AVERTISSEMENT
Cette
notice dédiée à une cantate de Bach tend à
rassembler des textes (essentiellement de langue française),
des notes et des critiques discographiques parfois peu accessibles
(2011). Le but est de donner à lire un ensemble cohérent
d’informations et de proposer aux amateurs et mélomanes
francophones un panorama espéré « élargi »
de cette partie de l’œuvre vocale de Bach. Outre les
quelques « interventions « CR »
signalées par des crochets [...] le rédacteur précise
qu’il a toujours pris le soin jaloux de signaler sans ambiguïté
le nom des auteurs sélectionnés dans la bibliographie.
A cet effet il a indiqué clairement, entre guillemets «…»
toutes les citations fragmentaires tirées de leurs travaux.
Rendons à César...
ABRÉVIATIONS
(A)
= La majeur
(B)
= Si bémol majeur
BB
/ SPK = Bach Bibliothek / Staatsbibliothek Preussicher Kulturbesitz
B.c.
= Basse continue ou continuo
BCW
= Bach Cantatas Website
BD
= Bach-Dokumente (4 volumes, 1975)
BGA
= Bach-Gesellschaft Ausgabe = Société Bach (Leipzig,
1851-1899). J.
S. Bach Werke. Gesamtausgabe
(édition d’ensemble) der
Bachgesellschaft
BJ
= Bach-Jahrbuch
(C)
= Ut majeur → (c moll) = ut mineur
D
= Deutschland
(D)
= Ré majeur → (d moll) = ré mineur
(E)
= Mi → (Es) = mi bémol majeur
EKG
= Evangelisches
Kirchen-Gesangbuch.
(F)
= Fa
(G)
= Sol majeur →
(g moll) = sol mineur
GB
= Grande Bretagne / Angleterre
(H)
= Si →
(h moll) = si mineur
KB
= Kritische Bericht (édition critique de la NBA)
NBA
= Neue Bach Ausgabe (nouvelle publication de l’œuvre de
Bach à partir des années 1954-1955)
NBG
= Neue Bach Gesellschatf = Nouvelle société Bach
(fondée en 1900)
OP
= Original Partitur = Partition autographe originale
Ost
= Original Stimmen = Parties séparées originales
P
= Partition = Partitur
PBJ
= Petite Bible de Jérusalem
PKB
= Preußicher Kulturbesitz, Staatsbibliothek, Berlin
St.
= Parties séparées = Stimmen
La
première lettre -en gras- d’un mot du texte de la
cantate indique la majuscule de la langue allemande. Dans le corps de
ce même texte allemand, le mot ou groupe de mots mis en
italiques désignent un affect particulier ou un
« accident remarquable.
DATATION BWV 164
13e
dimanche après la Trinité, Leipzig, le 26 août
1725.
BASSO
[Jean-Sébastien
Bach, tome
1, page 407] : «
On suppose que les trois cantates BWV 72, 168 et 164 – dont on
ne connaît que la version mise au point pour Leipzig –
avaient en réalité déjà été
écrites pour Weimar (comme on pourrait d’ailleurs le
déduire du fait que les textes appartiennent à une
année de cantates de Salomo Franck déjà
largement utilisée par Bach à l’époque où
il était au service du duc Guillaume Ernest)…»
[tome
2, page 256] : « Une première exécution
à Weimar le 6 septembre 1716 [hypothèse ?]
[tome
2, page 403] : « Cette supposition n’est
confirmée par aucune pièce d’archives dont nous
disposons et Dürr préfère conclure,
simplement , que si ces deux œuvres [BWV 164 et 168] ne furent
pas écrites in toto à Leipzig, elles y furent à
coup sûr si bien remaniées que l’on peut à
juste titre parler de « nouveautés ».
