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Cantata BWV 119
Preise, Jerusalem, den Herrn

Commentary in French

RATSWECHSEL
Leipzig, 30 août 1723

CONTENU

Avertissement
Datation
Sources
Péricope
Texte
Généralités
Distribution
Aperçu
Bibliographie
Discographie
Annexe BWV 119 - Spitta, Philipp

 

AVERTISSEMENT

Cette notice en français dédiée à une cantate de Bach tend à rassembler des textes, des notes, voire des critiques discographiques souvent introuvables ou difficilement accessibles aujourd’hui. Le but est de donner à lire un ensemble cohérent d’informations et de proposer aux amateurs et mélomanes francophones un panorama élargi et espéré parfois inédit de cette partie de l’œuvre vocale de Bach.
Sauf les « interventions « CR » signalées par des parenthèses [...] le rédacteur précise qu’il a toujours pris le soin jaloux de signaler sans ambiguïté le nom des auteurs sélectionnés dans la bibliographie. Semblablement, il a indiqué clairement, entre guillemets «…» toutes les citations fragmentaires tirées de leurs travaux. Rendons à César...

ABRÉVIATIONS:
BCW = Bach Cantatas Website
BG = Bach Gesellschaft = Société Bach (1850-1899).
BGA = Bach Gesellschaft Ausgabe, ou édition d’ensemble (Gesamtausgabe) des œuvres de Bach à partir de 1851
Bj = Bach-Jahrbuch
D = Deutschland
EKG = Evangelisches Kirchen-Gesangbuch.
F = France
PBJ = Petite Bible de Jérusalem
NBA = Neue Bach Ausgabe (nouvelle publication de l’œuvre de Bach à partir des années 1954-1955)
NBG = Neue Bach Gesellschatf = Nouvelle société Bach (fondée en 1900)

La première lettre -en gras- d’un mot du texte de la cantate indique la majuscule de la langue allemande.
Dans le corps du texte allemand de la cantate, le mot ou un groupe de mots mis en italiques désignent un affect particulier ou un « accident remarquable ».

 

DATATION BWV 119

[La partition originale est revêtue de la date du 30 août 1723. On connaît une autre exécution tardive de cette cantate, celle du 25 avril 1843, devant l’École Saint-Thomas ou en présence de Félix Mendelssohn et dirigeant l’orchestre du Gewandhaus auxquels s’était joint Robert Schumann, était inauguré le monument dédié à Bach, à l’occident de l’église].
HIRSCH : 1723. Classée CN 51(Die chronologisch Nummer)
Chronologie:
BWV 199 (8 août 1723) - BWV 69a (15 août 1723) - BWV 77 (22 août 1723) - BWV 25 (29 août 1723) - BWV 119 - BWV 138 (5 septembre 1723) - BWV 95 (12 septembre 1723) - BWV 148 (19 septembre 1723)

 

SOURCES BWV 119

PARTITION AUTOGRAPHE = ORIGINALPARTITUR
Mus. ms Bach P 878 T. Staatsbibliothek zu Berlin Preußicher Kulturbesitz, Musikabteilung.
Anciennement, Universitätsbibliothek de Tübingen puis Berlin -Dahlem (West Germany avant 1989)

BASSO: « On trouve dans le titre autographe le mot « Concerto » et non pas celui de « Cantate » [c’est le cas de plus d’une cinquantaine d’œuvres ».
BG: La partition originale (autographe) fut en possession du professeur de chant Joseph Hauser à Karlsruhe. Les filigranes ne sont pas lisibles sur le support. L’écriture est régulière.
Titre: « J. J. Concerto. Auf die Rathswahl in
Leipzig 1723. à 3 Trombe è Tamburi, 3 Hautb. E Basson 2 Flauti, 2 Violini Viola e Violoncello e 4 Voci »
HERZ: filigrane « MA, petit format
SCHMIEDER: 16 feuilles (32 pages) en folio. Parties en annexe: Organo, Violoncelli, Bassoni è Violini all’ unisono col’ Organo

PARTIES SÉPARÉES = ORIGINALSTIMMEN
Pas de sources connues

ÉDITIONS

BACH-GESELLSCHAFT. BG (Gesamtausgabe)
Jg. XXIV, 195- Avec BWV 111-120. Révision et commentaires d’Alfred Dörffel, 1876
Partition BG dans le coffret Teldec Das Kantatenwerk [Vol. 29]

NOUVELLE ÉDITION BACH = NEUE BACH AUSGABE. NBA.
KANTATEN SERIE I/ BAND 321. RATSWAHLKANTATEN I
Bärenreiter Verlag BA 5073. 1992. Herausgegeben von Christine Fröde. 6 fac-similés.
BWV 119. Pages 131-199. Bl. 1r der Autographen Partitur (Staatsbibliothek zu Berlin Preußicher Kultur Besitz, Musikabteilung, Mus. ms Bach P 878). Beginn des Satzes 1
- Bl. 2v der Autographen Partitur (Staatsbibliothek zu Berlin Preußicher Kultur Besitz, Musikabteilung, Mus. ms Bach P 878). Schluß des ersten und beginn des zweiten Teils von Satz 1
Avec
BWV 71, BWV 193, BWV Anh. 192, BWV Anh. 4
Kritischer Bericht (commentaires). BA 5073 41. 1992. Christine Fröde

AUTRES ÉDITIONS
BCW : Partition Voix et accompagnement.
BCW : Partition BGA
BCW Exemples musicaux (Audios)
Breitkopf & Härtel. Partition PB 2969 Voix et accompagnement Ch B 1413
Orgel und Cembalo. Révision M. Seiffert : OB 1218
Peters: Voix et accompagnement
Eulenburg: partition de poche avec révision d’A. Schering (1933)
Hänssler: révision de Diethard Hellmann et sur un texte modifié d’Albrecht Goes
SUZUKI: « Cette œuvre a été conservée seulement en partition complète de la main m^me de Bach. Vu la beauté de l’écriture de la partition en général, il semblerait que les premiers et septième mouvements soient des emprunts d’une œuvre antérieure et il est possible que cela s’applique aussi aux troisième et cinquième mouvements. Si une telle œuvre antérieure a existé, on n’en sait cependant maintenant rien. Les huitième (récitatif) et neuvième (choral) mouvements sont écrits dans l’espace libre entre les pages 4 et 7 du septième mouvement ».

 

PÉRICOPE BWV 119

[Élection du Conseil municipal de la ville de Leipzig, chaque année, le 24 août, jour de la Saint-Barthélemy. Le Culte d’intronisation, a lieu le lundi ou le vendredi suivant à l’église Saint-Nicolas, principale paroisse de la ville. On félicite les conseillers sortants et on accueille les nouveaux promus. La cantate est donnée après le sermon].
Occurrence identique avec les cantates
BWV 71 (Mühlhausen, 4 février1708 ; autre date de l’année qu’à Leipzig dont la célébration est « rituellement en août). - BWV 119 [malgré son intérêt, Bach n’a pu la faire exécuter à nouveau, faute d’effectifs suffisant ? Il faudra attendre le 25 avril 1843…
Cantates non précisées pour 1724 et 1725. -
BWV 193 (1726-1727 ?) - BWV XVIa (W. Neumann), BWV Anh. 4 = 1727 et 1741 ? - BWV 120 (lundi 30 août 1728 ou 1729 ?) - BWV XI (Werner Neumann) Anh. 3 28 août 1730) - BWV 29 (lundi 27 août 1731) - Cantates non connues pour 1732 à 1738 - BWV 29 -reprise ? (31 août 1739 - BWV V (Werner Neumann), (29 août 1740) - BWV XVIa (W. Neumann). BWV Anh. 4. Reprise le 28 août 1741. Cantates non connues pour les années 1742 à 1748 - BWV 29. Reprise le 25 août 1749].

