate BWV 9, « exécutée probablement au printemps 1759 ».

ÉDITIONS
SOCIÉTÉ BACH
= BACH-GESELLSCHAFT AUSGABE (BG)
Jg. I, (1ère année - BWV 1-10). Pages 245-273. Préface du président de la BG, Moritz Hauptmann (1851)

NOUVELLE ÉDITION BACH = NEUE BACH AUSGABE (NBA)

KANTATEN SERIE I/ BAND 17/2. KANTATEN ZUM 5 UND 6 SONNTAG NACH TRINITATIS
Bärenreiter Verlag BA 5081. 19935. 6 fac-similés.
BWV 9. Pages 93-123. Bl. 8v. Der autographen Partitur. Library of Congress. Washington DC. ML 96 / B 186/case. Satz 6 Lesart ante correctum, und Satz 7
-Seite der Originalstimme Violino 1, geschrieben von Johann Sebastian Bach (Gesellschaft der Musikfreund in Wien A 90). Satz 1 bis T 124
Avec BWV 93, 88, 170, Anh. 170
Kritischer Bericht (commentaires). BA 5081 41. 1993. Emans Reinmar
BACH-INSTITUT GÖTTINGEN: Die Neue Bach-Ausgabe [NBA]. I: Kantaten / 172. Net www. Bach-Institut.de

AUTRES ÉDITIONS
Breitkopf & Härtel. Partition = PB 2859. Chœur = ChB 2144. Clavier et orgue ; révision de Max Seiffert = OB 2481
2009. Partition = PB 4809 (32 pages) - Réduction voix et piano = EB 7009 (28 pages) – Parties séparées (6) = OB 4509 – Chœur = CHB 4509 (8 pages).
BCW. Réduction Voix et piano. Partition BGA
Kalmus Study Scores, n° 807. Volume III. New York 1968. Cantates BWV 9 à-11
Peters –Réduction piano
[La partition de la BG est dans le coffret n° 3 Teldec-Decca / Leonhardt-Harnoncourt. 1972]

 

PÉRICOPE BWV 9

Sixième dimanche après la Trinité ou le cinquième dimanche après la Pentecôte dans le Missel romain ou on lit également l’évangile de Matthieu 5, 20-24. L’épître aux Romains paraît lors du 6è dimanche après la Pentecôte : « Nous tous qui avons été baptisés en Jésus-Christ, c’est en sa mort que nous avons été baptisés… »
Épître: Romains 6, 3-11 [PBJ. 1676]. Le baptême. La mort du Christ nous sauve du péché : « Le vieil homme a été crucifié avec Lui, pour que fut détruit ce corps de péché… et vous de même, regardez-vous comme morts au péché et vivants pour Dieu dans le Christ ».
Évangile: Matthieu 5, 20-26 [PBJ. 1460]. Les Béatitudes. Le Sermon sur la montagne. La justice nouvelle supérieure à l’ancienne.

EKG. 6. Sonntag nach Trinitatis
Entrée. Isaïe 43, 1 [PBJ. 1153]: « Ne crains rien, car je t’ai racheté ; je t’ai appelé par ton nom, tu es à moi…»
Psaume 139, 1-18 [PBJ. 932]. Hommage à celui qui sait tout ».
Cantique: EKG 243 : « Durch Adams fall ist ganz verderbt »
Épître: Romains 6, 3-11 [PBJ 1676]. Le baptême. La mort du Christ nous sauve du péché
Évangile: Matthieu 5, 20-26 [PBJ 1460]. Les Béatitudes. Le sermon sur la montagne. La justice nouvelle supérieure à l’ancienne.

[Voir particulièrement l’Épître aux Romains 3, 28 [PBJ. 1673] : Le rôle de la Foi. « Où donc est le droit de se glorifier ? Il est exclu. Par quelle genre de loi ? Celles des œuvres ?, Non, par une loi de foi. Car nous estimons que l’homme est justifié par la foi sans la pratique de la loi… ».
Il est clair que ce passage de l’épître, avec son éloge appuyée de la justification par la foi, est plus proche du texte de la cantate que celui lu en ce sixième dimanche après la Trinité (Romains 6, 3-11).
Même occurrence: La cantate BWV 170 (28 juillet 1726) et les cantates perdues XXVIII (peut-être C. Ph. E. Bach et XXXIX Basso)

 

TEXTE BWV 9

Auteur inconnu ou compilateur si l’on préfère, avec une participation éventuelle de Bach.

1] Strophe 1 du cantique de Paul Speratus (1484-1545) "Es ist das Heil uns kommen her", composé et publie à Nuremberg, (1523-1524) dans le recueil Achtliederbuch.
14 strophes de 7 vers chacune. La mélodie de ce choral paraît également dans l’Orgelbüchlein, BWV 638
La mélodie (XVe siècle) est d’un compositeur anonyme. Elle est reprise dans EKG 242. Elle serait tirée d’un chant pascale « Freu dich du Werte Christenheil » connu également sous le titre « Freut euch ihr Frauen und ihr Mann »
BCW donne les deux textes les plus courants sur cette fameuse mélodie, le premier, « Es ist das Heil uns kommen her », celui utilisé dans BWV 9/1 et 7, BWV 155/5 et BWV 186/6 et 11 ; le deuxième « Sei Lob und Ehr dem höchsten Gut » retrouvé dans les cantates BWV 117/1, 4 et 9 et dans BWV 251. Renvoi à EKG 233.
Cette mélodie parfois associée au cantique de Speratus a été utilisée par de très nombreux compositeurs dont BCW donne la longue liste : Sweelinck, Hassler, Buxtehude (BUXWV 186), Zachow, Telemann, etc., jusqu’à Brahms (opus 29/1)…

2] Compilation des strophes 2 à 4 du cantique
3] Auteur inconnu. Texte libre
4] Compilation des strophes 5 à 7 du cantique
5] Paraphrase de la strophe 8ème du cantique de Speratus
6] Compilation des strophes 9 et 11 du cantique. La strophe 11 dans la cantate BWV 86/6 avec la mélodie et BWV 186/11, avec la mélodie également.
7] Strophe 12ème du cantique de Paul Speratus. Bach la réutilisera dans les cantates BWV 155/5,avec la mélodie et BWV 186/6 également avec la mélodie.
Les strophes 10 et 13-14 du cantique de Speratus n’ont pas été utilisées.

