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C. Role. Décembre 2011
Cantate BWV 176
ES IST EIN TROTZIG UND VERZAGT DING
Obstiné et craintif, par dessus tout est le cœur de l’homme…
TRINITATIS
Dimanche de la Trinité Leipzig, 27 mai 1725
AVERTISSEMENT

Cette notice dédiée à une cantate de Bach tend à rassembler des textes (essentiellement de langue française), des notes et des critiques discographiques parfois peu accessibles (2011). Le but est de donner à lire un ensemble cohérent d’informations et de proposer aux amateurs et mélomanes francophones un panorama « espéré » élargi  de cette partie de l’œuvre vocale de Bach. Outre les quelques rares « interventions « CR » repérées par des crochets [...] le rédacteur précise qu’il a toujours pris le soin jaloux de signaler sans ambiguïté le nom des auteurs sélectionnés dans la bibliographie. A cet effet il a indiqué très clairement, entre guillemets «…» toutes les citations fragmentaires tirées de leurs travaux. Rendons à César...

ABRÉVIATIONS:
(A) = La majeur → (a moll) = la mineur
(B) = Si bémol majeur
BB / SPK = Berliner Staatsbibliothek Preussicher Kulturbesitz
B.c. = Basse continue ou continuo
BCW = Bach Cantatas Website
BD = Bach-Dokumente (4 volumes, 1975)
BGA = Bach-Gesellschaft Ausgabe = Édition par la Société Bach (Leipzig, 1851-1899). J. S. Bach Werke. Gesamtausgabe (édition d’ensemble) der Bachgesellschaft
BJ = Bach-Jahrbuch
(C) = Ut majeur (c moll) = ut mineur
D = Deutschland
(D) = Ré majeur (d moll) = ré mineur
(E) = Mi (Es) = mi bémol majeur
EKG = Evangelisches Kirchen-Gesangbuch.
(F) = Fa
(G) = Sol majeur (g moll) = sol mineur
GB = Grande-Bretagne = Angleterre
(H) = Si (h moll) = si mineur
NBA = Neue Bach Ausgabe (nouvelle publication de l’œuvre de Bach à partir des années 1954-1955)
NBG = Neue Bach Gesellschatf = Nouvelle société Bach (fondée en 1900)
OP = Original Partitur = Partition originale autographe
Ost. = Original Stimmen – Parties séparées originales
P = Partition = Partitur
PBJ = Petite Bible de Jérusalem
PKB = Preußicher Kulturbesitz, Staatsbibliothek, Berlin
St. = Parties séparées = Stimmen
La première lettre -en gras- d’un mot du texte de la cantate indique la majuscule de la langue allemande. Dans le corps de ce même texte allemand, le mot ou groupe de mots mis en italiques désignent un affect particulier ou un « accident remarquable.


DATATION BWV 176

Leipzig, 27 mai 1725
DÜRR. Chronologie. 1725 : BWV 74 (Pentecôte, 20 mai). BWV 68 (lundi de Pentecôte, 21 mai). BWV 175 (22 mai (mardi de Pentecôte). *BWV 176 (27 mai). BWV 76 (10 juin). BWV 168 ( 29 juillet).
HERZ : 27 mai 1725. Ancienne datation : vers 1735 ou 1732.
HIRSCH : Classement CN 129 (Die chronologisch Nummer – numéro chronologique). « Année II. Deuxième cycle des cantates de Leipzig (Jahrgang. II). Période allant du 11 juin 1724 au 27 mai 1725. Fin du deuxième cycle de cantates de Leipzig.
SCHWEITZER : Les cantates écrites après 1734.
SPITTA : après 1732. TERRY : 1735.


SOURCES BWV 176

La « database » du « Catalogue Bach de l’Institut de Göttingen » en connexion avec les « Bach Archiv », est un instrument de travail exceptionnel (langue anglaise et allemande) mais d’un usage qui n’est pas toujours aisé pour le lecteur français.
Adresse : (http: //www.bach;gwdg.de/bach_engl.html)

PARTITION AUTOGRAPHE = ORIGINALPARTITUR.
BB. Mus. ms. Bach P 81. Deutsch Staatsbibliothek zu Berlin. Anciennement (avant 1989) à Berlin-Est (DDR).
Référence gwdg.de/Bach : DB [Staatsbibliothek zu Berlin] Mus.ms Bach P 81. J. S. Bach. Première moitié du 18e siècle. Six feuillets, filigrane blanc Nr. 126. Carl Philipp Emmanuel Bach. Berliner Singakademie et depuis 1855 à la Staatsbibliothek zu Berlin Preußischer Kulturbesitz.

BASSO [Jean-Sébastien Bach, volume 1, page 39] : « L’autographe de cette cantate fit partie de l’héritage de Carl Philipp Emanuel Bach dont le catalogue fut publié à Hambourg en 1790, par Gottlieb Friedrich Schniebes sous le titre « Verzeichniss des musikalischen Nachlasses des verstorbenen Cappelmeisters Carl Philipp Emanuel Bach ». La section contenant les œuvres de Jean-Sébastien Bach comprend 86 cantates sacrées et autres pièces vocales et instrumentales ».
BGA [Alfred Dörffel, Leipzig, novembre 1888] : La partition originale, un exemplaire des voix et deux copies de la partition sont à la Bibliothèque Royale de Berlin. Référence P 81. Six feuilles, à l‘écriture rapide avec corrections… le filigrane n‘est pas identifié. En tête de la première page : „J. J. Festo S. S. Trinitatis. Es ist ein trotzig u. verzagt Ding p.“ . Sur la couverture bleuâtre, de la main de Bach : „Festo S. S. Trinit. | Es ist ein trotzig und verzagt Ding | a | 4 Voci | 2 Hautb. | Taille | 2 Viol. | Viola | e | Continuo | di | J. S. Bach.
HERZ : L‘auteur a détecté le filigrane „R o S“ sur l‘autographe…filigrane représenté dans l‘ouvrage de Philipp Spitta, volume III ; Appendix 2, page 281.
SCHMIEDER : Partition autographe; six feuilles, 11 pages de musique in 4°. La partie de continuo est en la possession de Edward Speyer; Ridgeshurst, Herts.

PARTIES SÉPARÉES = ORIGINALSTIMMEN.
St. Privatbesitz Pr Rudorff (USA).
Référence gwdg.de/Bach : US Pru PR scheide BWV 176. J. S. Bach. J.A. Kuhnau. Ch. G. Meißner + anonyme. La basse continue d’un copiste inconnu n’est pas l’original.
Tribulations de ce set de parties séparées : →Wilhelm Friedmann Bach ? →C. P. H. Pistor. →Famille Rudorff. F. →W. Jaehns. →E. Rudorff. →Bibliothèque musicale Peters à Leipzig. →Bibliothèque de Leipzig. →W. Hinrichsen. →Vente chez Sotheby. →W. H. Scheide et enfin →dépôt à la Princeton/N.J. University Library (New Jersey / USA)..

[Une partie de continuo rédigée par une main anonyme (avec chiffrage, 4 pages dont la dernière revêt le célèbre „SDG“ (Soli Deo Gloria) avec annotations de Jean-Sébastien Bach, appartenait (ainsi que les autres parties), à Wilhelm Friedmann Bach. Par la suite, le banquier et collectionneur Edward Speyer la posséda jusqu’à sa mort en 1934; elle passa en salle des ventes (Londres ?) en 1935. Cette partie de continuo a bien été identifiée dans la nouvelle édition Bach (NBA) en 1965 (Kritisch Bericht 1968).
Toujours selonl a même source (Artfact.com), l’ensemble des parties séparées a passé en salle des ventes à Londres le 11 novembre 1982].
HERZ : Archives privées à New York. Copiste : Johann Andreas Kuhnau né en 1703 – mort ? (neveux ou petit-fils du cantor Johann Kuhnau), à Leipzig à partir du 7 février 1723 dans sa période dite « K4“. Filigrane « RS ».
SCHMIEDER : Musikbibliothek Leipzig (Recueil). Rudorff R. Nr. 2.