BASSO: « Bach inaugure la série des Rathwechsel-Kantaten avec BWV 119 (sa première année à
Leipzig) pour le service liturgique de propitiation avant investiture du Conseil municipal… »
GEIRINGER [Jean-Sébastien Bach, note 157 de la page 366]: « C’est pour des occasions pareilles que Bach écrivit ses cantates
BWV 29, BWV 69, BWV 119, BWV 120, BWV 193. Le n° 137, composé pour le douzième dimanche après la Trinité fut probablement réemployé pour une de ces occasions. La musique de BWV anh. 3 et 4 est perdue. Selon Werner Neumann (Bj 1961, page 52 et suivantes) il n’y eut pas moins vingt-sept exécutions de cantates « inaugurales » au cours des années que Bach passa à Leipzig. Aussi peut-on supposer qu’il y eut dans cette production des pertes considérables ».

 

TEXTE BWV 119

Kantate (Concerto) bei der Rathswahl zu Leipzig 1723
Auteur inconnu. Les noms de Picander (Whittaker ?) ou Christian Weiss ont été avancés
1]. Citation du psaume 147, 12-14.
Christoph Wolff cite également le psaume 65, 1 [PBJ 859] : » A toi la louange est due, / ô Dieu, dans Sion
2]. Psaume 85, 10-11 [PBJ 882].
3]. Auteur inconnu
4]. Citations du psaume 33, 12 [PBJ 829]. Luc 19, 40 [PBJ 1572]:
5]. Allusion à l’Épître aux Romains, 13, 1-7 [PBJ 1684]
6]. Auteur inconnu
7]. Auteur inconnu. Allusion (sans le texte) au choral Nun danket alle Gott, texte de Martin Rinckart (1636) avec la mélodie de Johann Krüger (1647). Voir EKG 228
8]. Auteur inconnu
9].
Martin Luther. Te Deum allemand. 3e partie du cantique édité par Joseph Klug à Wittenberg (1529) dans le Geistliche Lieder. Selon BCW aucune copie de cette première édition ne nous est parvenue. Ce cantique offre de nombreuses versions tant du texte que de la mélodie originale de Luther. Renvoi à Graun, Haendel, Sarti, Joseph et Michael Haydn et ce jusqu’au XXe siècle.
Voir texte et mélodie dans
BWV 16/1 (début de la partie 1) au titre éponyme, BWV 120/6 (début de la 3e partie), BWV 190/1 choral cité) et 2 (Partie 1 et BWV 190a/1 (début de la partie 1). Mélodie dans BWV 328 (chœur à quatre voix) et BWV 725 (orgue).
Partie 1 en 12 lignes « Herr Gott, dich loben wir… » - Partie 2 « Dein göttlich Macht und herrlichkeit en 11 lignes - Partie 3 en 9 lignes (Nun hilf uns, Herr… » - Partie 4 : en une ligne « Auf dich hoffen wir… »
Renvoi à EKG 137, le Te Deum de
Luther

BASSO: « On peut voir dans la cantate prévue pour l’occasion et certainement reprise dans d’autres circonstances analogues, une typique cantate de vœux et d’action de grâces construite sur un texte qui, s’agissant d’invoquer la prospérité pour la population de la ville des tilleuls, propose aussitôt l’image de Jérusalem avec sa citadelle (Sion) protégée de solides portes, comme
Leipzig pouvait, pour sa défense, compter sur la citadelle de Pleissenburg.
BCW: Part 1. Pour les altérations ou modifications du texte par Albrecht Goes (1908-2001), au XXe siècle, dans la version de Diethard Hellmann.
CHAILLEY : Texte adapté de très près selon son modèle grégorien, l’un des plus anciens chants de l’église, puisqu’on l’attribue à Niceta de Remesiana (IVe siècle). Chant antiphonique provenant d une mélodie ambrosienne ».
FINSCHER: « …Comme c’était l’usage depuis le XVIe siècle dans le cas de tels services religieux répondant à une circonstance profane ou quasi profane, le texte est dans une large mesure composé de versets de psaumes ; des versets du Te Deum allemand de
Luther fournissent la conclusion… »
HIRSCH : Classement du texte 2, selon le style ici d’un poète inconnu

 

GÉNÉRALITÉS BWV 119

BOYER [Les Cantates sacrées, page 243]: « …Trois étoiles pour la grandeur de l’œuvre et pour la symbolique de la hiérarchie : Dieu, le Souverain, les édiles, les fidèles en dernier ressort ».
CANDÉ: « La cantate BWV 119 est la première que Bach écrit pour le renouvellement annuel du conseil municipal de
Leipzig. L’élection a lieu le 24 août, jour de la Saint-Barthélemy : elle est suivie quelques jours plus tard d’un service à la Nicolaïkirche auquel assistent les conseillers sortants et nouveaux. La cantate que JSB donne pour cette occasion le 30 août 1723 est un superbe exemple de musique « baroque » à son apogée. L’orchestre dépasse de beaucoup les moyens dont le cantor dispose ordinairement : deux flûtes à bec, trois hautbois, quatre trompettes, basson, timbales, cordes, basse continue. Il aura fallu que les conseillers votent un crédit supplémentaire ».
CANTAGREL (72): « Le director musices aura a célébrer tous les ans, par une cantate, l’installation du nouveau Conseil municipal. L’élection était fixée au lundi suivant le 24 août, au cours d’une cérémonie d’investiture et d’actions de grâces en l’église Saint-Nicolas […] Pour 1723, première année de son cantorat, Bach écrivit la cantate WV 119, dont quatre trompettes et deux timbales rehaussent l’éclat. C’est cette cantate que Mendelssohn choisit de diriger à la tête de l’orchestre du Gewandhaus à
Leipzig même, le 25 avril 1843, pour l’inauguration du monument à Bach dont il avait lancé la souscription trois ans plus tôt (on exécute également le motet Singet dem Herrn ein neues Lied (BWV 225) ».
DÜRR [Die Kantaten, volume II, page 592]: Service pour l’élection du Conseil municipal de
Leipzig avec musique « figurée ».
HOFMANN : « La rémunération exigée pour de telles pièces a du être [ici dans BWV 119] considérable et des compositions occasionnelles de ce genre [mariages, funérailles ou anniversaires], étaient, pour Bach, une source importante et bienvenue de revenus ».
PITROU: « Grande habileté… grande hardiesse aussi. Le novateur [Bach] ne craint pas, au risque de scandaliser certains, de transporter dans le style religieux les procédés de la musique profane, et nommément de la musique française. Non seulement dans sa Rathswechsel-Cantate pour 1723 (B. G. XXIV, 119) mais dans celle [BWV 194] qu’il consacre à l’inauguration de l’orgue de Störmthal [petit village à une vingtaine de kilomètres au sud de
Leipzig] et qu’il a souvent « parodié » par la suite, il donne à ses airs le rythme du rondo, de la gavotte, de la gigue, du menuet. A Dresde [pourquoi Dresde ?], la brise souffle toujours de France, et Bach sait prendre le vent… »

 

DISTRIBUTION BWV 119

NEUMANN: Sopran, Alt, Tenor, Baß. – Chor. Trompete I-IV [voir aussi BWV 63/1], Pauken ; Blockflöte I, II, Oboe I-III, Oboe da caccia I, II ; Streicher ; B.c.
[Les parties instrumentales du choral [9] ne sont pas précisées sur l’autographe. Seule la partie du choeur est notée].
SCHMIEDER. Soli : S, A, T, B. Chor : S, A, T, B. Instruments : Flauto (Blockflöten) I, II ; Oboe I, II, III ; Oboe da caccia I, II ; Tromba I, II, III ; Timpani ; Viol. I, II ; Vla ; Cont.