BASSO [Jean-Sébastien Bach, volume 2, pages 467-468]: «…Friedrich Smend a pu relever dans cette œuvre une série de références « symboliques » d’un sens particulier. Le point de départ est dans Matthieu 5, 20 (« car je vous le dis : si votre justice ne surpasse pas celle des Scribes et des Pharisiens, vous n’entrerez certainement pas dans le Royaume des Cieux »)… »
BOMBA (Rilling, volume 40 BWV 126). Hans-Joachim Schulze, directeur des Archives Bach à Leipzig renvoie à un recueil (manière de compilation de textes de cantates) imprimé comme c’était alors l’usage, quoique d’un poète inconnu. H. J. Schulze paraît l’avoir identifié sous le nom de Andreas Stöbel, ancien correcteur de l’église Saint-Thomas décédé le 31 janvier 1725…»
BOYER [Les mélodies de chorals dans les cantates de Jean-Sébastien Bach, pages 156-157]: « Origine du choral dans le Gesangbuch de Wittenberg (1524). Décalqué sur un cantique pré-réformiste « Freut eut ihr Frauhen und ihr Menn » Cette mélodie (MDC 030) sert également au cantique « Sei Lob und Ehr dem höchsten Gut » [Renvoi aux cantates BWV 86/6, BWV 117/1, 4 et 9 ; BWV 155/5 et BWV 186/6 ainsi que le choral BWV 251 (choral pour le mariage).
CHAILLEY: « Le cantique est un exposé théologique assez sec de la position d’une partie au moins de l’Église luthérienne devant l’un des problèmes les plus controversés de l’histoire religieuse : qui de la foi ou des œuvres, assure le salut. L’auteur du cantique Paulus Speratus (1551) est formel : la foi, dit-il, et elle seule… Le texte dit aussi que la foi nous attire vers Jésus-Christ, notre médiateur.Elle tend donc à faire de nous ses imitateurs, à nous identifier à Lui…»
DÜRR: « C’est le cantique de Paul Speratus traitant de la justification par la foi seule [proposition éminemment protestante s’il en fut], qui sert de texte de base. Son contenu se laisse aisément ramener à l’Évangile du dimanche dans lequel Jésus met en garde contre le pharisianisme des Docteurs de la loi et des pharisiens (Matthieu 5, 20-26), aussi le cantique était-il souvent chanté en ce jour de l’année liturgique. Il s’agissait d’un Pater Noster versifié de 14 strophes dont le parolier anonyme de Bach a omis les deux dernières et transformé les autres en texte de cantate en 7 mouvements en conservant littéralement les strophes 1 et 12 comme mouvement initial et final et en remaniant les strophes intermédiaires 2 à 11 en récitatifs et airs ».
WOLFF: «…Le texte s’appuie sur le lied homonyme de Paul Speratus (1524). Ses strophes furent paraphrasées en tant que récitatifs et airs -probablement par l’auteur des cantates de choral de 1724-1725. En 1724 Bach n’était pas à Leipzig pour le 6e dimanche après la Trinité, mais il visitait Köthen [Bach-Dokumente, II, 184]. L’œuvre peut donc être considérée comme un complément au répertoire des cantates de choral, telles que BWV 14, 112 et 192. Référence au texte de l’Évangile du dimanche (Matthieu 5, 20-26 - Le Sermon sur la Montagne), n’est pas très spécifique, comme c’est le cas d’autres cantates de choral ». Christoph Wolff repris plus tard par H. J. Schulze et Andreas Bomba écrivait: Andreas Stöbel est probablement l’auteur des cantates de choral de 1724-1725… En 1724 Bach n’était pas à Leipzig pour le 6e dimanche après la Trinité.

 