COPIES XVIIIe & XIXe SIECLES = ABSCHRIFTEN 18 u. 19 Jh.
P 48 M. Staatsbibliothek zu Berlin. Anciennement à la Marburg Staatsbibliothek (dépôt) puis Berlin-Dahlem.
Référence gwdg.de/Bach : DB [Staatsbibliothek zu Berlin] Mus.ms Bach P 48, Faszikel 2. Copiste : S. Hering. Deuxième moitié du 18e siècle.
St. 27 M. Staatsbibliothek zu Berlin. Anciennement à la Marburg Staatsbibliothek (dépôt) puis Berlin-Dahlem. Annotations de Rudorff
Référence gwdg.de/Bach : DB [Staatsbibliothek zu Berlin] Mus.ms Bach St 27. Copistes : S. Hering et copistes inconnus. Deuxième moitié du 18e siècle.

Référence gwdg.de/Bach : DB [Staatsbibliothek zu Berlin] Mus.ms Bach P 1159/XII, Faszikel 2. Copiste : F. Hauser. Première moitié du 19e siècle.
Référence gwdg.de/Bach : DB [Staatsbibliothek zu Berlin] Mus.ms Bach P 449, Faszikel 2. Copiste : inconnu (Fischhof) Renvoi à P 448 et P 448. Première moitié du 19e siècle.
Référence gwdg.de/Bach : DB [Staatsbibliothek zu Berlin] Mus.ms 10072-18. Copiste : J. J. Maier. Milieu du 19e siècle.
Référence gwdg.de/Bach : PL Varsovie Wru 60008 Muz (antérieurement Mf 5031 ; B. 217. Copiste : C. Bagans (copiste de Berlin). 19e siècle.

ÉDITIONS
SOCIÉTÉ BACH = BACH-GESELLSCHAFT AUSGABE (BGA).
BGA Jg. XXXV (35e année). Pages 181 à . Préface d’Alfred Dörffel (1888). Cantates BWV 171-180.

NOUVELLE ÉDITION BACH = NEUE BACH AUSGABE (NBA).
KANTATEN SERIE I/ BAND 15. KANTATEN ZUM TRINITATISFEST UND ZUM 1 SONNTAG NACH TRINIYATIS Bärenreiter Verlag BA 5029. 1967 - 2/1987. Herausgegeben von A. Dürr und Robert Freeman (BWV 176) & J. Webster. 6 fac-similés.
BWV 176. Pages 19-36. Début. BB. Mus. ms. Bach P 81, Bl. 1r .
Avec les cantates BWV 165, 194, 129, 75, 20 et 39.
Kritischer Bericht (commentaires). BA 5029 41. A. Dürr : 165, 129, 75, 39. Robert Freeman : BWV 176. James Webster : BWV 20.
[La partition de la NBA (Bärenreiter Verlages Kassel-Basel-Tours-London se trouve dans le coffret Teldec / Leonhardt, volume 41. 1988]

AUTRES ÉDITIONS
BÄRENREITER classics.| Bach | Bärenrteiter Urtext.
Sämtliche Kantaten 6 | TP 1286. 2007
Serie I. Band 15. Kantaten zum Trinitatisfest und zum 1. Sonntag nach Trinitatis.
Zur Edition.
Faksimile. BWV 176. Début de la partition. Bl. 1. + Extrait.
BWV 75. Partition. Début.
BWV 20. Extrait Oboe III.
BWV 39. Début de la partition.
BWV 165. Page 3 à 16. Bärenrteiter 1967.
BWV 176. Pages 19 à 38.
BCW : Partition de la BGA + Réduction chant et piano. BREITKOPF & HÄRTEL : Partition = PB 3026. Réduction chant et piano (Klavierauszug = Todt) = EB 7176. Révision, orchestre, voix et orgue (M. Schneider. Clavecin révisé par Max Seiffert = OB 229+9. Partition du chœur (Chorstimmen) = ChB 2038. 2011 : Partition = PB 4676. Réduction chant et piano (20 pages) = EB 7176. Partition du chœur (8 pages) = ChB 4676 CARUS Stuttgarter Ausgaben : Partition (40 pages) = CV-Nr. 31176/00. Réduction chant et piano (Klavierauszug) = CV-Nr. 31176/03. Partition du chœur (Chorpartitur) = CV-Nr. 31176/05. Harmonie (Harmoniestimmen) = CV-Nr. 31176/09. Oboe I, II Cor anglais = CV-Nr. 31176/21 à 23. Parties séparées : Violine I, II ; Viola ; Violoncelle-contrebasse = CV-Nr. 31176/11 à 14. Orgue = CV-Nr. 31176/49. EULENBURG : Partition de poche (Taschenpartitur) n° 1032. Préface de Arnold Schering (1934). Révision Hänssler (Horn 1961). KALMUS STUDY SCORES : N° 852. Volume XLVIII. New York 1968. Avec les cantates BWV 176 à 179.


PÉRICOPE BWV 176

Fête de la Trinité. Fête majeure du calendrier liturgique romain, d’où le caractère exceptionnellement festif de l’œuvre.

Épître: Romains 11, 33 à 36 [PBJ. 1683] : « Combien profonde est la richesse de la connaissance de Dieu ».
Évangile: Jean 3, 1 à 15 [PBJ. 1587]. Entretien de Jésus avec Nicodème : «  que tout homme qui croit ait par Lui la vie éternelle ».
Voir le psaume 100/1 [PBJ. 894] : « Acclamez Yahvé » dans [1]. Voir aussi dans [1] le psaume 145 [PBJ 936] « Louange au Roi Yahvé ».
Voir Isaïe 53, 11 et 12 [PBJ. 1168] : dans [2] « Le Christ sacrifié pour nous ».
Voir Isaïe 6, 3 [PBJ. 1108] : dans [5] : « Saint, Saint, Saint est Yahvé, Sabaoth ».

EKG. Trinitatis
Introït : Isaïe 6, 3 [PBJ. 1108] : « Et ils se criaient l’un à l’autre ces paroles « Saint, saint, saint est Yahvé Sabaot. / Sa gloire remplit toute la terre…»
Psaume 99 [PBJ. 893]. Dieu, roi juste et saint.
Cantique EKG 97 : « Komm, Gott Schöpfer, heiliger Geist » (Luther 1524-1529).
Épître aux romains 11, 33 à 36 [PBJ. 1683]. Hymne à la sagesse miséricordieuse : « O abîme de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu ! Que ses décrets sont insondables et ses voies incompréhensibles…»
Évangile : Jean 3, 1 à 15 [PBJ 1587]. La révélation du mystère de l’esprit. L’entretien de Jésus et de Nicodème.
Pour la même occurrence, renvoi aux cantates BWV 129 (16 juin 1726), BWV 165 (4 juin 1724) et peut-être BWV 194 (vers 1724-1725).


TEXTE BWV 176

Christiane Mariane von Ziegler 1695-1760), poétesse vivant à Leipzig à partir de 1722, précisément à l’époque de Bach.
[Son texte publié postérieurement à la cantate (datant de 1725) a été imprimé en 1728 dans le Recueil Versuch in gebundener Schreibart, volume 1. Il paraît donc que Bach a connu ce livret dans un premier état, avant qu’il ne fut imprimé et que les modifications constatées peuvent aussi bien être attribuées à la poétesse qu’à -comme l’écrit Werner Neumann- à Bach, pour des raisons, par exemple, de prosodie musicale. Voir le même cas avec la cantate BWV 128 du 10 mai 1725. De Mariane von Ziegler sont connus les textes de huit autres cantates, les BWV 103, 108, 87, 176, 183, 74, 68 et 175, cantates ayant toutes pour point commun d’avoir été composées dans une période relativement brève de la même année, entre avril et mai 1725»].