BOMBA :
« Si l’on suit les traces de cette cantate créée
à Leipzig, il nous faut retourner à Weimar. D’une
part en raison du librettiste Salomon Franck, d’autre part en
raison de la forme en trois airs, deux récitatifs et un choral
final, et sans oublier l’effectif modeste, de musique de
chambre… Néanmoins la partition conservée de
cette cantate ne permet pas de voir si Bach avait devant lui au
moment de son écriture, un modèle approprié,
c’est pourquoi l’existence d’une version première
à Weimar reste hypothétique ».
BRAATZ
[BCW | Provenance] : « Il est de nos jours
généralement admis que la cantate BWV 164 fut composée
très peu de temps avant son exécution le 21 août
1725 [plus généralement est donnée la date du 26
août ?] Rudolf Wustmann pensait que cette cantate fut
composée au temps de Weimar. Basant son raisonnement sur
l’écriture « juvénile » de
Wilhelm Friedemann Bach, jeune copiste travaillant sous l’autorité
d’Anna Magdalena [sa mère], Spitta datait cette cantate
parmi les premières de l’époque de Leipzig
(1723). Mais tous deux, Schweitzer et Spitta ont laissé
vagabonder leur imagination. En outre de méticuleuses
recherches effectuées par les experts en filigranes de la NBA,
avec l’aide d‘Alfred Dürr, ont établi qu’il
y avait un grand espace [de temps] entre cette cantate [BWV 164] et
une autre primitive présumée de l’époque
de Weimar (uniquement sur le fait que l’on envisageait que Bach
aurait utilisé le texte de Salomon Franck au moment où
était publié son recueil [de poèmes, donc 1715]
et aussi à cause du petit effectif instrumental requis. Une
cantate [dans le cas de la datation] où il n’existe pas
un soupçon d’évidence ou de références
indirectes ». Pour compliquer encore la question, le
filigrane utilisé dans cette cantate est l’un des plus
rares utilisés par Bach. Seulement un autre cas est connu avec
un fragment de la partition de [la cantate] BWV 168.
[Autre
problème : quel est donc ce si rare filigrane ?
Gerhard Herz propose pour la cantate BWV 168 les filigranes
suivants : « S.Coa »
(pour: Schönburg Coat of Arms = cote de mailles), cette dernière
référence se retrouvant en partie dans les cantates BWV
17, 49, 84 et 56. Autre filigrane : « GAW »
= Cor de postillon et demi-lune, les principaux filigranes
habituellement associés et repérés dans le
Jahrgang II de Leipzig].
DÜRR.
Chronologie 1725 : BWV 168 (29 juillet). BWV 205 (3 août). BWV
137 (19 août). *BWV 164 (26 août). BWV 79 (31 octobre).
GEIRINGER
[Jean-Sébastien
Bach,
page 155] : «…de
1716 datent les cantates BWV 155, 70a, 186a, 147a, et peut-être
les n°168 et 164…»
HIRSCH
: Classement CN 135 (Die chronologisch Nummer = numérotation
chronologique). III.
Jahrgang ? Fragment d’un cycle incomplet de cantates de
Leipzig allant du 3 juin au 25 novembre 1725.
NEUMANN :
« 1725 ou peu avant. Pour l’origine de la cantate à
Weimar (Dürr) aucune source ne peut la justifier »
SCHMIEDER :
Origine : peut-être Weimar, puis Leipzig, 1723 ou 1724.
Date d’exécution : 22 août 1723.
SCHWEITZER
[J.-
S. Bach "Le musicien-poète",
page 153] : Les cantates d‘église de la première
année de Leipzig [1723].
WHITTAKER :
Les cantates de
Leipzig. Reprises de
cantates composées [?] à Weimar. Epoque 1723-1724.
La
cantate BWV 164 fait partie des six cantates BWV 186, 4, 12, 168 et
80 ayant probablement leur origine de Weimar (vers 1715) et reprises
plus tard durant les sept premières années de l’époque
de Leipzig.