GÉNÉRALITÉS BWV 9

BOYER [Les cantates sacrées de Jean-Sébastien Bach, pages 127-128]: « Une grande unité se dégage de cette cantate qui confie les trois récitatifs à la basse : le ton déclamatoire est celui du sermon, la cantate sur une forme curieuse, celle d’un motet concertant avec flûte, hautbois d’amour et violon… Cette cantate écrite tardivement retrouve le climat des années 1724-1725 mais avec une rigueur accrue ».
GEIRINGER [Jean-Sébastien Bach, note 178 de la page 368]: « A part ces cantates [dont BWV 51 et 34a] écrites pour des mariages, les cantates BWV 194, 196, 197 comme BWV 120a conservées seulement en partie, avaient la même destination. Il se peut aussi que Bach ait employé dans ces occasions d’autres cantates dont le texte s’y prêtait, telles que les n° 97, 100, 9, 93, 99, 111, ou des chorals de mariage (BWV 250-252). Cf. Hudson, page 7.
KUIJKEN: «…cantate composée entre 1732 et 1735 pour le 6e dimanche après la Trinité. Retour à la cantate-choral. La cantate est basée suer le choral : «Es ist das Heil uns kommen her » (1523) de Paul Speratus. Des parties concertantes instrumentales obligées de flûte traversière et de hautbois d’amour se dégage un charme particulier dès le premier mouvement. L’écriture en imitation des autres parties vocale se subordonne à la mélodie du choral, confiée à la voix de soprano. L’insertion des parties vocales dans le tissu instrumental des cordes (concertant avec les deux instruments solistes) fait aître u mouvement très énergique. Un travail très différencié sur les motifs ajoute encore à sa riche diversité. Le récitatif de la basse est particulièrement intéressant : c’est le premier des trois récitatifs secco aux textes fournis, tous énoncés par la basse., donc toujours dans la même tessiture. Alfred Dürr compare ce procédé à un « prêche continu ». De fait, le texte de ces récitatifs se comprend comme un discours continu, interrompu par deux airs. Le premier « Wir waren schon zu tief gesunken », chanté par le ténor, est accompagné par un violon et le continuo. Bach interprète à nouveau le texte d’une manière « musico-littérale » en utilisant des éléments chromatiques chargés d’affekt. Le second air, un duo soprano / alto, est en fait un quintette, grâce à la participation de la flûte traversière, du hautbois d’amour et du continuo. Tout le mouvement bénéficie d’une adroite structure canonique. Remarquons, au début de la partie médiane de cet air à da capo, l’association d’un instrument et d’une voix. La dernière strophe du choral sert de mouvement final. Malgré la simplicité du choral, ce mouvement est animé d’une polyphonie très aérées et d’une harmonie très colorée ».
SPITTA: « Les cantates de Leipzig, 1731-1734. | Une cantate pour le sixième dimanche après la Trinité "Es ist das Heil uns kommen" nous donne entière satisfaction. par sa grande maîtrise et sa forme… cette cantate doit avoir été écrite la même année que la cantate "Wachet auf " [BWV 140] vers 1731. Seules la première et la douzième strophes du cantique de Paul Speratus ont été utilisées et placées au début et à la fin de l’ouvrage, tandis qu’entre eux, prennent place d’autres mouvements de forme madrigalesque et un admirable duo en canon. Le traitement de la première strophe s’identifie de façon surprenante à la première strophe de la cantate "Wachet auf", particulièrement dans les parties en imitations et dans l’accompagnent rythmique du thème instrumental ».
WHITTAKER [The Cantatas of Johann Sebastian Bach, volume 1, page 433]: Type de cantate-choral utilisant un cantique soit en totalité, soit partiellement mais avec aussi avec des strophes paraphrasées : BWV 8, 20, 93, 99.
WOLFF: «…Les mouvements 1 et 7 présentent la mélodie du choral ».

 

DISTRIBUTION BWV 9

NEUMANN. Solo : Sopran, Alt, Tenor, Baß. – Chor. Querflöte, Oboe d’amore, ; Streicher ; B.c.
SCHMIEDER. Soli: S, A, T, B.. – Chor : S, A, T, B. Instrumente : Flauto traverso ; Oboe d’amore ; Viol. I, II ; Vla&. ; Cont.

WOLFF: «…Cette cantate en sept mouvements est écrite pour les registres de voix habituels (un chœur dans lequel les quatre voix ont également un rôle de soliste), avec une combinaison instrumentale inhabituelle : deux bois différents (flûte traversière et hautbois d’amour), cordes et continuo. Dans les diverses représentations ultérieures, Bach fit varier l’instrumentation, par exemple : en 1732 les mouvements deux à quatre sont sans accompagnement d’orgue tandis qu’après 1740 ils sont avec ».
VIGNAL: «…Quand le fils de Bach, Wilhelm Friedemann fit exécuter à Halle au printemps 1759… compte tenu des effectifs instrumentaux dont il pouvait disposer à Halle, effectifs plus réduits qu’au temps de Bach à Leipzig, des aménagement ont été opérés ; ainsi la basse continue dans BWV 9 est réduite au seul orgue alors que Bach avait prévu ici violoncelle, la contrebasse et l’orgue. De même dans le duo n°5, un orgue obligé remplace la flûte et le hautbois de l’original ».

 

APERÇU BWV 9

1] CHORALCHORSATZ. BWV 9/1

ES IST DAS HEIL UNS KOMMEN HER / VON GNAD UND LAUTER GÜTE. / DIE WERK, DIE HELFEN NIMMERMEHR, / SIE MÖGEN NICHT BEHÜTEN. / DER GLAUB SIEHT JESUM CHRISTUM AN, / DER HAT GNUG FÜR UNS ALL GETAN, / ER IST DER MITTLER WORDEN.
Le salut nous est venu / de la grâce et de la bonté. / Les actions n’ont plus le pouvoir / de nous aider, ni de nous protéger. / La foi ne veut contempler que Jésus, / qui a tant fait pour nous, / qui est devenu le médiateur.

Mi majeur (E), 147 mesures, 3/ 4. Cantus firmus au soprano
BG. Jg. I. Pages 245-259. Flauto traverso. | Oboe d‘amore. |Violono I. | Violino II. | Viola. | Soprano. | Alto. | Tenore. | Basso. | Continuo.
NEUMANN. Parties instrumentales indépendantes. Ritournelles et parties vocales encastrées. Cantus firmus au soprano avec imitations.