BASSO [Jean-Sébastien Bach. Volume 2, pages392] : « Par rapport au texte publié dans le recueil de 1728, la version figurant sous la musique de Bach apparaît différente sur plus d’un point, particulièrement dans les cantates BWV 103, 87, 128, 175 et 176 ».
[on notera que Alberto Basso ne pose pas ici clairement le problème de la chronologie, puisque le texte de la cantate BWV 176 remonte à 1725, c’est à dire trois années avant l’impression du recueil de 1728…]
1] D’après Jérémie 17, 9 [PBJ. 1211] : « Le cœur est compliqué plus que tout et pervers ! » Il ne s’agit donc pas dans la cantate d’une citation littérale de l’Ancien Testament mais d’une paraphrase sur les mots : « Le cœur de l’homme est obstiné et craintif par-dessus tout ». Vu également par Alfred Dürr : « Le cœur est compliqué plus que tout et pervers ! Qui peut le pénétrer ? Moi, Yahvé, je scrute le cœur, je sonde les reins…».
[Renvoi au récitatif de la cantate BWV 73/3, dans une ambiance proche et remplie du même contraste…attribué parfois à Salomo Franck sinon à Bach lui-même…] .
Mouvements 2 à 5: A partir du texte de Christiane Mariane von Ziegler. 6] Sixième (de neuf vers chacune) du cantique Was alle Weisheit in der Welt Bei uns hier kaum kann lallen - Tout ce que la sagesse du monde peut à peine balbutier (Berlin, 1653) de Paul Gerhardt. Ce cantique figure dans la Praxis pietatis melica (Pratique musicale de la piété) de Johann Crüger (1598-1662). La mélodie de Johann Walter (?) est celle de Christ unser Herr zum Jordan kam, retrouvée dans la cantate BWV 7/1. Renvoi à EKG 146 (cantate BWV 7) et au Gesangbuch de Vopelius, Leipzig 1682 que Bach a pu connaître. Mélodie, sans le texte = BWV 684 et BWV 685. BCW [Braatz – Oron] : autres compositeurs ayant utilisé cette mélodie : Michael Praetorius ; Hans Leo Hassler ; Johann Hermann Schein ; Dietrich Buxtehude (BuxWV 180), Johann Pachelbel, Friedrich Wilhelm Zachow, etc. HOFMANN : «…La cantate repose sur l’Évangile du jour, Jean 3, 1 à 15 et a, dès le début, une longue description : Nicodème, un Pharisien et « le plus élevé de tous les juifs » en fait, l’un des membres du camp des adversaires de Jésus - profitant de la nuit rend subrepticement visite à Jésus et reconnaît que celui-ci vient de la part de Dieu, car « personne ne peut faire les signes que tu fais ». Mariane von Ziegler attire l’attention sur la crainte de Nicodème puis vers le découragement en général des croyants et redonne courage aux « esprits peureux et craintifs » dans le cinquième mouvement. Au début de la cantate, on entend les mots « Es ist ein trotzig und verzagt Ding um aller Menschen Herze » (adaptation libre de Jérémie ». MACIA [Collectif. Tout Bach, pages 238/239] : «…Comme pour la plupart des huit autres cantates écrites sur un poème de Christiane Mariane von Ziegler, Bach a largement remanié le texte…»
WOLFF : «…les paroles de la cantate se réfèrent explicitement à l’évangile dominical de saint Jean 3, 1 à 5 (entretien de Jésus avec et Nicomède…»


GÉNÉRALITÉS BWV 176

BOYER [Les mélodies de chorals dans les cantates de J.-S. Bach, pages 123/124] : « Cette cantate est curieuse à plus d’un titre. Prévue pour le dimanche de la Trinité 1725 ; elle se présente sous la forme d’une modeste composition (environ treize minutes) d’aspect dramatique…Le caractère insolite de cette cantate peut se résumer dans le contraste frappant entre la fugue initiale concise, dramatique et les deux arias n° 3 et 5 au style plus détendu et au rythme de danse ».
BRAATZ [BCW, 12 juin 2001] : …l’antithèse est l’idée fondatrice sur laquelle Bach a construit sa cantate, dans le premier mouvement puis dans les suivants, ceci provoquant un effet d’unification…[tourments de l’âme humaine partagée et les oppositions « jour, soleil, nuit, lumière, Nicodème, Joshua, etc.] L’argumentation évoque les travaux qu’Eric Chafe a consacrés à cette proposition ainsi que sur l’ésotérisme auquel Bach aurait pu avoir accès… Toutefois l’auteur [Th. Braatz] se défend d’avoir auprès de possibles lecteurs, trop lu de « science-fiction » et attire l’attention sur le texte du mouvement n°3 [l’aria de soprano] : « Que ta lumière d’ordinaire tant appréciée / se voile pour moi / parce que j’interroge le maître, / car je l’appréhende de jour. / Nul ne peut faire des miracles / qui témoignent de la toute puissance de son être / sans que Dieu l’ait élu. / Il faut bien que l’esprit divin repose sur lui ».
Il ajoute, et de manière quelque peu obscure : « En définitif, il me semble [à propos de l’évocation de Nicomède] qu’il y a ici plus que ce que nos yeux voient [?] Peut-être que les générations futures pourront mieux comprendre le sens de tout cela mieux que nous ne pouvons le faire. Considérons simplement combien le jugement à propos de cette cantate s’est modifié depuis le 19e siècle » [depuis les travaux de Spitta évoqués plus haut dans ce commentaire].  Ci-après J. E. Gardiner se fait également l’écho de cet aspect antithétique :
GARDINER : «…La cantate BWV 176 Es ist ein trotzig und verzagt Ding - C’est une chose mauvaise et récalcitrante) – que l’on pourrait aussi traduire : « il y a quelque chose de réfractaire (ou de provoquant, d’obstiné) et de pusillanime (ou de décourageant, de désespérant) dans le cœur humain ». Chaque permutation de ces différents adjectifs s’applique à l’adaptation qu’en propose Bach. En interprétant l’histoire des furtives visites nocturnes de Nicodème telle une tendance générale de l’être humain (d’où la citation de Jérémie), Ziegler a offert à Bach la possibilité de mettre en œuvre une antithèse entre agression obstinée et faiblesse mêlée de lâcheté…Les versions imprimées des livrets de Mariane van Ziegler diffèrent parfois dans le détail, parfois aussi de manière plus marquée en regard du texte finalement mis en musique par Bach ».


DISTRIBUTION BWV 176

  NEUMANN : Sopran, Alt, Baß. – Chor. Oboe I, II, Oboe da caccia ; Streicher ; B.c. SCHMIEDER : Soli : S, A, B. Chor : S, A, T, B. Instrumente : Oboe I, II; Oboe da caccia; Viol. I, II; Vla.: Continuo.

GARDINER : «…déploiement modeste des forces… deux voix solistes seulement sauf pour le chœur… fusion des cordes et des vents (trois hautbois doublant les parties des premiers et seconds violons ainsi que d‘altos), dispositions déjà rencontrée dans les cantates […] BWV 175 et 57 ». SDG 127 (volume 15).
SUZUKI : «…Le jeu des parties [conservées] ne comprend pas la doublure du second violon (la partie utilisée par le voisin de pupitre) que l’on s’attendrait à trouver ainsi qu’une partie de continuo transposé pour l’orgue.. Cependant, il semble que cette partie d’orgue, que l’on a cru perdue, soit réapparue à une vente aux enchères à Sotheby’s en 2005 et a par la suite été donnée à la Juilliard School of Music. Un chiffrage harmonique est écrit dans la partie non transposée du continuo (bien qu’il ait pu avoir été ajouté plus tard). Et nous avons ainsi décidé d’utiliser le clavecin, comme à l’habitude…»


 
APERÇU BWV 176

1] CHORSATZ. BWV 176/1
ES IST EIN TROTZIG UND VERZAGT DING UM ALLER MENSCHEN HERZE.
Le cœur de l’homme est obstiné et craintif par-dessus tout.

Jérémie 17, 9 [PBJ. 1211] : « Le cœur est compliqué plus que tout et pervers ! »

Ut mineur (c moll), 44 mesures, C.
BGA. Jg. XXXV (35e année). Pages 181 à 187 | Cantate | Am Trinitatisfeste | Festo Trinitatis. | Oboe I. | Oboe II. | Oboe da caccia. | Violino I. | Violino II. | Viola. | Soprano. | Alto. | Tenore. | Basso. | Continuo
NEUMANN : Chœur fugué avec parties instrumentales obligées. Ensemble des instruments.