BASSO [II, pages 588-589]: « …Le caractère générale qui se dégage de la composition de Bach est celui d’une Militärmusik, avec un insolite appareil d’instruments à vent, de Blasmusik: aux trois hautbois et aux deux flûtes droites s’ajoutent ici quatre trompettes (toujours appuyées de la pulsation des timbales), au lieu des trois usuelles dans les Festmusiken, dont la fonction est presque toujours placée en évidence, l’ensemble orchestral se voyant imposer un caractère d’interlude (n° 1 et 7), cependant qu’en un autre cas (celui du récitatif n° 4), l’intervention de cet ensemble joue un rôle de sonnerie, de fanfare pour signifier la magnificence, la Herrlichkeit de la ville.… »
HOFMANN: « Caractère festif de cette cantate, au moyen d’un supplément extrêmement riche d’instruments: trompettes et timbales sont requises (quatre trompettes au lieu des trois habituelles), la section des bois est bien remplie et augmentée de deux hautbois da caccia (hautbois alto); l’effectif est complété par le chœur régulier, quatre solistes vocaux, orchestre à cordes et groupe de continuo, renfermant orgue, basson, violoncelle et violone (contrebasse) ».
WESTRUP: « Le chœur [1] et le n° 7 sont si élaborés qu’ils durent nécessiter plus que les effectifs requis habituellement. On ne peut éviter de penser que dans cette sorte de musique festive, Bach engagea les étudiants de l’Université pour renforcer son chœur habituel [de Saint-Thomas]… »
WOLFF: « Le plus grand effectif que Bach ait jusqu’alors réuni à
Leipzig. De surcroît, le groupe de la basse continue est paèrement fourni, comme en témoigne l’indication « Violoncelli, Bassoni è Violoni ».
[Cette œuvre bénéficie d’une palette instrumentale tout à fait exceptionnelle car en cette circonstance Bach a bénéficie d’un « budget » spécial, tant en effectifs qu’en rémunérations, Cet ensemble, il n’a pu que trop rarement le réunir dans le cadre de ses cantates « ordinaires », à défaut de la Passion-selon-St.-Matthieu]

 

APERÇU BWV 119

1] CHORSATZ. BWV 119/1

PREISE, JERUSALEM, DEN HERRN, LOBE, ZION, DEINEN GOTT ! DENN ER MACHET FEST DIE RIEGEL DEINER TORE, UND SEGNET DEINE KINDER DRINNEN, ER SCHAFFET DEINEN GRENZEN FRIEDEN.
Jérusalem, célèbre l’Éternel ; Sion, loue ton Dieu ! Car il renforce les barres de tes portes, il bénit chez toi les enfants, il assure la paix dans ton territoire.

Ut majeur, (C), 4/4 - 12/8 - 4/4, 88 mesures. Tonalité impersonnelle des fêtes brillantes. BGA, page 193 (titre). Pages 195-215
NEUMANN: Chor ; Trompete I-IV, Pauken, Blockflöte I, II, Oboe I-III ; Streicher ; B.c Forme d’Ouverture à la française, grave, avec chœur encastré et forme ritournelle
SCHMIEDER. « Chor : Sopr., Alto, Ten., Basso ; Tromba I, II, III, IV, Timp. ; Flauto I, II, Ob. I, II, III ; Viol. I, II, Vla. ; Cont.

BOMBA: « La musique commence sous la forme représentative d’une ouverture à la française au sein de laquelle Bach intègre un mouvement de chœur alerte, pré-imité par les trompettes et qui remplace une fugue. Ce procédé rappelle le chœur introductif de la cantate de Noël BWV 110 de 1725 ».
FINSCHER: « Le chœur d’entrée est incorporé à une ouverture française. L’instrumentation ne laisse pas le moindre doute dans sa forme que l’on célèbre ici une autorité qui -comme l’assure le texte- est l’image de Dieu… »
GEIRINGER [Jean-Sébastien Bach, page 162-163]: « … Bach employa un orchestre d’une ampleur inhabituelle… et il donna au morceau la forme d’une ouverture française. La première et la troisième section, avec les traditionnels rythmes pointés, sont confiées aux instruments, tandis que dans la section du milieu, qui présente des passages imitatifs, le chœur intervient vigoureusement avec les paroles du psaume 147 pour chanter avec allégresse les louanges du Seigneur ».
HIRSCH [Number Symbolism]: « La ritournelle instrumentale est de 41 mesures = J.S. Bach (9 +18 + 2 + 1 + 3 + 8) mais aussi l’inverse de 14 : B a c h. La partie vocale repose sur 29 mesures : 29 = Soli Deo Gloria (S.D.G) mais aussi J.S.B. (9 + 18 + 2). Le total 41 + 29 mesures donne 70 : 70 = C.H.R.I.S.T ».
HOFMANN : « …La cantate de Bach était jouée pour souligner « l’entrée » du nouveau maire et de son conseil, et pour ouvrir la nouvelle période de travail. Or il se trouve de plus un aspect très différent, plus pratique du recours de Bach à la forme d’ouverture: l’apparence de la partition autographe originale, toutes les corrections caractéristiques et diverses petites inconséquences compositionnelles, montrent que pour ce mouvement, Bach s’était tourné vers une composition déjà existante - fort probablement un mouvement orchestral- [En ceci, Hoffmann rejoint l’hypothèse de Wolff]. L’un des signes révélateurs est que le début du thème de la fugue avec le texte « Preise, Jerusalem, denn Herrn » à l’encontre de toute convention de fugue, montre toutes sortes de différences dans les lignes instrumentales et vocales, même les deux premières entrées des trompettes commencent sur des notes différentes. Une analyse plus détaillée, avec référence aussi aux corrections dans la partition autographe, montre que Bach a ajouté le petit passage gammé ascendant d’ouverture (avec lequel le thème commence normalement plus tard) pour donner à la première syllabe du mot « preise » l’ampleur nécessaire.. »
PIRRO [J.-S. Bach, page 115]: «…l’élection du nouveau conseil de
Leipzig. L’œuvre composée à cette occasion a le tour pompeux qui sied à une musique d’apparat. Les trompettes et les timbales enrichissent l’orchestre où figurent le quatuor à cordes, deux flûtes, trois hautbois et l’orgue. Le premier chœur est en forme d’ouverture à la française: les instruments en jouent l’introduction, au rythme majestueux ainsi qu’il est de règle. Les voix ne commencent qu’à l’allegro… »
WESTRUP: « Il n’y a pas de doute que l’habitude de composer un chœur sur la base d’un choral ait stimulé le génie de Bach… une longue tradition dans la musique d’église,… mais dans BWW 119 il construit son chœur d’entrée dans la forme d’une ouverture à la française sans y incorporer une ligne de choral…dans ce magnifique mouvement [compte tenu de la puissante instrumentation], il y a peu de chance qu’on ait pu entendre les flûtes à bac…elles jouent à l’unisson avec le premier hautbois… elles ne feront leur apparition que plus tard… »
WOLFF: « …il s’agit peut-être du remaniement d’une pièce orchestrale indépendante plus ancienne… »