BASSO [Jean-Sébastien Bach, volume 2, pages 467-468]: « Le motet concerté sur cantus firmus qui ouvre la composition ne se limite pas )à prendre en considération ce qu’expose le Lied de Speratus (« le salut nous est venu de la grâce et de la bonté ») mais y insinue subtilement deux figurations tirées des incipit de deux autres chorals, ici, coordonnés de manière à ce que l’un apparaisse comme une réponse à l’autre : Ich ruf zu dir, Herr Jesu Christ (l’appel du fidèle) à la flûte, et Von Himmel hoch, da komm ich her (la venue du Sauveur) au continuo…»
BOMBA: « Les motifs du mouvement d’entrée [1] ne semblent pas être concernés par la mélodie ni par les questions de principe de la lecture. Des fûtes et des hautbois et à l’ocles premiers violons offrent le fondement fortement concertant au cantus firmus exécuté en soprano en forme de vers ainsi qu’aux autres voix tissant ingénieusement les thèmes auxiliaires…»
BOYER [Les cantates sacrées de Jean-Sébastien Bach, pages 127-128]: «Elaboration de choral sur MDC 030 avec ritournelle orchestrale indépendante. Cantus firmus au soprano ave imitations sous-jacentes ».
[Les mélodies de chorals dans les cantates de Jean-Sébastien Bach, pages 156-157]: « Mélodie de choral 030 de type II b, le cantus firmus confié au soprano, les trois autres voix en polyphonie lâche avec imitations très rapide plutôt issues de la thématique instrumentale,, les instruments exécutant des parties indépendantes…»
DÜRR: « Le chœur d’entrée repose sur une forme typique de la cantate chorale de Bach : la mélodie du cantique, exposée sous forme de versets par le soprano est soulignée par un mouvement imitatif des trois voix inférieures en même temps qu’encastrée dans un mouvement instrumental pourvu d’une thématique propre. L’attrait sonore de l’instrumentation réside dans l’emploi d’une flûte traversière et d’un hautbois d’amour qui tantôt s’opposent de manière concertante à l’orchestre à cordes et tantôt intègrent le premier violon à leur concertino ».
GARDINER: « …La fantaisie de choral initiale est en mi majeur, la tonalité la plus diésée de toute la musique vocale de Bach… elle fait appel à une flûte et un hautbois d’amour concertants ; les cordes en ripieno se trouvent quasiment confinées à un rôle d’accompagnement, bien que le premier violon puisse, à l’occasion également s’arroger un rôle de type concertant… les parties, alto, ténor et basse entrant en imitation reposent sur un matériau n’ayant absolument rien à voir avec la mélodie du choral…»
KUIJKEN: «…Des parties concertantes instrumentales obligées de flûte traversière et de hautbois d’amour se dégage un charme particulier dès le premier mouvement. L’écriture en imitation des autres parties vocales se subordonne à la mélodie du choral confiée à la voix de soprano. L’insertion des parties vocales dans le tissus instrumental des cordes (concertant avec les deux instruments solistes) fait naître un mouvement très énergique. Un travail très différencié sur les motifs ajoute encore à sa riche diversité ».
PIRRO [L‘Esthétique de Jean-Sébastien Bach – La formation rythmique des motifs, page 114]: «…les adverbes « genug » sont fréquemment isolés du reste de la ligne mélodique comme pour marquer ce qu’il y a de définitif dans leur signification ».
[Les Mélodies simultanées, page 140]: «…Bien qu’interdite à la mélodie principale, donnée d’avance et quasi intangible, la traduction musicale du texte poétique est ainsi sauvegardée puisque le compositeur la fait passer dans l’accompagnement des voix. Il dispose librement de ce moyen d’expression et s’ingénie à le rendre significatif. Parfois il le forme de notes détachées, dont l’isolement semble montrer qu’elles se suffisent à elles mêmes pour interpréter le mot g’nug (assez) ». [Renvoi à BG 9, vol. I page 255].
ROMIJN: «…après 24 mesures d’une délicieuse introduction orchestrale, le thème du choral au soprano. Les autres voix imitent les parties instrumentales tandis que la flûte, le hautbois d’amour et le violon entrelacent leur douce mélopée ».
WOLFF: «…Présentation de la mélodie du choral avec un haut degré d’habileté où un mouvement orchestral moderne dans un style de concerto libre est combiné de façon surprenante et élégante avec un ton d’église démodé du début du 16e siècle ».

2] REZITATIV BAß. BWV 9/2

GOTT GAB UNS EIN GESETZ, DOCH WAREN WIR ZU SCHWACH, / DAS WIR ES HÄTTEN HALTEN KÖNNEN. / WIR GINGEN NUR DEN SÜNDEN NACH, / KEIN MENSCH WAR FROMM ZU NENNEN ; / DER GEIST BLIEB AN DEM FLEISCHE KLEBEN / UND WAGTE NICHT ZU WIDERSTREBEN. / WIR SOLLTEN IN GESETZE GEHN / UND DORT ALS WIE IN EINEM SPIEGEL SEHN, / WIE UNSRE NATUR UNARTIG SEI ; / UND DENNOCH BLIEBEN WIR DABEI. / AUS EIGNER KRAFT WAR NIEMAND FÄHIG, / DER SÜNDEN UNART ZU VERLASSEN, / ER MÖCHT AUCH ALLE KRAFT ZUSAMMENFASSEN
Dieu nous a donné une loi, cependant nous étions trop faibles / pour qu’il nous fut possible de l’observer. / Nous n’avons fait que nous abandonner aux péchés, / aucun être ne mériterait la qualification de pieux ; / L’esprit restait collé à la chair / contre laquelle il n’osait pas lutter. / Nous devions nous régler sur des lois / qui nous faisaient voir, comme dans un miroir, / la méchanceté de notre nature / Et pourtant nous ne pouvions pas changer. / Personne n’était de soi-même capable / de renoncer au mal lié aux péchés, / bien qu’il l’ait voulu de toutes ses forces.