ANDERS : «…Bach transpose l’interprétation des sentiments dans la structure et le façonnement mélodique du chœur d’entrée, une vaste fugue. Son thème est construit sur le contraste entre l’accord en do mineur en gammes montantes « opiniâtres » et son chromatisme descendant « découragé ». Ces deux comportements antagonistes et très humains reçoivent, par le souvenir de Nicodème -qui ne s’approchait de Jésus qu’une fois la nuit tombée- et Josué - durant la bataille duquel contre les Amonites le soleil resta au zénith jusqu’à sa victoire finale - leur sens profond…»
BASSO [Jean-Sébastien Bach, volume 2, page 400] : « La cantate s’ouvre sur une fugue d’une vive intensité dramatique, dépourvue d’épisodes purement instrumentaux, mais dans laquelle l’apport des deux familles d’instruments, cordes et bois (trois hautbois, dont un da caccia) n’est pas de même calibre : les cordes ont une fonction autonome, alors que les bois doublent les parties vocales les plus aiguës, la plus grave étant doublée par le continuo. A la sévérité de cette page ardue et complexe en dépit de sa brièveté, s’oppose après un récitatif simple, une aria du soprano avec cordes [3]…»
BOMBA : «…La cantate… commence par une fugue vocale qui, se passant de prélude instrumental, débute en basse continue. Le motif en triples accords donne un effet « obstiné » comme les paroles qu’il renforce comme des signaux. Les cordes le doublent de triples accords obligés en ut mineur. Ils chutent alors successivement alors que le sujet de la fugue dans la basse se lance vers les hauteurs jusqu’au ton en ré bémol… L’accompagnement des cordes donne le volume à cet accord. L’obstination se transforme alors en crainte… illustrée par des voies chromatiques sinueuses. Cet effet prend de la puissance dans toutes les quatre voix ; en outre on perçoit des sauts osés et de fins intervalles d’octave sur le texte « aller Menschen ». Un mouvement tout à fait singulier ! Bach ne choisit cette méthode pour s’adresser à brûle-pourpoint à l’auditeur que dans quelques cantates BWV 19, 50, 64, 144, 171, 179)… Elles sont toutes introduites de fugues vocales, et toutes ces fugues mettent ainsi en relief un mot issu de l’Évangile lu au préalable…»
BOYER [Les mélodies de chorals dans les cantates de J.-S. Bach, pages 123/124] : « Le chœur initial expose une courte et violente figure de quarante-quatre mesures en ut mineur…»
CANTAGREL [Les cantates de J.-S. Bach. pages 640 à 643] : «…Bach ouvre la cantate ex abrupto par une puissante fugue vocale à quatre voix, sans la moindre préparation. Ce sont les voix qui assurent la matière sonore de ce chœur, doublées par le continuo pour la basse et les trois hautbois pour les autres, tandis que les violons et altos assurent l’harmonie, en accords ou bien tenus, ou bien arpégés ».
GARDINER : «…choral fugué concis et à quatre parties sur fond de fanfare de cordes en forme de réminiscence du Concerto brandebourgeois n° 5. Cela ne vaut toutefois que pour la première moitié, avec une mélismatique emportée s’élevant jusqu’à une neuvième mineure sur « Trotzig » puis, à son sommet, une figure en forme de soupir attendri, sur fond de cordes soutenues, pour souligner le côté « verzagt » des choses. Ce contour ascendant et descendant perdure tout au long de la fugue, le temps de deux expositions et demie sans ritornelli, les voix étant doublées par trois hautbois tandis que les cordes alternent le vigoureux motif du Cinquième Brandebourgeois en un contrepoint plaintif et soutenu ».
HOFMANN : «…Bach a recours à une fugue chorale pour les premiers vers de la cantate qui passe d’une voix à l’autre, en commençant par les basses jusqu’à ce que toutes les voix se fassent entendre. Le contre-sujet de « trotzig – entêté » et « verzagt – découragé », dans le thème même de la fugue, tire son expression catégorique dans le contraste intérieur entre le mouvement mélodique rapide, étendu et au rythme marqué et le chromatisme serré de la page suivante. Il est possible de croire que Bach a trouvé davantage de plaisir à ne représenter que l’entêtement plutôt que le découragement, ce qui ne va pas tout à fait dans le sens de sa librettiste ».
LEMAÎTRE : «…Une fugue occupe le premier chœur qui se passe d’introduction, d’intermède et de postlude instrumentaux. Même si les cordes restent indépendantes des voix, cette absence de passages orchestraux lui donne une allure sévère, renforcée par les doublures exercées par les hautbois (soprano et alto) et le continuo (ténor, basse) ».
MACIA [Collectif. Tout Bach, pages 238/239] : « Le chœur d’entrée est une fugue stricte et robuste…amorcée par les basses, rejointes successivement par les autres tessitures et accompagnée librement par les cordes, tandis que les trois hautbois et le continuo doublent les voix. Doubles croches et valeurs longues, gammes montantes et chromatismes descendants illustrent les aspects contradictoires de l’âme humaine, partagée entre fierté et abattement…»
PIRRO [J.-S. Bach, pages 161/162] : «…Le premier chœur est d’une belle rudesse. Bach y décrit la présomption et la lâcheté du cœur humain, téméraire et accablé presque dans le même moment. Pour mieux représenter cette confusion des sentiments, le musicien tente sur la fin du motif de l’audace le commencement du motif de la crainte. La vocalise arrogante qui illustre le mot trotzig se résout avant même que la dernière syllabe ne soit articulée, dans une suite chromatique plaintive et de rythme hésitant » [+ Exemple musical].
SCHWEITZER [J.- S. Bach | Le musicien-poète, page 214] : «…Le plus grand soin de Bach, c’est de donner au texte le relief qu’exige la musique… Souvent il s’attache à un seul mot qui résume, à ses yeux, tout ce que le reste contient de substance musicale, et, par la composition, il lui donne une importance qu’il n’avait point dans la réalité. C’est ainsi que du texte de la cantate « Es ist ein trotzig und verzagt Ding, il n’a réalisé en musique que le mot « trotzig - arrogant », alors que dans l’ensemble, il s’agit plutôt de contrition…»
SEEDORF : «…Le mouvement initial, sur une sentence légèrement modifiée de Jérémie 17, 9 [PBJ. 1211] est une grande fugue qui exploite avec délectation le contraste entre « trotzig -orgueilleux » et verzagt - lâche ».
WIJNEN : « la cantate s’ouvre sur une fugue monumentale… Avec colère, le mot « Trotzig » est répété à l’envi mais le mouvement est heureusement fort court une telle densité de propos musical n’étant pas supportable au-delà d’une certaine concentration ! »
WOLFF : « …Le chœur d’introduction est une composition très compacte, conçue comme une fugue pour chœur, mais dont l’accompagnement instrumental fait état d’une grande indépendance, soulignant l’intensité et l’expressivité des mots-clés « trotzig / verzagt ».


2] REZITATIV ALT. BWV 176/2
ICH MEINE, RECHT VERZAGT, / DNIKODEMUS SICH BEI TAGE NICHT, / BEI NACHT ZU JESU WAGT. / DIE SONNE MUßTE DORT BEI JOSUA SO LANGE STILLE STEHN, / SO LANGE BIS DER SIEG VOLKOMMEN WAR GESCHEHN, / HIER ABER WÜNSCHET NIKODEM : / O SÄH ICH SIE ZU RÜSTE GEHN !

Je trouve même qu’il fait preuve d’une crainte telle / que Nicodème ne se risque que de nuit / mais pas de jour auprès de Jésus. / Pour Josué cependant le soleil devrait arrêter sa course / jusqu’à ce que la victoire fût pleinement acquise; / Mais Nicodème, lui, souhaite: / Ô puissé-je le voir se coucher !

Sol mineur (g moll) sol mineur (g moll), 10 mesures, C.
BGA. Jg ; XXXV (35e année). Pages 188 | RECITATIV. | Alto. | Continuo.
NEUMANN. Rezitativ secco. Alt.

ANDERS : «…de même que le contraste vu dans le premier chœur, contraste des comportement antagonistes et très humains, avec le souvenir de Nicodème -qui ne s’approchait de Jésus qu’une fois la nuit tombée- et Josué - durant la bataille duquel contre les Amonites le soleil resta au zénith jusqu’à sa victoire finale… »
BRAATZ [exemples tirés de la partition] : l’auteur attire l’attention sur la note haute, (si, première ligne) sur le mot Tage - jour et  basse (si) sur Nacht – nuit.
WIJNEN : «…on nous récite le contraste entre Nicodème qui n’osait pas attendre que le soleil se levât afin de s’adresser au Seigneur, et Joshua qui avait ordonné au même soleil d’interrompre sa course afin de pouvoir vaincre ses ennemis ». 