2] REZITATIV TENOR. BWV 119/2

GESEGNET LAND ! GLÜCKSELGE STADT ! / WOSELBST DER HERR SEIN HERD UND FEUER HAT !/ WIE KANN GOTT BESSER LOHNEN, / ALS WO ER EHRE LÄßT IN EINEM LANDE WOHNEN ? / WIE KANN ER EINE STADT / MIT REICHERM NACHDRUCK SEGNEN, / ALS WO ER GÜTT UND TREU EINANDER LÄßT BEGEGNEN, / WO ER GERECHTIGKEIT UND FRIEDE / ZU KÜSSEN NIEMALS MÜDE, / NICHT MÜDE, NIEMALS SATT / ZU WERDEN TEUR VERHEIßEN, AUCH IN DER TAT ERFÜLLET HAT ? / DA IST DER SCHLUß GEMACHT : GESEGNET LAND ! GLÜCKSELGE STADT !
Contrée bénie, cité heureuse / Où le Seigneur a son foyer et sa flamme, / Comment Dieu pourrait-il mieux récompenser / Que dans un pays où il fait habiter la gloire ? / Comment pourrait-il bénir plus surabondamment / Une cité / Que celle où la bonté et la fidélité se rencontrent, / Où la justice et la paix s’embrassent, Les ayant en fait réalisés / Après n’avoir jamais cessé, inlassablement, / De proclamer combien elles lui sont chères / Et de les promettre ? / Disons donc pour conclure : Contrée bénie, cité bienheureuse !
Citation du psaume 85, verset 11 [PBJ 882]: « Zu küssen niemals müde /Justice et paix s’embrassent ».

Sol majeur (G→ G), 4/4, 16 mesures. Calme et tranquillité. BGA, page 216
NEUMANN: Secco. Ténor
SCHMIEDER: « Ten., Cont.

DÜRR: « Remarquer la répétition des paroles identiques, au début et à la fin de ce récitatif: Gesegnet Land ! Glückselge Stadt / Contrée bénie, cité heureuse ».
WIJNEN : « Le récitatif présente une curiosité : la dernière ligne musicale présente la première en renversement »

3] ARIE TENOR. BWV 119/3

WOHL DIR, DU VOLK DER LINDEN, / WOHL DIR, DU HAST ES GUT ! / WIEVIEL AN GOTTES SEGEN / UND SEINER HULD GELEGEN, / DIE ÜBERSCHWENGLICH TUT, / KANNST DU AN DIR BEFINDEN.
Prospérité à toi, peuple de la cité des tilleuls, / Prospérité à toi, tu es heureux ! / Tu peux voir dans ton propre exemple / Combien cela tient à la bénédiction de Dieu / Et à sa bienveillance / Qu’il te dispense à profusion.

Sol majeur (G), 4/4, 63 mesures. BG, pages 217-220
FINSCHER: « l’air de ténor et l’accompagnato [4] … recourent aussi dans leurs rythme pointés et s’écoulent en triolets ainsi que dans le solennel éclat sonore des vents, à des accents et des symboles musicaux de la musique de cour absolutiste… »
NEUMANN : Forme de quatuor. Oboe da caccia I, II, Tenor, B.c. Construction rappelant le « rondo »
SCHMIEDER: Ten., Ob. da cacc. I, II, Cont.

BOMBA: «…Bach habille l’air de la douce tonalité des deux hautbois da caccia… »
[Volk der Linden : voir le même hommage dans
BWV 120/3: Chère cité des tilleuls.]
GEIRINGER [Jean-Sébastien Bach, page 162-163]: « …caractère lyrique, presque pastoral… Les oboi da caccia, sans doute confiés aux hautboïstes de la première section [1], accompagnent avec les flageolets ces aimables [avec l’air n° 5] et idylliques compositions, dans lesquelles Bach réussit à se libérer de la creuse solennité du texte ».
PIRRO [L’Esthétique. L’orchestration, page 236]: « …Les oboi, da caccia, plus profonds encore que les hautbois d’amour, retentissent en rumeurs d’angoisse et de nuit, avec l’âpreté obstinée d’un glas… harmonie creuse et quasi-métallique vibre (Passion selon Saint-Matthieu)… la destination en est toute différente dans l’air de ténor, BWV 1193). Ils y ont, sur des rythmes pompe, une grâce un peu lourde de bourgeois en costume de gala… Renvoi à BG XXIV, page 217».

4] REZITATIV BAß. BWV 119/4 *

SO HERRLICH STEHST DU, LIEBE STADT / DU VOLK! DAS GOTT ZUM ERBTEIL SICH ERWÄHLET HAT ! / DOCH WOHL ! UND ABER WOHL ! WO MANS ZU HERZEN FASSEN / UND RECHT ERKENNEN WILL., / DURCH WEN DER HERR DEN SEGEN WACHSEN LASSEN. / JA ! / WAS BEDARF ES VIEL ? / DAS ZEUGNIS IST SCHON DA, / HERZ UND GEWISSEN WIRD UNS ÜBERZEUGEN, / DAß, WAS WIR GUTES BEI UNS SEHN, / NÄCHST GOTT DURCH KLUG OBRIGKEIT / UND DURCH IHR
WEISES REGIMENT GESCHEHN. / DRUM SEI, GELIEBTES VOLK, ZU TREUEM DANK BEREIT, / SONST WÜRDEN AUCH DAVON NICHT DEINE MAUERN SCHWEIGEN !
Qu’elle n’est pas ta magnificence, cité aimée ! / Et la tienne, peuple que Dieu a choisi pour héritier ! / A vous donc prospérité et de nouveau prospérité ! Ayons le cœur de comprendre / Et de bien vouloir reconnaître comme il le faut / Par qui le Seigneur fait fructifier sa bénédiction. / Bien ! / Est-il besoin de chercher bien loin ? / La preuve en est déjà là, / Notre cœur et notre conscience nous convaincront / Que le bien que nous voyons chez nous / C’est, après Dieu, à l’autorité avisée / Et à son sage gouvernement que nous le devons. / C’est pourquoi, peuple aimé, sois disposé à une loyale gratitude, / Sinon tes murailles elles-mêmes ne se tairaient pas là-dessus !
Citation du psaume 33, 12 [PBJ 829]: « Du Volk, das Gott zum Erbteil sich erwählet hat ! / Heureux le peuple dont Yahvé est le Dieu, / la nation qu’il s’est choisie en héritage ».
Allusion à Luc 19, 40 [PBJ 1572]: « Sonst würden auch davon nicht deine Mauern schweigen ! / Si eux se taisent, les pierres crieront ».