Ut dièse (cis) – si mineur (h), 18 mesures, C
BG. Jg. I. Page 260. Recitativo. | Basso. | Continuo.
NEUMANN. Récitatif secco. Baß

BASSO [Jean-Sébastien Bach, volume 2, pages 467-468]: « A noter une caractéristique franchement anormale : la présence de trois récitatifs tous confiés à la voix de basse, qui, sur un ton déclamatoire, expose des principes dignes d’un sermon, en en observant même le style, tout à la fois explication et exhortation ».
DÜRR: « Les trois récitatifs [n° 24 et 6] sont exclusivement assignés à la basse et mis en musique sous la forme d’un secco sobrement déclamatoire…
PIRRO [L‘Esthétique de Jean-Sébastien Bach – La direction des motifs, pages 33- 34]: «…Les sentiments qui dépriment ou qui abaissent, les mots qui désignent l’abjection, le mépris, la faiblesse, la fatigue, sont rendus par un affaissement de la ligne mélodique » [+ Exemple musical sur les mots « zu schwach / nous étions trop faibles », BG, page 260].

3] ARIE TENOR. BWV 9/3

WIR WAREN SCHON ZU TIEF GESUNKEN, / DER ABGRUND SCHLUCKT UNS VÖLLIG EIN, / DIE TIEFE DROHTE SCHON DEN TOD, / UND DENNOCH KONNT IN SOLCHER NOT / UNS KEINE HAND BEHILFLICH SEIN.
Nous étions déjà tombés trop bas, / l’abîme nous engloutissait, / Les profondeurs laissaient déjà sentir la menace de la mort./ et cependant dans ce danger extrême, / aucune main ne pouvait nous être secourable.

Mi mineur (e), 88 mesures, 12/16
BG Jg. I. Pages 260-265. Aria. | Violino. | Tenore. | Continuo.
NEUMANN. Triosatz. Violine, Tenor, B.c. Libre Da-capo

BASSO [Jean-Sébastien Bach, volume 2, page 468]: «…aria pour ténor, avec un violon en fonction concertante exploite, avec de savantes syncopes, le rythme inhabituel de 12/16…»
BOMBA: «…Le premier air commence avec la conscience d’être « déjà tombé trop bas »… En alternance avec le soliste ténor, le violon décrit cette chute en répétant inlassablement les figures correspondantes…»
BOYER [Les cantates sacrées de Jean-Sébastien Bach, pages 127-128]: « Aria de ténor avec violon concertant… exploite avec de savantes syncopes le rythme rare de 12/16 ».
DÜRR: « Le premier air fournit un exemple d’interprétation illustrative des paroles, des figures de violon descendantes et les rythmes syncopés dépeignant le vertigineux engloutissement dans l’abîme du péché ».
GARDINER: «…la page la plus saisissante reste néanmoins l’air central pour ténor en mi mineur avec une mesure inhabituelle à 12/16… le glas de la mort aux violons en double corde sur une harmonie de 7ème de dominante…»
KUIJKEN: « Le premier air chanté par le ténor, est accompagné par le violon et le continuo. Bach interprète à nouveau le texte d’une manière "musico-littérale" en utilisant des éléments chromatiques chargés d’affekt ».
LEMAÎTRE: « C‘est dans un plan tripartite et dans une écriture en trio… que le chanteur développe l‘idée d‘une peccabilité irrémdiable…»
PIRRO [L‘Esthétique de Jean-Sébastien Bach – La direction des motifs, pages 28- 29]: «…Bach s’attache avec autant de soin à former des motifs descendants quand le sens des paroles évoque des idées d’inclinaison, de chute, de profondeur…Afin que l’image soit plus forte, il emploie des notes extrêmement basses pour la voix de ténor [renvoi à la cantate BWV 21/5]… dans la cantate BWV 9 Bach nous présente une description toute semblable ». [+ Exemple musical BG 1, page 261, sur les mots « zu tief gesunken »].
[Le commentaire de l‘accompagnement instrumental, page 148]: «…C’est encore la basse d’accompagnement qui accentue par de soudaines chutes ou par de profonds mugissements,l’expression des mots qui suscitent des visions de l’enfer ou du gouffre sans fond dans la cantate BWV 3 (BG I, page 86) ».
ROMIJN: «…cette chute sur « Wir waren schon zu tief » n’est interrompue que brièvement lorsque quelques notes plus longues freinent le déluge incessant de doubles-croches…»
SCHWEITZER [J.-S. Bach / Le musicien-poèteLe langage musical des cantates, page 238]: « Les thèmes imagés: … expressions et les images susceptibles de se traduire par un mouvement caractéristique que Bach fait ressortir en musique… c’est de cette façon qu’il décrit dans l’air [n° 3] la chute de l’humanité et ses vains efforts pour se relever à l’aide de ses seules forces » [+ Exemple musical et renvois aux cantates BWV 126/4 sur les mots « Fais que l’abîme soudain l’engloutisse »].

4] REZITATIV BAß. BWV 9/4

DOCH MUßTE DS GESETZ ERFÜLLET WERDEN; / DESWEGEN KAM DAS HEIL DER ERDEN, / DES HÖCHSTEN SOHN, DER HAT ES SELBST ERFÜLLT / UND SEINES VATERS ZORN GESTILLT. / DURCH SEIN UNSCHULDIG STERBEN / LIEß ER UNS HILF ERWERBEN. / WER NUN DEMSELBEN TRAUT, / WER AUF SEIN LEIDEN BAUT, / DER GEHET NICHT VERLOREN. / DER HIMMEL IST FÜR [BG: „vor dem“] DEN ERKOREN, / DER WAHREN GLAUBEN MIT SICH BRINGT / UND FEST UM JESU ARME SCHLINGT.
Mais il fallait que la loi s’accomplît; / C’est pourquoi vint le salut du monde, / Le fils du Très-Haut, qui l’a accomplie lui-même / et qui a apaisé le courroux de son Père. / Par sa mort innocente / Il nous a donné d’être secourus. / Celui qui met maintenant sa confiance en lui / et qui bâtit sur sa souffrance / ne risque pas de se perdre. / Le Ciel est acquis / à celui qui possède la foi véritable / et se tient étroitement enlacé aux bras de Jésus.