SOURCES BWV 164
PARTITION
AUTOGRAPHE = ORIGINALPARTITUR
BB
SPK P 121 T.
Staatsbibliothek zu Berlin. Preußicher Kultur Besitz.
Anciennement à
Tübingen Universitätsbibliothek (dépôt) puis
Berlin-Dahlem.
BASSO
[Jean-Sébastien
Bach, volume 1, page
39] : « L’autographe de cette cantate fit partie de
l’héritage de Carl Philipp Emanuel Bach dont le
catalogue fut publié à Hambourg en 1790, par Gottlieb
Friedrich Schniebes sous le titre « Verzeichniss
des musikalischen Nachlasses des verstorbenen Cappelmeisters Carl
Philipp Emanuel Bach ».
La section contenant les œuvres de Jean-Sébastien Bach
comprend 86 cantates sacrées et autres pièces vocales
et instrumentales ».
BGA
(Franz Wüllner,1887). La partition et les parties séparées
sont toutes à la Bibliothèque Royale, Berlin. La
couverture (bleu-vert) porte le titre de la main de Carl Philipp
Emmanuel Bach : « Domin.
13 post Trinit. | Ihr, die ihr euch von Xsto nennet. | a | 4 Voci | 2
Trav. | 2 Hautb. | 2 Viol. | Viola | e | Contin. | di | J. S. Bach ».
A l’intérieur le sous-titre : « J.
J. | Doïca 13 post Trinit. »
La
partition est très peu lisible [c’est sans doute de là
que Schweitzer a tiré son information de « partition
hâtive et peu lisible »].
CANTAGREL
[Les cantates de J.-S.
Bach, pages 878 à
883] : «…On a souvent émis l’hypothèse
que cette œuvre [BWV 164] ainsi que les BWV 168 et 72, ayant
été composées sur des textes du poète de
Weimar Salomo Franck, l’ont été à cette
époque et que ce que l’on connaît aujourd’hui
comme cantate de « Leipzig » serait un nouvel
état profondément remanié d’une version
primitive remontant à l’époque de Weimar, c’est
à dire aux années 1714-1716. Rien ne permet d’étayer
cette hypothèse [voir W. Neumann] qui se présente
cependant avec de forts atouts de probabilité, d’autant
que l’on constate à cette époque [année
1725], chez Bach, un essoufflement dans la production des cantates
dominicales ».
GARDINER :
«…Nous ne sommes pas en mesure de dire ce qui, dans
cette musique composée sur un livret de Salomo Franck, est
repris de l’une des cantates perdues de Bach composées
pour Weimar, même si l’instrumentation – cordes et
flûtes par deux auxquelles s’ajoutent deux hautbois à
l’unisson pour renforcer la texture des deux derniers
mouvements – se trouve correspondre aux proportions chambristes
adoptées par Bach pour les autres textes de cantates de Franck
mis en musique en 1715 ».
HERZ :
L’origine de la cantate remonte – peut-être - à
l’époque de Weimar. Renvoi à la cantate BWV 132
qui utilise comme BWV 164 un texte du même recueil de Salomon
Franck (1715) et reprend - éventuellement - le même
choral final « Ertöt
uns durch dein Güte ».
Filigrane
GAW
associé à un cor et une demie lune, le filigrane
principal du deuxième cycle des cantates (2. Jahrgang).
Copistes :
Johann Andreas Kuhnau né en 1703 – mort ? (neveux ou
petit-fils du cantor Johann Kuhnau), à Leipzig à partir
du 7 février 1723 dans sa période dite médiane
„K2“, et Christian Gottlob Meissner (18
décembre 1707 – 16 novembre 1760). A Leipzig de 1723 à
1729. Enfin l’auteur reconnaît l’écriture
de Wilhelm Friedmann Bach.
SCHMIEDER :
10 feuilles dont 14 pages de musique, in 4°.