Ut majeur (C→ C), 4/4, 23 mesures. BGA, pages 221-223
NEUMANN: « Récitatif avec prélude instrumental (Blockflöte I, II, Oboe da caccia I, II ; B.c. avec évocation de fanfares) et partiellement « secco ».
SCHMIEDER: « Basso ; Tromba I, II, III, IV, Timp. ; Flauto I, II ; Ob. da cacc. I, II, Cont. »

GEIRINGER [Jean-Sébastien Bach, page 162-163]: « …Bach évoque avec l’aide des trompettes et des bois un tableau à la fois majestueux et tendre de la ville où [Bach] vient d’établir sa demeure ».
HOFMANN: « …récitatif « So herrlich stehst du, liebe Stadt » à l’accompagnement très spécial… [Il] a du surprendre le public de
Leipzig avec ses fanfares bruyantes au début et à la fin, et les douces sonorités des bois des flûtes à bec et des hautbois da caccia dans la section du milieu… »
NYS, Carl de: « Le récitatif de basse est fort original: une ritournelle éclatante des trompettes encadre le récitatif proprement dit qui fait appel au soutien de cinq partie de bois, deux flûtes à bec, deux hautbois de chasse et basson ».
PIRRO [L’Esthétique. Formation des motifs, pages 50-51]: « …Les mêmes sonneries somptueuses annoncent l’approche du héros... de semblables représentations sonores accompagnent les idées de majesté, de royauté. Dans la cantate écrite à
Leipzig pour l’élection du conseil de la ville en 1723, Bach joint un grand arpège consonnant à ces mots: «Tu t’élèves si magnifique, o chère ville / So herrlich stehst du liebe Stadt » …motifs de fanfare… » + Exemple musical.
[La formation rythmique des motifs, page 102]: « Bach associe volontiers un motif rythmique ainsi terminé par des notes accélérées aux paroles qui éveillent une idée de béatitude souriante, aux mots d’accueil, de félicitation, de tendresse ; il l’écrit pour traduire ces exclamations qui semblent jaillir d’un cœur épanoui… « Jour heureux / Geliebtes Volk ». Exemple musical et renvois à BG XXIV, pages 216 et 223.

5] ARIE ALT. BWV 119/5

DIE OBRIGKEIT IST GOTTES GABE, / JA SELBER GOTTES EBENBILD. / WER IHRE MACHT NICHT WILL ERMESSEN, / DER MUß AUCH GOTTES GAR VERGESSEN : / WIE WÜRDE SONST SEIN WORT ERFÜLLT ?
L’autorité est don de Dieu, / Elle est l’image de Dieu lui-même. / Celui qui ne veut pas reconnaître son pouvoir / Doit alors oublier jusqu’à celui de Dieu : / Comment s’accomplirait autrement sa parole ?
Allusion à l’Épître aux Romains, 13, 1-7 [PBJ 1684]: Dans la cantate: « Die Obrigkeit ist Gottes Gabe / Ja selber Gottes Ebenbild / L’autorité est don de Dieu, / Elle est l’image de Dieu lui-même. Dans l’Épître: « Que chacun se soumette aux autorités en charge / Car il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu… »

Sol mineur (g), 6/8, 72 mesures. BGA, pages 224-226. Trois parties :
A. Prélude instrumental, mesures 1-13
Développement vocal, mesures 13-31
Ritournelle instrumentale, mesures 31-35
B Développement vocal, mesures 35-47
Ritournelle instrumentale, mesures 47-52
C Développement vocal, mesures 52-60
Postlude instrumental, mesures 60-72. Da capo
NEUMANN: Forme de trio: Blockflöte I, II, Alt, B.c. Da capo. Partie vocale en trois sections et manière de ritournelle :
SCHMIEDER: Alto, Flauto I, II (all’ unis.), Cont.

BOMBA: « …Après la fanfare conclusive [du récitatif n° 4], l’effectif instrumental de l’air qui représente l’autorité comme image même de Dieu, image découlant de la pensée baroque, a un caractère étrangement intime et réservé avec ses deux flûtes à bec ».

6] REZITATIV SOPRAN. BWV 119/6

NUN ! WIR ERKENNEN ES UND BRINGEN DIR, / O HÖCHSTER GOTT, EIN OPFER UNSERS DANKS DAFÜR. / ZUMAL, NACHDEM DER HEUTGE TAG, DER TAG, DEN UNS DER HERR GEMACHT, / EUCH, TEURE VÄTER, TEILS VON EURER LAST ENTBUNDEN, / TEILS AUCH AUF EUCH / SCHLAFLOSE SORGENSTUNDEN / BEI EINER NEUEN WAHL GEBRACHT, / SO SEUFZT EIN TREUES VOLK MIT HERZ UND MUND ZUGLEICH :
Soit ! Nous le reconnaissons et t’offrons pour cela, / O Dieu suprême, un sacrifice d’action de grâces. / D’autant plus qu’après ce jour que le Seigneur nous a donné / Et en lequel il vous a, chers édiles, en partie déchargés de votre fardeau, / En partie aussi causé / Des heures de soucis et d’insomnie / Pour une nouvelle élection, / Un peuple fidèle soupire au fond du cœur et en paroles :

Fa majeur (F → C) → Ut majeur, 4/4, 11 mesures. BGA, page 226
NEUMANN: Secco, Sopran
SCHMIEDER: Sopr., Cont.

7] CHORSATZ SOPRAN. BWV 119/7

DER HERR HAT GUTS AN UNS GETAN, / DES SIND WIR ALLE FRÖHLICH. / ER SEH DIE TEUREN VÄTER AN / UND HALTE AUF UNZÄHLIG / UND SPÄTE LANGE JAHRE NAUS [Neumann.Variante: « Jahr hinaus »] / IN IHREM REGIMENTE HAUS, / SO WOLLEN WIR IHN PREISEN.
Le Seigneur a fait pour nous des merveilles / Qui nous remplissent tous de joie. / Qu’il assiste nos chères édiles / Et tienne pour d’innombrables / Et longues autres années / Demeure dans leur conseil [Maison du Conseil], / Nous l’en glorifierons.

Ut majeur (C), 4/4, 128 mesures. BGA, pages 227-245
Partie A:
Prélude instrumental, mesures 1-16
Fugue chorale. Basse, ténor, alto, soprano. Mesures 17-36, basse, ténor, alto, soprano
Développement instrumental, mesures 37-52
Partie B
Développement vocal (+ homophone), mesures 52-76
Da capo/ Développement instrumental, mesures 77-93 - Développement vocal, mesures 94-113 - Postlude, mesures 114-128
NEUMANN: « Forme bipartite avec da capo. Chor ; Trompete I-IV, Pauken, Blockflöte I, II, Oboe I-III ; Streicher ; B.c
A Chorfugue (solochor – Tuttichor) avec thème emprunté a la partie instrumentale.
B. Chœur en partie homophone et passages instrumentaux encastrés
SCHMIEDER: « Chor : Sopr., Alto, Ten., Basso ; Tromba I, II, III, IV, Timp. ; Flauto I, II, Ob. I, II, III ; Viol. I, II, Vla. Cont. »