Si mineur (h), la majeur (A), 16 mesures, C
BG Jg. I. Page 265. Recitativo. | Basso. | Continuo.
NEUMANN. Récitatif secco avec éléments arioso encastrés

DÜRR: « Les trois récitatifs [n° 24 et 6] sont exclusivement assignés à la basse et mis en musique sous la forme d’un secco sobrement déclamatoire… le final seul du quatrième mouvement s’affermissant en arioso. Il en découle presque l’impression d’un prêche continu, interrompu à deux reprises par un air contemplatif ».

5] ARIE. DUETT SOPRAN & ALT. BWV 9/5

HERR, DU SIEHST STATT GUTER WERKE / AUF DES HERZENS GLAUBENSSTÄRKE, / NUR DEN GLAUBEN NIMMST DU AN. / NUR DER GLAUBE MACHT GERECHT, / ALLES ANDRE SCHEINT ZU SCHLECHT, / ALS DAß ES UNS HELFEN KANN.
Seigneur, ce ne sont pas nos actions bonnes ou mauvaises / mais la profondeur de la foi en notre cœur que tu prends en considération, / Tu ne reconnais que la croyance. / La foi seule rend équitable / et tout le reste semble trop mauvais / pour pouvoir nous aider.

La majeur (A), 229 mesures, 2/4
BG Jg. I. Pages 266-272. Duetto. | Flauto traverso. | Oboe d’amore. | Soprano. | Alto. | Continuo.
NEUMANN. Quintettsatz : Querflöte, Oboe d’amore, Sopran, Alt., B.c. Da-capo. En forme de canon

BASSO [Jean-Sébastien Bach, volume 2, page 468]: « Duo (soprano-contralto) avec flûte traversière et hautbois d’amour en canon ; la réalisation vocale est également placée sous le signe du canon, de sorte que cette page se présente sous l’aspect d’un double canon qui, même dans la rigueur de l’expression contrapuntique, conserve inaltérées les qualités nettement mélodiques du discours ».
BCW / F. Smend : « Le thème principal de ce mouvement serait dérivé d’un autre choral basé sur l’incipit du fameux choral Komm, heiligen Geist. Ce thème apparaît à douze reprise, peut-être en relation avec les « douze tribus d’Israël, les douze disciples, etc.
BOMBA: «…la musique qui sous-tend le texte semble enjouée, concertante : d’abord la flûte et le hautbois d’amour, ensuite les deux voix soprano et contralto, puis à nouveau les instruments et les voix dans des combinaisons des plus diverses forment avec le continuo un quintette structuré apparemment en souplesse. Mais en réalité nous avons là un canon rigoureusement organisé autour d’un thème qui, lui, apparaît sous des formes de complexité diverse. Une organisation contrapuntique de la sorte à la structure solide, faiblement audible, reste en même temps enveloppée dans une apparence enjouée et plaisante ; ici aussi l’on peut y voir le reflet du texte ».
DÜRR: « Tout autre [que le n° 3] est le second air, un duo pour soprano et alto avec flûte traversière, hautbois d’amour et continuo. Tandis que le continuo se borne au rôle de soutien harmonique, les voix supérieures se développent en canons multiples, d’abord aux instruments et même, avec l’entrée des parties chantées en canon double. L’épisode central est aussi traité en canon mais les instruments s’y mêlent aux voix dont ils ornementent parfois la mélodie. Ce mouvement stupéfie par l’aisance exempte d’efforts avec laquelle Bach résout tous les problèmes contrapuntiques sans rendre l’auditeur conscient de la rigueur de la composition ».
KUIJKEN: « Le second air, un duo soprano - alto, est en fait un quintette, grâce à la participation de la flûte traversière, du hautbois d’amour et du continuo. Tout le mouvement bénéficie d’une adroite structure canonique. Remarquons au début de la partie médiane de cet air da capo, l’association d’un instrument et d’une voix ».
WOLFF: «…Le raffinement de la texture et de la sonorité est particulièrement évident dans ce duo pour soprano et alto, sur le texte dogmatique "Herr, du siehst statt guter Werke auf des Herzens Glaubensstärke " ; ici les voix s’allient avec la flûte traversière, le hautbois d’amour et le continuo pour former un quintette transparent ».

6] REZITATIV BAß. BWV 9/6

WENN WIR DIE SÜND AUS DEM GESETZ ERKENENN; / SO SCHLÄGT ES DAS GEWISSEN NIEDER; / DOCH IST DAS UNSER TROST ZU NENNEN, / DAß WIR IM EVANGELIO / GLEICH WIEDER FROH / UND FREUDIG WERDEN ; / DIES STÄRKET UNSENR GLAUBEN WIEDER. / DRAUF HOFFEN WIE DER ZEIT, / DIE GOTTES GÜTIGKEIT / UNS ZUGESAGET HAT, / DOCH ABER AUCH AUS WEISEM RAT / DIE STUNDE UNS VERSCHWIEGEN. / JEDOCH, WIR LASSEN UNS BEGNÜGEN, / ER WEIß ES, WENN ES NÖTIG IST, / UND BRAUCHET KEINE LIST / AN UNS ; WIR DÜRFEN AUF IHN BAUEN / UND IHM ALLEIN VERTRAUEN.
Quand la loi nous fait prendre la mesure de nos péchés, / notre conscience en est accablée; / Mais c’est notre consolation / que de retrouver immédiatement dans l‘Evangile / la sérénité et la joie ; / Et cette certitude renforce notre foi. / Là-dessus nous espérons l’heure / que Dieu, dans sa bonté, nous annoncé / mais, qui dans sa sagesse, / Il nous laisse ignorer. / Cependant nous nous contentons / à la pensée qu’il sait quand elle doit venir / et qu’il n’a pas besoin d’user de ruse avec nous ; / Il nous est permis de bâtir sur lui / et d’avoir confiance en lui seul.