3] ARIE SOPRAN. BWV 176/3
DEIN SONST HELL BELIEBTER SCHEIN / SOLL VOR MICH UMNEBELT SEIN, / WEIL ICH NACH DEM MEISTER FRAGE, / DENN ICH SCHEUE MICH BEI TAGE. / NIEMAND KANN DIE WUNDER TUN, / DENN SEI  ALLMACHT UND SEIN WESEN, / SCHEINT, IST GÖTTLICH AUSERLESEN, / GOTTES GEIST MUß AUF IHM RUHN.

Que ta lumière d’ordinaire tant appréciée / se voile pour moi / parce que j’interroge le maître, / car je l’appréhende de jour. / Nul ne peut faire des miracles / qui témoignent de la toute puissance de son être / sans que Dieu l’ait élu. / Il faut bien que l’esprit divin repose sur lui.

Si bémol majeur (B), 88 mesures, C barré.
BGA. Jg ; XXXV (35e année). Pages 188 à 193 | ARIE. | Violino I. | Violino II. | Viola. | Soprano. | Continuo. | Da Capo.
NEUMANN : Forme bipartite et ritournelle. Caractère de gavotte.

ANDERS : «…L’air en gavotte badin… annonce, par ses figures en triolets, la consolation…»
BASSO [Jean-Sébastien Bach. Volume 2, pages 273/274] : Mouvement sur un tempo de danse, ici une gavotte…
[volume 2, page 400] : « aria du soprano avec les cordes, en style de gavotte et à la structure bipartie, encore que soit prévue une reprise da capo de l’introduction instrumentale…»
BOMBA : « Les cordes de l’air de soprano font apparaître la « lumière… le morceau est entièrement bercé d’une lumineuse apesanteur jusqu’à la fin de la partie centrale où l’Esprit de Dieu repose sur l’homme en de longues notes tenues ».
BRAATZ [exemples tirés de la partition] : figuralisme instrumental « ascendant et descendant » [+ Exemple musical].
CANTAGREL [Les cantates de J.-S. Bach. pages 640 à 643] : «…La ligne mélodique des premiers violons se charge de figures dactyliques et de triolets. Contrairement à ce que dit le texte, toute crainte a déjà disparu… Reprise à l’identique de la ritournelle introductive pour conclure ».
GARDINER : «…L’exploitation de ce double visage de la conduite humaine se poursuit pendant toute la cantate : la juxtaposition de Nicodème (la nuit) et de Jésus (le jour) présentée dans le récitatif d’alto (n°2) est implicite dans l’air, presque une gavotte…»
HOFMANN : «…Air de soprano dansant qui a pu rappeler aux mélomanes de Leipzig que le cantor avait été, il y avait encore peu de temps, compositeur de la cour. Ce mouvement s’oppose clairement à la vigueur du chœur initial. Les mots de « hellen Schein » (clarté) sont représentés musicalement par un éclaircissement de la sonorité d’ensemble au sein de laquelle le continuo fait des silences ».
LEMAÎTRE : «…l’air de soprano paraît être une gavotte menée par les cordes, dans une architecture binaire à laquelle s’ajoute la reprise de l’introduction instrumentale ».
MACIA [Collectif. Tout Bach, pages 238/239] : «…une gavotte enjouée…riche en triolets…» 
PIRRO [J.-S. Bach, pages 161/162] : «…L’accompagnement de l’air de soprano est d’une remarquable souplesse rythmique et d’un ton singulièrement passionné ».
[L'esthétique de Jean-Sébastien Bach - L’orchestration, page 224] : « la basse continue… Dans certains cas, le compositeur [Bach] laisse de côté la lourde basse, pour que le coloris de la composition s’éclaircisse. Ainsi, dans la cantate Es ist ein trotzig und verzagt Ding, il fait jouer la partie de basse par l’alto, quand le soprano demande que l’éclat du jour se voile. De cette manière, la première phrase du chant est accompagnée d’un éclat lumineux, qui bientôt s’assombrira, puis rayonnera de nouveau » [+ Renvoi à BG. XXXV, page 189].
SEEDORF : «…aria d’allure dansante qui traduit la tonalité affective fondamentale - la joie - par une de ces gavottes typiques si fréquentes dans les cantates de Bach. Le contraste entre « Hell beliebter Schein - lumière, éclat » - registre aigu, accompagnement mouvementé - et « umnebelt sein - s’éteindre » - registre grave, interruption de l’accompagnement - s’intègre aussi naturellement dans la danse omniprésente que les valeurs longues sur « ruhn - repose » qui restituent musicalement le sens du texte tandis que s’y superpose le mouvement dansant continu ».
WIJNEN : «…Une aria tout à fait délicieuse, sur un rythme de gavotte où les violons illustrent vivement l’expression « hell beliebter Scheinlumière tant aimée », quand bien même le texte explique que la clarté peut parfois se voiler de nuages ».


4] REZITATIV BAß. BWV 176/4
SO WUNDRE DICH, O MEISTER, NICHT, / WARUM ICH DICH BEI NACHT AUSFRAGE ! / ICH FÜRCHTE DAß BEI TAGE / MEIN OHNMACH NICHT BESTEHEN KANN. / DOCH TRÖST ICH MICH, DU NIMMST MEIN HERZ UND GEIST / ZUM LEBEN AUF UND AN, || (mesure 8 = andante à 2/4) : WEIL ALLE, DIE NUR AN DICH GLAUBEN, NICHT VERLOREN WERDEN.

Ne t’étonne donc pas, ô maître, / que je t’interroge de nuit ! / Je crains ne pas pouvoir surmonter / mon impuissance à la lumière du jour. / Pourtant je trouve le réconfort, car tu donnes vie / à mon cœur et mon esprit / puisque tous ceux qui croient en Toi ne seront pas perdus.

[Nouvelle allusion au pharisien Nicodème qui rencontre Jésus dans la nuit, renvoyant à la paraphrase l’Évangile de Jean, 3, 1 et Jean 1, 15 [PBJ 1587] : « afin que tout homme qui croit, ait par Lui la vie éternelle…»

Fa (F) sol mineur (g moll), 32 mesures, C.
BGA. Jg ; XXXV (35e année). Page 194 | RECITATIV. | Basso. | Continuo.
NEUMANN : Rezitativ secco. Baß. + Arioso.

BASSO [Jean-Sébastien Bach. Volume 2, page 400] : «…récitatif secco de la basse, qui se mue ensuite en un persuasif arioso (andante) lorsqu’il s’agit de paraphraser Jean 3, 15…avec une svelte progression mélodique proposée deux fois…»
BOMBA : « Le thème du jour et de la nuit est repris une nouvelle fois… Bach met en relief la profession de foi formulée à la fin en arioso et la renforce par une figuration du continuo obstiné ».
CANTAGREL [Les cantates de J.-S. Bach. pages 640 à 643] : «…Après sept mesures de récitatif secco, celui-ci devient un arioso, marqué andante, pour énoncer à deux reprises la dernière ligne du texte, directement issue du texte évangélique (Jean 3, 15)…et à chaque fois en répétant la fin, « ne seront pas perdus », que l’on aura donc entendu quatre fois ».
GARDINER : «…Nicodème est personnifié dans le récitatif de basse n°4, Bach ajoutant au texte de Ziegler les mots « car celui qui crois en toi ne périra pas » qu’il met en musique tel un arioso largement déployé pour en souligner toute la portée ».
HOFMANN : «…Dans ce récitatif, Nicodème parle pour ainsi dire au nom de tous les croyants hésitants ».
MACIA [Collectif. Tout Bach, pages 238/239] : «…récitatif qui se transforme en arioso où la basse continue reprend inlassablement un motif de trois notes qui se poursuit ensuite à découvert. Cette citation de l’Évangile a sans doute été rajoutée par Bach ».
WHITTAKER : Un récitatif secco de basse personnifie Nicodème : « Ne t’étonne donc pas, ô maître, / que je t’interroge de nuit ! »
 
5] ARIE ALT. BWV 176/5
ERMUNTERT EUCH, FURCHTSAM UND SCHÜCHTERNE SINNE, / ERHOLET EUCH, HÖRET, WAS JESU VERSPRICHT : / DAß ICH DURCH DEN GLAUBEN DEN HIMMEL GEWINNE. / WENN DIE VERHEIßUNG ERFÜLLEND GESCHICHT, / WERD ICH DORT OBEN / MIT DANKEN UND LOBEN / VATER, SOHN UND HEILGEN GEIST / PREISEN, DER DREIENIG HEIßT.