SCHWEITZER
[J. S. Bach,
volume 1, pages 108/109] : «…un petit monogramme
en fin de partition… W.F. B. montre que le copiste fut Wilhelm
Friedemann Bach. La cantate date probablement de l’année
1724… l’enfant à alors quatorze ans… c’est
sa première vraie copie… [volume 2, page 153 :
« La partition pour la cantate solo [?] pour le 15e
dimanche après la trinité, BWV 164 a été
si rapidement rédigée qu’elle est difficilement
déchiffrable…»
SPITTA
Volume II, pages 683 et 696 : Cantate BWV 8 : « Les
parties séparées originales proposent quelques feuilles
avec un petit bouclier, d’autres avec une devise dans une
volute, soutenue par deux porteurs ne se trouvant pas au milieu de la
page mais en bas, à la pliure. Ce filigrane apparaît à
nouveau seulement dans le manuscrit autographe de la cantate « Ihr,
die, ihr euch von Christo nennet »
[BWV 164] des années 1723 ou 1724 ».
PARTIES
SÉPARÉES = ORIGINALSTIMMEN
St.
60 B.
Deutsche Staatsbibliothek. Berlin (ex RDA).
BGA
(Franz Wüllner,1887). Les parties séparées, comme
la partition sous couverture bleu-vert, porte, à la main (Carl
Ph. Emmanuel] le même titre que celui de la partition
autographe.
ÉDITIONS
SOCIÉTÉ
BACH
= BACH-GESELLSCHAFT
(BG)
BGA.
Jg. XXXIII (33e
année). Pages
67 à 88. Préface de Franz Wüllner (1887). Cantates
BWV 161
à 170.
NOUVELLE
ÉDITION BACH
= NEUE
BACH AUSGABE
(NBA)
KANTATEN
SERIE I/ BAND 21. KANTATEN ZUM 13 UND 14 SONNTAG NACH TRINITATIS
Bärenreiter
Verlag BA 5013. 1958/1959 et -2/1983. Werner Neumann. 5
Faksimiles.
BWV
164. Pages 59 à 78.
Avec
les cantates BWV 77, 25, 78 et 17.
Kritischer
Bericht (commentaires). BA 5013 41. 1959. Werner Neumann.
[La
partition NBA est dans le coffret Das
Kantatenwerk /
Leonhardt, volume 39. 1987].
AUTRES ÉDITIONS
BÄRENREITER
classics.| Bach | Bärenrteiter Urtext.
Serie
I. Band 21. Kantaten zur 13 und 14 Sonntag nach Trinitatis.
Sämtliche
Kantaten 8 | TP 1288. 2007.
Herausgegeben
: Werner Neumann.
BWV
164. Pages 59 à 78. Bärenreiter-Verlag. Kassel. 1958.
BCW.
Partition BGA + Réduction chant et piano.
BREITKOPF
& HÄRTEL. Partition = PB 3014. Réduction chant et
piano (Todt) = EB 7164. Partition du chœur (Chorstimmen) = ChB
2202. Copie de l’orchestre , des voix, de l’orgue et
du clavier par Max Seiffert.
2010 :
CARUS.
Stuttgarter Bach-Ausgaben. Partition (CV 31.164/00) non disponible
(2011).
KALMUS
STUDY SCORES. N° 849. Volume XLV. New York 1968. Avec les
cantates163,
165,166,167 et 168.
PÉRICOPE BWV 164
Treizième
dimanche après la Trinité.
Épître :
Épître aux Galates 2, 15 à 27 [PBJ. 1721 et
1722]. L’Évangile de Paul…. La justification par
la foi.
Luc
10, 29 à 37 [PBJ. 1555]. Parabole du bon Samaritain.
EKG.
13. Sonntag nach Trinitatis.
Entrée :
Matthieu 25, 40 [PBJ. 1496] : « En
vérité je vous le dis, dans la mesure où vous
l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes
frères, c’est à moi que vous l’avez fait…»
Psaume
112 [PBJ. 909]. Au verset 5 : « Heureux,
l’homme qui a pitié…»
Cantique
244 « Ich
ruf zu dir, Herr Jesu Christ »
(Wittenberg 1544).