Fa dièse (fis), Mi majeur (E), 19 mesures, C
BG Jg. I. Page 273. Recitativo. | Basso. | Continuo.
NEUMANN. Récitatif secco. Baß

BCW/ Commentaires par Th. Braatz (2001) et F. Smend (1958) [avec exemples]. Bach aurait rédigé ou corrigé trois version de ce récitatif. La troisième version a été publiée par la NBA.
PIRRO [L‘Esthétique de Jean-Sébastien Bach – Formation des motifs, pages 33- 34]: «…Les sentiments qui dépriment ou qui abaissent, les mots qui désignent l’abjection, le mépris, la faiblesse, la fatigue, sont rendus par un affaissement de la ligne mélodique [+ Exemple musical sur les mots « di Sünd /des péchés», BG, page 273. Renvoi à la cantate BWV 135/2 sur « sehr krank und schwach »].

7] CHORAL. BWV 9/7

OB SICHS ANLIEß, ALS WOLLT ER NICHT, / LAß DICH ES NICHT ERSCHREKKEN; / DENN WO ER IST AM BESTEN MIT, / DA WILL ERS NICHT ENTDECKEN. / SEIN WORT LAß DIR GEWISSER SEIN, / UND OB DEIN HERZ SPRÄCH LAUTER NEIN, / SO LAß DOCH DIR NICHT GRAUEN.
Bien qu’il semble ne pas vouloir se soucier de nous, / N’en prends pas d’inquiétude; / Car c’est quand il est le plus occupé de nous / Qu’il ne veut pas le laisser paraître. / Et si ton cœur n’est que refus, / Ne t’abandonne pas à l’effroi.

Mi majeur, (E), 14 mesures, C
BG Jg. I. Page 274. Choral. Soprano. / Flauto traverso in 8a. Oboe d‘amore. Violino I. col Soprano. | Alto. / Violino II coll‘ Alto. | Tenore. / Viola col Tenore. | Basso. | Continuo.
NEUMANN. Simple choral harmonisé à quatre voix et l’ensemble instrumental

BOYER [Les cantates sacrées de JeaSébastien Bach, pages 127-128]: «Choral harmonisé sur Mélodie de choral 030
[Les mélodies de chorals dans les cantates de Jean-Sébastien Bach, pages 156-157]: « simple choral harmonisé sur MDC 030, de type I avec instruments colla parte : Soprano avec la flûte traversière à l’octave, le hautbois d’amour et le violon I ; l’alto avec le violon II , le ténor avec le violoncelle et la basse avec la basse continue ».
DÜRR: « Un sobre choral à quatre voix montrant certes une certaine souplesse dans la conduite des voix inférieures, sert de conclusion à l’œuvre ».
KUIJKEN: «…Malgré la simplicité du choral, le mouvement est animé d’une polyphonie très aérée et d’une harmonie très colorée ».

 

BIBLIOGRAPHIE BWV 9

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Provenance: Le cheminement des partitions de la cantate BWV 9
CROUCH, Simon. Notice 1996-1998
EMMANUEL MUSIC (Boston). Notice par Craig, Smith,
ORON, Aryeh. Discussions 1] 22 juillet 2001 – 2] 31 août 2008 – Prévision 31 juillet 2011
Texte du choral de Speratus Es ist das Heil uns kommen her. Les 14 strophes (anglais et allemand) avec leur utilisation par Bach. Traduction française réalisée par W. E. Bischof

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SCHMIEDER, Wolfgang: Thematisch- Systematiches Verzeichnis der Werke Joh. Seb. Bachs (BWV). Breitkopf & Härtel 1950-1973-1998 Édition 1973. Pages 10-11
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BJ 1906, 1911, 1920, 1932
SCHWEITZER, Albert: J.- S. Bach "Le musicien-poète". Foestich 1967, 8e édition. Édition française de 1905. Pages 202, 238
Édition américaine (traduction de E. Neumann). D’après l’édition allemande de 1911 Dover Publications, inc. New York. 1911-1966. Volume 2, pages 83, 242 (note), 245 (note), 461
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SPITTA, Philipp: Johann Sebastian Bach. Sous-titré: « His work and influence on the Music of Germany 1685-1750 ».Novello & Cy 1889 - Dover 1951-1952. Volume II, page 461, 696-697
VIGNAL, Marc: Les Fils de Bach. Les chemins de la musique. Fayard. 1997. Pages 67, 68, 70
WHITTAKER, W. Gillies: The Cantatas of Johann Sebastian Bach. Sacred & Secular Oxford U.P. 1959-1985 Volume 1, pages 433, 501-506. Volume II, page 283
WOLFF, Christoph: Notice enregistrement Koopman [Vol. 20]. 2005
WUSTMANN, Rudolf: J.S. Bachs geistliche und weltliche Kantatentexte. Breitkopf & Härtel, 1913-1967. Pages 176 à 178
ZWANG, Philippe et Gérard: Guide pratique des cantates de Bach. R. Laffont 1982. ZK 187, pages 283-284.
Édition révisée et augmentée. L’Harmattan 2005