Prenez courage, esprit craintifs et timides, / reprenez force, écoutez ce que Jésus promet : / C’est par la foi que je remporterai le ciel. / Si cette promesse s’accomplit, / je glorifierai là-haut / en actions de grâces et en louanges / le Père, le Fils et le Saint-Esprit / qu’on appelle Trinité.

Mi bémol majeur (Es), 106 mesures, 3/8.
BGA. Jg. XXXV (35e année). Pages 195 à 197 | ARIE. | Oboe I. II / Oboe da caccia all’ unisono | Alto. | Continuo.
NEUMANN : Forme trio. Partie vocale en trois parties, avec ritournelles.

ANDERS : «…l’air n° 5 (comme le n°3) trouve des mots consolateurs et encourageants dans son rythme dansant et donne à l’encouragement des sens timides et craintifs, à l’invitation à remercier et louer Dieu, leur sens affectif par l’utilisation d’un hautbois da caccia et deux hautbois…»
BASSO [Jean-Sébastien Bach. Volume 2, pages 273/274] : Mouvement sur un rythme de danse.
BOMBA : “Le deuxième air se caractérise par sa légèreté. Une gracieuse gavotte sous-tend l’invocation du texte, invitant le croyant à reprendre courage à la perspective de, la promesse de Jésus. Comme dans le chœur d’introduction pour le mot “verzagt” les mots “esprits craintifs et timides » se couvrent sous l’effet des harmonies, la conduite des lignes rappelle la montée « obstinée » du mouvement d’introduction. Les mots « mit Danken und Loben - en actions de grâce et en louanges » élèvent aussi leurs figurations vers les hauteurs quoique ici dans une intention affirmative ».
CANTAGREL [Les cantates de J.-S. Bach. pages 640 à 643] : «…alto dialoguant avec les trois hautbois à l’unisson, sur le soutien de la basse continue. Bach a noté qu’avec le chant se taisent les deux hautbois pour ne laisser subsister que le hautbois da caccia avec le soliste alto, mais cette indication date apparemment d’une reprise ultérieure de l’œuvre…»
GARDINER : «…Une trinité de hautbois, en un symbolique unisson, accompagne l’alto…»
HOFMANN : «…L’air d’alto surprend musicalement avec sa partie instrumentale obligée et son traitement inhabituel à l’unisson des deux hautbois et du oboe da caccia. Les paroles d’encouragement et d’espoir pour un au-delà établissent à la fin un lien avec la vision des participants au chant de louange céleste pour le Père et le Fils et le Saint-Esprit avec la fête de la Trinité ».
LEMAÎTRE : «…hautbois et hautbois de chasse (équivalent du cor anglais) à l’unisson au-dessus de la basse continue ».
MACIA [Collectif. Tout Bach, pages 238/239] : «…trois hautbois à l’unisson, tandis que le hautbois de chasse s’en détache pour doubler la voix du soliste quand elle intervient. Ce morceau a un caractère dansant affirmé, pour peindre le courage que le poème veut insuffler aux « esprits craintifs et timides ».  
MARCHAND : Mouvement correspondant exactement au nombre d’or. Nombre de mesures divisé par 1, 618 (Phi).
WOLFF : « …Trois hautbois à l’unisson dans la voix de dessus accentuent une construction en trio fine et légère ».


6] CHORAL. BWV 176/6
AUF DAß WIR ALSO ALLZUGLEICH / ZUR HIMMELSPFORTEN DRINGEN | UND DERMALEINST IN DEINEM REICH / OHN ALLES ENDE SINGEN, || DAß DU ALLEINE KÖNIG SEIST, / HOCH ÜBER ALLE GÖTTER, / GOTT VATER, SOHN UND HEILGER GEIST, | DER FROMMEN SCHUTZ UND RETTER, ||| EIN WESEN, DREI PERSONNEN.

Puissions-nous parvenir bientôt / aux portes célestes / et chanter sans fin / un jour dans ton royaume / que tu es l’unique roi, / bien au-delà de tous les autres dieux, / protecteur et Sauveur des croyants, / trois personnes en un seul être.
Sixième strophe du cantique de Paul Gerhardt (1653) « Was alle Weisheit in der Welt ». La mélodie est celle de Christ unser Herr zum Jordan kam de Johann Walter (1524), retrouvée dans la cantate BWV 7/1. Fa mineur (f) ut mineur (c), 18 mesures, C. BGA. Jg. XXXV (35e année). Page 198 | CHORAL. | Soprano. / Oboe I., Violino I. col Soprano. | Alto. / Oboe II., Violino II. coll’ Alto. | Tenore. / Oboe da caccia, Viola col Tenore. | Basso. | Continuo.
NEUMANN : Simple choral harmonisé. Ensemble des instruments.

ANDERS : «…le chœur final à quatre voix… retourne au chœur initial ; ici aussi le mouvement est développé à partir d’une tension, notamment entre la mélodie chorale en mode ecclésiastique et leur harmonisation en majeur/mineur ».
BOMBA : «…Choral final… qui glorifie la Trinité… Bach souligne dans les voix inférieures, surtout dans la conduite des voix, les paroles et pensées comme “Himmelspforten - portes célestes » et «  Alleine König - unique roi »…»
BOYER [Les cantates sacrées de Jean-Sébastien Bach, pages 298/8299] : « Choral harmonisé sur mélodie (MDC) 015 de type I.
[Les mélodies de chorals dans les cantates de J.-S. Bach, pages 123/124] : « Élaboration des plus simples : choral harmonisé avec cantus firmus au soprano, les instruments doublent les voix colla parte »… Le choral final est une invocation aux trois personnes (fête de la Trinité) mais la mélodie de choral choisie pour ce cantique étant celle de « Christ unser Herr zum Jordan kam » rappelle les paroles de Jésus à Nicomède : «  En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d’eau et de l’Esprit, nul ne peut entrer dans le royaume de Dieu ».
BRAATZ [exemples tirés de la partition] : Figuralisme sur les mots « alles Ende » mesure 7 du choral.
CANTAGREL [Les cantates de J.-S. Bach. pages 640 à 643] : «…Harmonisation simple, les voix sont doublées par les instruments ».
GARDINER : «…le motif ascendant et descendant persiste même dans le choral de conclusion avec une inflexion mélodique dans les quatre premières de ses cinq phrases… c’est ainsi que Bach conclut son second cycle de Leipzig avec une cantate débordante de pensées provocatrices et d’exégèse musicale ».
MACIA [Collectif. Tout Bach, pages 238/239] : «…Choral doté d’une forte tension harmonique (de fa mineur à ut mineur), qui insiste sur l’aspect de prêche de l’ouvrage comme le chœur d’entrée et contrairement aux arias plus légères et dansantes ». 
SEEDORF : «…Comme s’il voulait rappeler une dernière fois son projet de cycle complet de cantates-chorals, Bach place à la fin de la cantate BWV 176 un de ses chorals les plus compliqués, les plus richement harmonisés - témoignage d’un art qui n’appartient qu’à lui seul, objet de l’admiration unanime même aux époques où l’étoile du compositeur avait pâli ».