BOMBA: «…ce chœur prend la forme d’une fugue. Après une ritournelle riche en instruments à vent, la basse se met à l’oeuvre sur le sujet « Le Seigneur nous a fait beaucoup de bien » ; il ressemble au sujet affirmatif du chœur d’ouverture de la cantate BWV 67. Bach maintient la partie centrale de ce mouvement en polyphonies libres ; « les longues années » valent bien des tons tenus et un fermata en guise de symbole ».
FINSCHER: « …c’est… avec une ritournelle orchestrale véritablement martiale qu’éclate le prodigieux chœur « Der Herr hat Gut’s an uns getan » qui, dans sa partie fuguée, fait allusion à [la mélodie du choral] « Nun danket alle Gott ».
GEIRINGER [Jean-Sébastien Bach, page 162-163]: « Un second chœur déploie une largforme da capo. Dans son orchestration et son caractère de fête aussi bien que dans l’emploi, par moments, de rythmes pointés, il ressemble à celui de la première section. Le sujet de fugue introduit par le chœur fait allusion à l’hymne vénérable Nun danket alle Gott et exprime ainsi dans les termes les plus simples l’idée fondamentale de l’œuvre ». Il est répété dans le choral final ».
HIRSCH [Die Zahl im Kantatenwerk, page 17]: La phrase « Der Herr hat Guts an uns getan » est chantée à trois reprises (ou retentit trois fois = « Dreiklang » = affect, symbolisant force et puissance… la Trinité ? ».
HOFMANN: « …Ce septième mouvement est un sommet spécial. …texte rappelant un aria da capo mais composé comme un mouvement de choral avec orchestre au complet. Les sections extérieures de ce mouvement de choral sont fuguées, les paroles « Der Herr hat Guts an uns getan » sont associées à un thème d’appel frappant qui monte de la basse, en passant par le ténor, l’alto jusqu’au soprano pour être graduellement repris par les instruments jusqu’à ce que l’orchestre entier participe à un sommet grandiose. Par contraste, les parties vocales de la section médiane sont en majeure partie homophones ; au-dessus et entre elles, l’orchestre développe thèmes et motifs de la ritournelle d’ouverture, dont le célèbre motif de fanfare que les amateurs de Bach reconnaîtront du début du premier concerto brandebourgeois et, surtout de la partie de trompette de l’aria « Großer Herr, o starker König » de l’Oratorio de Noël. Comme c’est un motif vraiment profane, utilisé fréquemment aux cours princières comme signal d’accueil et de chasse, on pourrait soupçonner que le mouvement actuel pourrait à l’origine, sur un texte différent, avoir formé une partie d’une œuvre que Bach aurait écrite pour rendre hommage à quelqu’un ».
NYS, Carl de: « …Chœur dont la première partie, une grande fugue, est construit symboliquement sur le thème du choral Nun danket alle Gott. Ce chœur est d’ailleurs, symboliquement sans aucun doute, en trois parties [avec le da capo], la partie fuguée étant reprise après une partie centrale plus homophone…les trompettes se taisent durant la brève partie centrale qui est homophone [mesures 40 à 48, 52 à 60 et 65 à 75]. C’est la première ligne du texte évoquant les bienfaits du Seigneur qui a sans doute évoqué la première ligne du cantique Nun danket alle Gott dont il tire une grande fugue distribuée entre le petit et le grand chœur. Une deuxième partie [B], plus homophone est construite à partir du rythme pointé des trompettes ».
PIRRO [L’Esthétique. Formation des motifs, page 52]: « …thèmes limpides et fort sont si étroitement liés dans son esprit [à Bach] aux mots qui parlent de justice, de secours puissant, de salut, de joie et de louange, qu’il leur obéit soudain, et sans se lasser, dès qu’ils lui apparaissent. A peine ont-ils rayonné dans sa pensée que la mélodie s’illumine et s’ennoblit. « Le Seigneur nous a fait du bien / Der Herr hat Gut’s an uns getan » …Renvois à BWV 89, 20, 11 + exemple musical BG XXIV, page 231 ».
[Le commentaire de l’accompagnement instrumental, page 159] : « …on peut citer encore ici une persistante formule d’accompagnement de la trompette dans la cantate BWV 119 (BG. XXIV, page 227), au commencement du chœur… Ici, comme dans les exemples précédents (BWV135, 184), Bach emploie d’une manière significative les accompagnements en accords brisés dont l’usage devait devenir banal au dix-huitième siècle… »
WHITTAKER: «Trompettes, timbales et le continuo annonce ce choeur massif qui n’occupe pas moins de dix-huit pages de l’édition de la BG. Wagner, dans ses „Maîtres chanteurs“ utilise le même effet ».

8] REZITATIV ALT. BWV 119/8

ZULETZT ! DA DU UNS, HERR, ZU DEINEM VOLK GESETZT, / SO LAß VON DEINEN FROMMEN / NUR NOCH EIN ARM GEBET VOR DEINE OHREN KOMMEN / UND HÖRE ! JA ERHÖRE ! / DER MUND, DAS HERZ UND SEELE SEUFZET [Neumann.Variante: « seufzen »] SEHRE.
En dernier lieu ! / Puisque tu as, Seigneur, fait de nous ton peuple, / Permets que tes pieux fidèles / Fassent seulement encore résonner à tes oreilles / Une humble prière et veuille, ah ! Veuille l’exaucer. / Notre bouche, notre cœur et notre âme ne sont que soupirs.

Mi mineur (F-e), 4/4, 8 mesures. BGA, page 246
NEUMANN: Secco. Alt
SCHMIEDER: Alto, Cont.

BOMBA: « …Bach sous-tend les mots comme « höre / écoute » et « seufzet sehre / soupire amplement » par une conduite des voix mouvementée et des revirement harmoniques osés ».

9] CHORAL. BWV 119/9

HILF DEINEM VOLK, HERR JESU CHRIST, / UND SEGNE, WAS DEIN ERBTEIL IST. // WART UND PFLEG IHR ZU ALLER ZEIT / UND HEB SIE HOCH IN EWIGKEIT ! / AMEN.
Viens au secours de ton peuple, Seigneur Jésus-Christ, / Et bénis ce qui est ta famille. / Veille sur lui et prends soin de lui dans tous les temps / Et élève-le jusqu’à la vie éternelle ! Amen
Mélodie « Herr Gott, dich loben wir », comme dans
BWV 16, BWV 120, BWV 190 et BWV 190a
Le Te Deum Allemand.
Luther (1529). 3e partie, uniquement les lignes 3 et 4. EKG 137

Ut majeur (C), 4/4, 20 mesures. BGA, page 246
NEUMANN : Simple choral sans partie colla parte
SCHMIEDER: Chor: Sopr., Alto, Ten, Basso. Instrumentation non précisée

BOMBA: « Le choral final renonce ensuite à l’éclat des trompettes ; un amen figuré et isolé marquera néanmoins la fin… »
BOYER [Les Cantates sacrées]: Mélodie de choral harmonisé 041
BOYER [Les Mélodies de chorals, page 189]: Mélodie 041. Le choral ne sert que de conclusion modeste et hâtive à une œuvre nettement profane et toute tournée vers l’apparat des chœur libres ».
FINSCHER: «…choral final rigoureusement harmonisé à quatre voix, c’est « l’humble prière » de la communauté des fidèles qui est démonstrativement mise en évidence : ce n’est pas l’autorité séculière, mais spirituelle qui a le dernier mot ».
HOFMANN: « …simple arrangement à quatre voix…dans la partition de Bach, ce mouvement est noté avec une grande concision, à un endroit où il n’y avait pas assez d’espace que pour les quatre parties vocales. Comme seule la partition a survécu, les parties originales ayant été perdues, il n’est pas sûr quel rôle Bach avait assigné ici aux différents instruments. Il est possible que les parties aient aussi inclus des voix additionnelles pour trompettes et timbales pour lesquelles la partition n’avait pas de place; dans ce cas, l’effectif complet aurait mené la cantate à une fin aussi splendide que son début l’avait été ».
WHITTAKER: « 22e et 23e lignes du Te Deum dans la version due à
Luther. L’instrumentation n’est pas notée mais nul doute qu’elle fut importante ».