 

DISCOGRAPHIE BWV 9

Les numéros 1] et suivants indiquent la chronologie discographie établie par Aryeh Oron (BCW).
DURÉE: Gardiner (22’40). Koopman (17’56). Kuijken (21’59). Leonhardt (24’31). Richter (21’44). Rilling (20’30).
BACH CANTATAS WEBSITE: Discographie établie par Aryeh Oron, et complétée, autant qu’il ait été possible par [CR].
8 enregistrements (Aryeh Oron, juillet 2001 à juin 2009) plus 5 mouvements individuels (Aryeh Oron, juillet 2001 à juillet 2006)
Mélodie du choral. Description avec son adaptation sur deux textes différents.
ORON, Aryeh : Exemples musicaux. Février 2003 – avril 2008

7] GARDINER [Vol. 4]. Monteverdi Choir. English Baroque Soloists. Bach Cantata-Pilgrimage. St Gumbertus, Ansbach, 30 juillet 2000
CD SDG 156 [F = 2009]. Avec cantates BWV 170, 186, 187 et 107 et le motet de Kuhnau / Bach « Der Gerechte kommt um »
1] GRISCHKAT. Stuttgart Choral Society. Bach Orchester Stuttgart. Juin 1951
Disque Renaissance / USA X 37(Mono). Avec la cantate BWV 137
8] KOOPMAN [Vol. 20]. The Amsterdam Baroque Orchestra & Choir. Amsterdam, mai 2002 (mvts 2 à 6) – Octobre 2002 (mvts. 1 et 7)
CD Antoine Marchand CC 72220. [F = 2005]. Avec les cantates BWV 120, 11 et 112
5] KUIJKEN. La Petite Bande. Pas de chœur. Athènes, "Live Performance", les 20-22 novembre 1999
CD DHM BMG Deutsche Harmonia Mundi 05472 77528 2. 2001. Avec les cantates BWV 187 et 94
2] LEONHARDT. King’s College Choir. Leonhardt-Consort. 1972
Disque Teldec Das Kantatenwerk [Vol. 3] 6. 35029 SKW 3/1-2 BR 2. 1972
CD Teldec (D4509 91755-2 (6 CD)). Das Kantatenwerk - Sacred Cantatas, Vol. 1. Avec les cantates BWV 1 à 19
CD Teldec 835029-292 119-2 (1985)Das Kantatenwerk [Vol. 3]
Reprises CD Teldec. Edition Bach 2000 (en coffret) et Intégrale Warner Classics 2006 (volume 3). CD 8573-81014-5
6] LEUSINK. HollanBoys Choir. Netherlands Bach Collegium. Janvier et février 2000
CD Brilliant Classics. Bach Edition vol. 14 - Cantatas Volume 7
CD Bach Edition 2006 (reprise). CD Brilliant Classics IV/3-79. 2006
3] RICHTER. Chœur et orchestre Bach de Munich. E. Mathis, J. Hamari, P. Schreier, D.F. Dieskau. Mars 1975 à juin 1977
Disque Archiv Produktion [Vol. 4] 2722 028
Reprise en coffret Archiv Produktion. Du 6e au 17e dimanche après la Trinité. 1977-1978
CD Archiv Produktion, Vol. IV/ 1. 439382-2. 1993. Sonntage nach Trinitatis I. Coffret Archiv de 6 CD ou coffret de 26 CD
4] RILLING. Gächinger Kantorei Stuttgart. Württembergisches Kallerorchester Heilbronn. Février 1984
Disque (D). Die Bach Kantate. Hänssler Verlag. Classic. Laudate 98747. 1984. Avec BWV 100
Disque (D). Reprise sous label Claudius Verlag CLV ? Ca 1983-1985
CD. Die Bach Kantate [Vol. 8 ] Hänssler Classic. Laudate 98859, ca 1990. Avec BWV 14, 195
CD. Hänssler edition bachakademie [Vol. 3]. Hänssler-Verlag 92.003. 1998

MOUVEMENTS INDIVIDUELS BWV 9

M-1. Mvt 1]. Hans Pflugbeil. Greifswalde Bach tage Choir. Bach-Prchester Berlin. Fin des années 1950 ou 1960
Disque puis CD Baroque Music Club
M-2. Mvt. 7]. Helmuth Rilling. Figuralchor der Gedächtniskirche Stuttgart: Mars 1965. Orgelbüchlein BWV 638, versets 1 et 12.
Disque Bärenreiter BAE 1965. Volume III, 1995, puis report sur CD Cantate C 57609 1965-1995
M-3. Mvt. 7]. Helmuth Rilling. Figuralchor der Gedächtniskirche Stuttgart. Semble une reprise de l’enregistrement précédent ?
CD Cantate C 57617. 65
M-4. Mvt. 7]. Nicol Matt. Nordic Chamber Choir. Soloists of the Freiburger Barockorchester. Juin 1999
Breitkopf / 389 chorals. Bach Edition, CD Bayer Records puis Brilliant Classics volume 23 (Chotrals)
Reprise Bach Edition 2006. CD Brilliant Classics. Coffret, V. 30-136. *CD 1579
M-5. Mvt. 5]. Aria Duett. Transcription pour orgue par Peter Baekgaard de1967. Report CD Classic O octobre 2004 et août 2005

Autre ancienne référence citée par Norbert Dufourcq:
Mvt. 7. Le choral Es ist das Heil uns kommen her. A l’orgue, Power Biggs, disque Victor (USA) n°17333. Vers 1935

 

Contributed by Claude Role (August 2009)

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Last update: ýAugust 19, 2009 ý22:14:14