BIBLIOGRAPHIE BWV 176

BACH CANTATAS WEBSITE (BCW) :
AMG (All Music Guide) : Notice de James Leonard..
BRAATZ, Thomas : Commentaires (12 juin 2001). Renvoi à Spitta ; Schweitzer, Dürr ; Nele Anders ; Wijnen ; Schulenberg ; Chafe…
et au propre point de vue de Th. Braatz.
Exemples tirés de la partition (13 juin 2001).
Musique du choral Christ unser Herr zum Jordan Kam en collaboration avec Aryeh Oron (avril 2006).
CROUCH, Simon : Notice 1996 & 1998.
EMMANANUEL MUSIC : Notice de Craig Smith.
MINCHAM, Julian: The Cantatas of Johann Sebastian Bach, chapitre 2010.
ORON, Aryeh : Discussions 1] 10 juin 2001 – 2]24 juin 2007 – Prévision 3 avril 2011
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Volume 2, pages 253, 258, 273, 274, 337, 392, 399/400, 401 et 402
BOMBA, Andreas : Notice de l’enregistrement Hänssler / Rilling / edition bachakademie, Volume 53. 2000
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. Pages 358 : Reproduction de la couverture du recueil intitulé „Christianen Marianen von Ziegler : Herzlich in
Gebundener Schreib-Art. Leipzig 1728 (surchargé) .
Page 363 : fac-similé des pages intitulées Andächtige Gedichte.
Page 510 : Cantates contenues dans le tome I du recueil: BWV 103, 108, 87, 128, 183, 74, 68, 175 et 176
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PIRRO, André : L'esthétique de Jean-Sébastien Bach. Fischbacher 1907. Minkoff Reprint Genève 1973. Page 224
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Novello & Cy 1889 - Dover 1951-1952. Volume 3, pages 80/81
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Volume III, ^pages38 et 225 à 230
WIJNEN, Dingeman von : Notice (sur CD) de l’enregistrement de Pieter Jan Leusink. 2006
WOLFF, Christoph : Notice de l’enregistrement de Ton Koopman, volume 15. 2004
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ZWANG, Philippe et Gérard : Guide pratique des cantates de Bach. R. Laffont 1982. ZK 127, pages 209/210
Réédition révisée et augmentée. L’Harmattan 2005


DISCOGRAPHIE BWV 176

Discographie établie par Aryeh Oron. Elle est ici proposée sous une forme sensiblement allégée avec, parfois, quelques précisions relatives aux références et aux dates. Les numéros 1] et suivants indiquent l’ordre chronologique de parution des enregistrements. Neuf références (juin 2001 – mai 2011) + 3 enregistrements partiels (juin 2001 – février 2008).
Exemples musicaux (Audio). Aryeh Oron (avril 2003 – janvier 2005).

9] CLURMAN, Judith. Juilliard Choral Union. Juilliard Chamber Orchestra. Soprano : Erin Morley. Mezzo-soprano : Faith Sherman.
Baryton : David Williams. Live New York, 5 février 2007. CD Juilliard School. Avec la cantate BWV 4 et la Suite n° 1 BWV 1066
5] GARDINER (volume 27). The Monteverdi Choir. The English Baroque Soloists. Soprano : Ruth Holton. Contre-ténor : Daniel Taylor.
Basse : Peter Harvey. The Bach Cantata Pilgrimage. St Magnus Cathedral Kirkwall (Scotland) 18 juin 2000. Durée : 10’29
CD SDG (Soli Deo Gloria) 138. 2008. Distribution en France, mars 2008
7] HERREWEGHE. Collegium Vocale Gent. Soprano : Johannette Zomer. Alto : Ingeborg Danz. Ténor ; Jan Kobow. Basse : Peter Kooy
Cologne (D), mai 2002. Durée : 10’47
CD Harmonia Mubndi (France) HMC 90179+1. 2003. Avec les cantates BWV 2 et 20
6] KOOPMAN (volume 15). The Amsterdam Baroque Orchestra & Choir. Soprano : Johannette Zorner. Alto : Bogna Bartosz. Basse : Klaus
Mertens. Waalse Kerk. Amsterdam. (NL). 26 novembre – 3 décembre 2001. Durée : 9’58
Coffret de 3 CD Antoine Marchand - Challenge Classics CC 72215. 2004. Distribution en France, avril 2001
3] LEONHARDT (volume 41). Knabenchor Hannover. Collegium Vocale Gent (Ph. Herreweghe). Leonhardt-Consort. Soprano : Matthias
Echternach, jeune chanteur du Knabenchor Hannover. Alto : Paul Esswood. Ténor : Marius van Altena. Basse : Max van Egmond.
Durée : 12’21. Disque Teldec 6.35755-00-501-503 (SKW 41/1-2). Das Kantatenwerk, volume 41. 1988
CD (D) Teldec 4509-91763 2. Das Kantatenwerk - Sacred cantatas Volume 9. Coffret de six CD avec les cantates BWV 163 à 182
CD Teldec 8.35755 ZL. Volume 41. 1988. Avec les cantates BWV 175 et 177
Reprise Bach 2000. Teldec, volume 4. Coffret, 15 CD Teldec. Sept. 1999. Cantates BWV 150-159. BWV 161-188. BWV 192 et 194-199
Reprise CD Warner Classics 8573-81158-5. Intégrale en CD séparés. Volume 52. 2007
4] LEUSINK. Holland Boys Choir / Netherlands Bach Collegium. Soprano : Ruth Holton. Alto : Sytse Buwalda. Basse : Bas Ramselaar.
Église Saint-Nicolas. Elburg (NL). Janvier-février 2000. Durée : 11’46
CD Brilliant Classics Bach edition. 2000. Volume 15. Cantate : volume 8.
Reprise Bach Edition 2006. CD Brilliant Classics IV – 93102 7/83. Avec les cantates BWV 194 et BWV 89
Cette réédition 2006 a fait l‘objet en 2010 d‘une édition „augmentée“ : 157 CD comprenant, les partitions et 2 DVD proposant
les Passions selon saint Jean et selon saint Matthieu.
1] RILLING (1er enregistrement). Gächinger Kantorei Stuttgart. Bach-Collegium Stuttgart. Soprano : Shella Armstrong. Alto : Norma
Procter. Basse : Erich Werk. Martinskirche. Metzingen (D). Février 1967. Durée : 14’28
Disque Cantate Bach-Studio 651223. 1967
Reprise disque SDG 610119 (Soli Deo Gloria). Avec la cantate BWV 45. Années 1975-1980
2] RILLING. Gächinger Kantorei Stuttgart. Bach-Collegium Stuttgart. Soprano : Inga Nielsen. Alto : Carolyn Watkinson. Basse : Walter
Heldwein. Gedächtniskirche Stuttgart (D). Décembre 1980. Durée : 13‘04
Disque (D). Die Bach Kantate. Hänssler Verlag. Laudate 98726. 1982. Avec la cantate BWV 36
CD. Die Bach Kantate (volume 39). Hänssler Classic. Laudate 98892. Avec les cantates BWV 20 et 2
CD. Hänssler edition bachakademie (volume 53). Hänssler-Verlag 92.053. 2000
8] SUZUKI (volume 35). Bach Collegium Japan.Soprano : Yukari Nonoshita. Contre-ténor : Robin Blaze. Ténor : Makoto Sakurada.
Basse : Peter Kooy. Kobe Shoin Women‘s University Chapel. Japan. Juin 2006
CD BIS-SACD-1571. 2007 Avec les cantates BWV 128, 87 et 74


MOUVEMENTS INDIVIDUELS BWV 176

M-1. Mvt. 1] Pflugbeil, Hans. Greifswalde Bach Tage Choir. Bach-Orchester Berlin. Fin des années 1950-1960 ?
Report CD Baroque Music Club (Soli Deo Gloria, volume 9
M-2. Mvt. 5] Mezzo-soprano : Ressa Koleva + Orgue, hautbois et flûte. Mars 1982. Disque Balkanton BKA-10998.
M-3. Mvt. 6] Nicol Matt. Nordic Chamber Choir. Soloists of the Freiburger Barockorchester. Juin 1999.
Bach Edition 2000. CD Brilliant Classics: Bayer Record. Volume 23. Œuvres chorales.
Reprise Bach Edition 2006 Reprise CD Brilliant Classics V – 93102 31/137
Le Nordic Chamber Choir est devenu le Chamber Choir of Europe.
Cette réédition 2006 a fait l‘objet en 2010 d‘un nouveau tirage –augmenté- (157 CD) + les partitions et 2 DVD proposant les
Passions selon saint Jean et selon saint Matthieu.