 

BIBLIOGRAPHIE BWV 119

* Ouvrage non consulté
BACH CANTATAS WEBSITE:
BCW: La mélodie du choral
Herr Gott, dich loben wir (le Te Deum allemand)
AMG: James Leonard. Notice
BRAATZ, Thomas. Discussions Part I. Provenance + Commentary
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AMBROSE, Z. Philip (University of Vermont): The new translation of cantata texts. Hänssler/ Rilling. Série verte.Ca 1990
Voir aussi le NET : Classics/faculty/bach/BWV
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: Les mélodies de chorals dans les cantates de J.-S. Bach. L’Harmattan 2003. Pages 187-189
*BREITKOPF. Recueils
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Breitkopf n° 3765: Choralgesänge für vierstimmigen gemischten Chor (sans date). Classement alphabétique. C133-134
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CANTAGREL, Gilles: Bach en son temps / Le moulin et la rivière. Air et variations sur Bach. Fayard 1998
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DÜRR, Alfred: Die Kantaten von J.-S. Bach. Bärenreiter. Kassel 1974. Volume 2, pages 590-592
FANTAPIÉ, Alain: Critique version Ramin (Eurodisc). Diapason, n° 222, novembre 1977
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Number Symbolism in Bach’s Vol. VI, n°4
HOFMANN, Klaus : Notice de l’enregistrement Suzuki / Bis. Volume 16. 2001
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PITROU, Robert: Jean-Sébastien Bach. Editions Albin Michel. 1955 Pages 170, 173
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Leipzig angehörenden Kantaten Joh. Seb. Bachs. In BJ 1906, S. 43-73
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55] Johann Sebastian Bach und das Musikleben
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BWV 16) ; 248-249 (BWV 190) ; 459 (BWV 725)
Literatur: Spitta ; Schweitzer ; Wolfrum II ; Pirro ; Parry ; Voigt ; Wustmann ; Wolff ; Terry ; Moser ; Thiele ; Schering ; Neumann ; Bj 1906, 1913, 1920, 1928, 1929, 1931, 1932, 1933. Bachfest 1933
SCHNEIDER, Charles:
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SCHWEITZER, Albert: J.- S. Bach "Le musicien-poète". Foestich 1967, 8e édition. Unique citation:chronologie 1723, page 153
SPITTA, Philipp: Johann Sebastian Bach. Sous-titré: « His work and influence on the Music of Germany 1685-1750 »
Novello & Cy 1889 - Dover 1951-1952. Trois volumes. Volume II, pages 362-365. Volume III, page79
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TIÉNOT, Yvonne: J.-S. Bach. (H. Lemoine 1951). Donne Salomo Franck comme auteur du texte.
*VETTER, Walther: 71] Der Kapellmeister Bach, Postdam 1950 (ensemble critique de 31 cantates)
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WHITTAKER, W. Gillies: The Cantatas of Johann Sebastian Bach. Sacred & Secular Oxford U.P. 1959-1985. Tome I, pages 434, 558-566; Tome II, page 673
WIJNEN, Dingeman van: Notice de l’enregistrement de Peter Leusink, page 92 (du CD d’accompagnement)
WOLFF, Christoph: Notice de l’enregistrement de Ton Koopman. CD Erato et Challenge Classics
WUSTMANN, Rudolf: J.S. Bachs geistliche und weltliche Kantatentexte. Breitkopf & Härtel, 1913-1967. Pages 311-312
ZWANG, Philippe et Gérard: Guide pratique des cantates de Bach. R. Laffont 1982. ZK 42, pages 103-104
Réédition révisée et augmentée. L’Harmattan 2005

 

DISCOGRAPHIE BWV 119

Les numéros 1] et suivants indiquent la chronologie discographique établie par Aryeh Oron (BCW).
DURÉE: Harnoncourt (25’11). Hellmann (26’12). Herreweghe (22’32). Koopman (22’41). Leusink (24’19). Neumann (27’). Ramin (26’12). Rotzsch (27’54). Rilling (25’25). Rotzsch (27’54). Suzuki (23’21). Werner (26’26).
BACH CANTATAS WEBSITE: Discographie établie par Aryeh Oron (octobre 2002 à septembre 2006 et complétée, autant qu’il a été possible par [CR]. Dix références et quatre mouvements individuels (octobre 2002 à juillet 2006)

6] HARNONCOURT. Tölzer Knabenchor. Concentus Musicus Wien. 1981
Disque (F) Teldec Das Kantatenwerk [Vol. 29] 6.35577-00-501-503 (SKW 29/1-2)
CD (D). Teldec. Das Kantatenwerk - Sacred Cantatas, Vol. 7
CD Teldec Das Kantatenwerk [Vol. 29]. 6.35577-00-503 (SKW 29/1-2). 1981. (F): 6/1981 .
Voir aussi CD Edition Bach 2000 et la reprise de l’intégrale par Warner Classics 2007. Environ 60 CD
2] HELLMANN. Bach-Chor (Kurrende der Christuskirche) & Bach-Orchester Mainz. 1968
Disque Cantate / MHS/ Da Camera 94019. Avec BWV 129
8] HERREWEGHE. Collegium Vocale Gent. Janvier 1999
CD Harmonia Mundi France 2981 690 HM 65. 200-2001. Avec
BWV 29, BWV 120
7] KOOPMAN [Vol.10]. Amsterdam Baroque Orchestra 1 Choir. Octobre 1998
CD Erato 8573-80220-2 - 2000. Puis Antoine Marchand
10] LEUSINK. Holland Boys Choir/ Netherlands Bach Collegium. Printemps 2000
CD. Bach Edition, [Brilliant Classics. Vol. 5 - Cantatas Vol. 2. 2000
CD. Reprise Bach Edition 2006. IV/ 93102/19-95. Kantaten BWV 137, 25, 119, 43
1] RAMIN. Thomanerchor Leipzig / Gewandhausorchester Leipzig. Historiche Aufnahme. Enregistré en janvier 1953
Disque Eterna 820525. Ca 1970 VEB/RDA. Avec BWV 117
Disque Eurodisc 89827. Coffret de 5 disques, ca. 1975. Avec BWV 24, 65, 72, 78, 92, 95, 138, 144, 177
CD Berlin Classics 090992BC. Historische Aufahmen mit Günther Ramin. Coffret de 9 CD. 1997. Avec BWV 106, 131
CD. Leipzig Classics 0 1809 2 BC. Bach in Germany. Cantatas II. Volume I/9. 1999. Avec BWV 131, 106
5] RILLING. Gächinger Kantorei. Bach-Collegium Stuttgart. Enregistrement en janvier et septembre 1978.
Disque (D). Die Bach Kantate. Hänssler Verlag. Classic. Laudate 98695. Avec BWV 25
Disque (F) Erato Les grandes cantates. STU 71376 [Vol. 11]. Coffret, 3 disques. 1982. Avec BWV 25 et 89
CD. Die Bach Kantate ([Vol. 66]. Hänssler Classic. Laudate 98828. 1992, Avec BWV 196, 197
CD. Hänssler edition bachakademie [Vol.38]. Hänssler-Verlag 92.038. 1999
4] ROTZSCH. Thomanerchor Leipzig. Gewandhausorchester Leipzig. Février et novembre 1974. VEB 1975
CD Leipzig Classics. Bach made in Germany Vol. 4. Cantates VI
CD Berlin Classics 0090552BC. 1995. Avec
BWV 29.
9] SUZUKI [Vol. 16]. Bach Collegium Japan. Octobre1999
CD BIS CD-1271 Digital. 2000
3] WERNER [Les Grandes Cantates. Vol. 21]. Heinrich Schütz Chor Heilbronn / Pforzheim Chamber Orchestra. Schwaigern/Juillet 1965
Disque Erato STU 70285. Avec BWV 28.
Reprise CD Warner Classics 2564 61402-2. 2004. Volume 2/9.