.ANNEXE BWV 176
ALFRED DÜRR

Notice du premier enregistrement d’Helmuth Rilling datant de 1967. Disque Cantate Bach-Studio 651223.
Traduction française de Harry Halbreich :
« Le dialogue entre Jésus et Nicodème au sujet de la régénération de l’homme par l’Esprit, qui constitue le contenu de l’Évangile pour la fête de la Trinité (Jean 3, 1 à 15) a fréquemment inspiré la pensée des théologiens et poètes chrétiens. Lorsque la poétesse leipzigoise Mariane von Ziegler rédigea le texte de la cantate que Bach a mis en musique pour la Trinité de l’an 1725 (C’est la dernière de ses neuf cantates sur des livrets de la même plume), elle fut surtout fasciné par la pensée que Nicodème, qui était pourtant « un grand notable parmi les Juifs » (Jean 3, 1) [PBJ. 1587] n’ait osé se rendre que de nuit auprès de Jésus. Elle y voit un trait généralement humain : « Le cœur est compliqué plus que tout et pervers ! qui peut le pénétrer ! » s’écrie le prophète Jérémie (17, 9), et la poétesse met ces paroles, à peine modifiées, au début de son livret , à la manière d’une devise. Au contraire de Josué, pour qui jadis, le soleil interrompit sa course à Gibeon jusqu’à la défaite des armées amorites, Nicodème n’aspire qu’à la nuit. C’est ce que nous apprend le premier récitatif, et l’air suivant reprend la même pensée, mais poursuit avec les propres mots de Nicodème, selon lesquels personne ne pourrait accomplir les signes de Jésus, à moins d’avoir Dieu avec lui. Le second diptyque récitatif-air est placé sous le signe de la consolation, à laquelle le chrétien craintif participera lui aussi grâce à sa foi en Jésus. Bach lui-même a accorde davantage de poids à cette pensée, en ajoutant au texte le récitatif de la poétesse la paraphrase de Jean (3, 15) « car tous ceux qui croient seulement en toi échapperont à la perdition ». Par la louange et la gratitude que suscite cette promesse, l’air conduit au choral conclusif, constitué par la 8ème strophe du cantique « Was alle Weisheit in der Welt  - Ce que toute la sagesse du monde… » de Paul Gerhardt (1653).
Le chœur initial de Bach sur les paroles de Jérémie est empreint d’énergique concision. Le morceau tout entier n’est qu’une grande fugue chorale, les cordes ayant des parties indépendantes, mais non thématiques, cependant que les hautbois doublent les voix. Il n’y a ni prélude ni postlude instrumentaux et il n’est pas jusqu’à la dynamique interne du morceau qui n’obéisse à celle du thème de fugue, dicté par le texte lui-même, et à l'accompagnement des cordes, qui en souligne le caractère, plutôt qu'aux contrastes concertants entre soli et tutti ou entre groupes, dont Bach est si coutumier. Le thème de fugue [exemple musical sur « Es ist ein trotzig…] exposé d’abord à la basse, souligne le contraste existant entre les adjectifs « insolent » et « pusillanime », en illustrant le premier par des mouvements ascendants d’arpèges et de gammes, et le second par des chromatismes descendants. Même antithèse dans la dynamique de l’accompagnement des cordes, « forte » dans le premier cas, « piano » dans le second. Une fois que les quatre voix ont fait leur entrée successive, elles seront actives sans défaillance jusqu’à la fin : cette fugue est un bloc erratique compact, dont le caractère d’ensemble exprime certes d’avantage l’insolence que la pusillanimité. Introduit par un récitatif bref et contemplatif [2], l’Air [3] « Dein sonst hell beliebter Schein  - Que ta lumière d’ordinaire tant appréciée… » contraste vivement avec cette imposante entrée en matière. Ici encore, le compositeur s’en est tenu principalement à une seule des images suggérées par un texte d’une particulière richesses de pensée, à celle de l’éclat lumineux avec lequel Jésus, le Maître, sur lequel repose l’Esprit de Dieu, s’avance à la rencontre du cœur humain craintif et timide ; et c’est ainsi que l’Air devient une gavotte pleine d’élan, dont les légères figurations de triolets ne s’interrompent même pas au moment où la voix du soprano s’arrête sur une longue tenue soulignant le mot « ruhnreposer ».
Le second récitatif de la cantate [4] « So wundre dich, O Meister nicht - Ne t’étonne donc pas, ô maître, » est également bref, mais se voit adjoindre, pour exprimer la paraphrase de Jean (3, 15), ajoutée par Bach au texte original, un Arioso marqué « Andante », en réalité plus long que le récitatif lui-même. Cet arioso se développe en deux parties semblables, à la ligne mélodique très expressive, et animé par un motif obstiné. Tout comme le premier, le second air [5] possède quelque chose de dansant, d’ailleurs plus justifié dans le cas présent par la consolation émanant des paroles du livret. A nouveau, comme dans la fugue initiale de la cantate, le thème est directement inspiré par les mots, avec son élan ascendant sur « Ermuntert euchRanimez-vous » et ses intervalles étroits de demi-tons sur « furchtsam und schüchternecraintifs et timides ». Les parties suivantes sont également nées du texte, ainsi qu’en témoignent les appels en sauts de septième sur « höretécoutez » et les vocalises sur « Loben - louanges » et « preisenappeler ». La partie instrumentale obligée réunit à l’unisson le trois instruments de la famille du hautbois (deux hautbois et un hautbois da caccia, hautbois de chasse ou cor anglais requis par la partition, mais pour des raisons d’équilibre sonore, notre enregistrement [celui de Helmuth Rilling] ne fait appel qu’à un seul hautbois.
La mélodie du simple choral conclusif à quatre voix provient à l’origine du cantique de Luther « Christ unser Herr zum Jordan kam ». L’harmonisation de Bach fait apparaître une dernière fois de manière géniale les tensions nées de l’interférence entre les vieux modes d’église (propre à cette mélodie) et la tonalité majeure-mineure « moderne ». Bientôt, la croyance rationaliste en le progrès fera disparaître la compréhension de l’art véritable d’harmoniser un choral. »


ANNEXE BWV 176
PHILIPP SPITTA

SPITTA, Philipp : Johann Sebastian Bach. Sous-titré : « His Work and Influence on the Music of Germany 1685-1750 ».
Novello & Cy 1889 - Dover 1951-1952. Trois volumes.
Volume III, pages 80/ 81 : « L’Évangile rapporte la manière dont Nicodème retrouve Jésus la nuit, par crainte des Juifs. L’auteur du texte [de la cantate] voit ici un exemple de relative lâcheté et, à partir de là commence son poème sur les paroles « Le cœur est compliqué plus que tout et pervers ! » puis poursuit…si le chrétien ne s’en remet pas clairement au Christ, le sentiment de honte devant son indignité prend possession de lui. Mais il peut reprendre courage par l’espoir d’être sauvé dans la foi. Ce type d’idées paraît avoir été aussi claire à Bach qu’à nous-mêmes. Mais par rapport à cette idée, il [Bach] semble inexplicablement avoir composé sa musique de la façon la plus contraire… Le premier mouvement par lui-même est un chef d’œuvre de premier ordre mais son propre caractère est dénué de toute connexion avec ce qui suit. En total contraste avec lui, la première aria est dans le style d’une gavotte. Cette aria charmante en tant que morceau est totalement inappropriée au texte traitant de la pusillanimité du chrétien s’approchant de son divin et merveilleux maître. Toutefois, par la suite, il y a plus de rapports entre les paroles et la musique, bien qu’une totale union soit rendue impossible. Si l’état de l’autographe n’indique rien de plus, on peut suspecter cependant que les deux premiers mouvements proviennent d’une autre source. Mais sur ce point, nous ne pouvons faire plus que de le souligner ». + Note 109 : « La partition autographe est à la Bibliothèque Royale à Berlin ».


DIVERS

CANTAGREL, Gilles : Le cantique Christ unser Herr zum Jordan kam, de Nicolaï et son illustration dans Graupner et Buxtehude. France Musique, 23 décembre 2004.
WEB Artfact. Bach. ou Edward Speyer. Bach, page 2.


C. Role. Décembre 2011

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Last update: December 23, 2011 23:30:00