MOUVEMENTS INDIVIDUELS BWV 119
M-1 - 1, 7, 9]. Hans Pflugbeil. Greifswalde Bach Tage Choir / Bach-Orchester Berlin.
Disque Baroque Music Club. Début des années 1950 ou 1960, puis CD
M-2 - 7]. Max Pommer. Leipziger Universitätschor:/ Neues Bachisches Collegium Musicum. CD Capriccio, 1984
M-3 - 9]. MATT, Nicol. [Vol. 23]. Nordic Chamber Choir. Soloists of the Freiburger Barockorchester. Juin 1999
CD Brilliant Classics / Bayer Records
Reprise Bach Edition 2006. Vocal Works. CD Brilliant Classics V/ 93102/32-138.
M-4 - 1]. Nova Stravaganza. Siegbert Rampe. Chef et harpe. CD MDG. Septembre 2001

 

ANNEXE BWV 119
SPITTA, Philipp

SPITTA, Philipp: Johann Sebastian Bach. Sous-titré: « His work and influence on the Music of Germany 1685-1750 »
Novello & Cy 1889 - Dover 1951-1952. Trois volumes.

Volume II, pages 362-365. Chapitre
Leipzig Cantatas 1723 / page 362. « Outre ces huit cantates [celles décrites précédemment], existent aussi deux œuvres datant de la première année [1723] de Leipzig qui doivent leur propre existence à des cérémonies d’église de caractère exceptionnel. Le 24 août de chaque année, à la Saint-Barthélemy, se faisait l’élection du nouveau Conseil municipal de la ville, et, le lundi ou le vendredi suivant se déroulait un « service festif » juste avant que les conseillers n’occupent leur siège. En 1723, le lundi tomba le 30 août, et, pour la circonstance, Bach écrivit la cantate Preise, Jerusalem, den Herrn, œuvre remarquable par ses chœurs vigoureux et brillants ainsi que ses solos fervents et mélodieux. La façon dont l’œuvre est adaptée à cette occasion festive est bien démontrée par le caractère de chaque section. [La cantate] débute par une ouverture [1] dans le style français pour l’exécution de laquelle un orchestre [p. 363] comportant quatre trompettes, des timbales, deux flûtes, trois hautbois, le quatuor à cordes et un orgue sont requis. Un splendide et majestueux mouvement marqué « Grave » est joué par les instruments jusqu’à un allegro à 12/8 où le chœur intervient sur les paroles du psaume 147, versets 12 à 14, traité non pas exclusivement en style fugué, mais aussi en libre imitation avec l’usage épisodique du thème principal exposé d’abord par la basse. Ceci se poursuit jusqu’à la reprise du mouvement « Grave », joué comme au début par les seuls instruiments servant ainsi de postlude. Ce n’est pas la première fois que nous constatons le transfert d’une partie instrumentale d’origine séculière dans une œuvre d’église par Bach. C’est ainsi qu’il fit avec la cantate « Nun komm der Heiden » écrite pour [un voyage] Leipzig en 1714 [BWV 61]. De toute façon, une différence essentielle est observable en ce que la forme de l’Ouverture dans l’oeuvre de 1714 [BWV 61] est alliée à un choral et aussi à ce que les voix sont associées au mouvement « Grave ». Le nombre de celles participant dans la cantate pour l’élection (Ratswechsel) fait penser plutôt à un traitement « séculier », d’abord par le chœur traité en style libre et plus encore par celui des instruments auquel le chœur cette fois ne prend pas part dans les deux sections principales divisant ce mouvement [1]. Il faut comprendre ceci non pas dans le strict sens dévotionnel mais plus par le sentiment religieux fondamental qui est conservé dans l’allegro [à 12/8] dans un style polyphonique bien dans la manière de Bach. Aucun caractère plus « sacré » qu’ici ne se retrouvera dans les récitatifs et les airs qui suivront avec leurs paroles de souhaits adressées à la ville de Leipzig. Mais, dans son vif désir d’invention musicale pure, Bach fait l’impossible en créant la charmante pièce qu’est la deuxième aria [5] « Die Obrigkeit ist Gottes gabe » [L’autorité est don de Dieu], alors que le texte n’a pu que retenir difficilement son inspiration. Toutefois, quand il est possible de recueillir quelques éléments poétiques dans le texte, Bach s’efforce de le faire, comme dans la première aria [3] « Wohl dir, du Volk der Linden, wohl dir, der hast es gut » [Prospérité à toi, peuple de la cité des tilleuls [Prospérité à toi, tu es heureux ! -…Leipzig tire à l’origine son nom de l’arbre dénommé tilleul]. Rares sont les morceaux d’un caractère aussi agréable et ensoleillé que celui-ci. Les hautbois da caccia employés par Bach, détaillent l’air avec un charme idyllique rappelant l’air en si mineur de Pallas dans la cantate de la chasse |BWV 208/4] qui par ailleurs est d’un même sentiment. Cette aria en sol majeur est reliée à la deuxième en sol mineur, dont il a déjà été parlée, par un mouvement autonome [4], L’appel perçant d’une trompette jubilante introduit ce récitatif de basse « So herrlich stehst, du liebe Stadt » [Qu’elle n’est pas ta magnificence, cité aimée !] dont l’accompagnement jusqu’à la fin du mouvement est réalisé par deux flûtes et deux cors anglais auxquels s’ajoute la basse figurée. Les cordes ici sont demeurées silencieuses [tacet]. Après l’aria en sol mineur [5] [et un nouveau récitatif [6], l’ensemble des instruments et du chœur s’unissent immédiatement dans un splendide mouvement joué en forme d’aria da capo. La première partie [de ce mouvement 6] consiste en une fugue dont le thème [+ Exemple musical] repose clairement sur la première ligne du choral cantique « Nun danket alle Gott » [Maintenant rendons grâce à Dieu… voir EKG 228]. L’usage d’une partie de cette mélodie de choral est très rare chez Bach (dans le motet « Nun danket alle Gott » [BWV anh 164] il procède semblablement) ; Le choral était pour lui consacré à l’église et s’il l’introduisit ici, ce n’est pas par erreur mais pour en faire le point central de sa composition. Se départissant de sa manière habituelle, il donne un caractère et profane et sacré à l’ensemble de l’œuvre. La seconde section, de forme homophone contraste avec la première. Un motif de caractère vocal est réalisé par les trompettes dans des ritournelles instrumentales [+ exemple musical] et exposé [page 365] avec beaucoup d’adresse. Le strict sentiment dévotionnel retrouve sa première expression à la fin de la cantate [9] avec quelques versets du cantique « Herr Hott dich loben wir » [Seigneur Dieu nous t’adorons… Voir EKG 137].

Volume III, page 79. La sinfonia d’introduction. Renvois aux cantates BWV 97, 61, 194 et 60

 

Contributed by Claude Role (January 2008)

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Last update: ýJanuary 16, 2008 ý10:41:58