Épître :
Romains 3, 21 à 28 [PBJ. 1673]. Révélation de la
justice de Dieu.
Évangile :
Luc 10, 29 à 37 [PBJ. 1555]. Parabole du bon Samaritain.
MISSEL
ROMAIN (pages 973 à 976) : Le 12e
dimanche après la Pentecôte. La Parabole du bon
Samaritain.
BOYER
[Les
mélodies de chorals dans les cantates de J.-S. Bach.
page 184] : « L’Épître
de Paul en ce passage est une rhétorique assez spécieuse
entre la Loi et la Foi qui devait à l’époque de
Bach avoir maintes résonances dans l’esprit du courant
piétiste ».
[Même
occurrence avec les cantates BWV 77 (22 août 1723) et BWV 33,
du 15 septembre 1726].
TEXTE BWV 164
Texte
de Salomo Franck (1715).
NEUMANN
[Sämtliche von
Johann Sebastian Bach vertonte Texte,
pages 282/283] : Fac-similé de l’édition du
recueil Evangelisches
Andachts Opffer,
Weimar 1715 (aux pages 154 et 155). Cantates BWV 132, 152, 155, 72,
80a, 31, 165, 185, 168, 164, 161, 162 et 163. Comme sans doute
d’usage, le texte du choral bien connu de l’assemblée
ne comporte que la première ligne « Ertördt
uns durch deine Güthe,
etc. »
HOFMANN :
« Le thème de la cantate est la miséricorde
du chrétien….»
MACIA
[Tout Bach, pages 227/228] : « Livret tiré
de l’ancien recueil de Franck, qui venait de mourir,
l’Evangelisches Andachts-Opfer paru en 1715 à
Weimar ».
[Tout
Bach, page 230] : « Si, en 1725, lors d’une
période difficile pour lui en raison de ses conflits avec ses
employeurs, Bach utilise le recueil de poèmes de Franck…
paru 10 ans plus tôt à Weimar, c’est sans doute
parce qu’il vient d’apprendre le décès [†
11 juillet 1725] de cet ami et collaborateur d’autrefois ».
[Ceci paraît une hypothèse plausible qui vaudrait
également pour la cantate BWV 168 créée le 29
juillet 1725].
WOLFF :
« Bach avait déjà utilisé plusieurs
textes du recueil de Franck à Weimar… pourtant il n’est
pas indiqué que cette œuvre pourrait trouver son origine
à Weimar, même si la partition pour musique de chambre
s’adapte avec exactitude aux proportions utilisées à
Weimar mais aussi, le 13e
dimanche après la Trinité en 1717 eut lieu durant
une période de deuil national ».
GÉNÉRALITÉS
BWV 164
BASSO
[Jean-Sébastien
Bach.tome
2, page 403] : «
Cantate jumelle avec la BWV 168, quant à la distribution des
numéros (six) : une succession régulière
aria-récitatif-aria-récitatif-duo-choral. Le chœur
limite donc sa présence au Lied conclusif… toutes deux,
dépourvues de versets bibliques (mais faisant appel à
quelques images tirées des Saintes Écritures) s’ouvrent
sur des arias accompagnées de cordes…»
BRAATZ
[BCW | Provenance] : « Albert Schweitzer indique que la
partition a été rédigée en grande hâte
et que de ce fait elle est difficilement déchiffrable. La
« Kristisch Bericht » [KB] ne le confirme pas
mais constate plutôt les « pauvres conditions de
rédaction de l’autographe (l’encre absorbé
par le papier a occasionné des trous en partie restaurés
vers 1936…»
ROMIJN :
«…forme de sermon sur la parabole du Bon Samaritain :
Les croyants doivent être de bons chrétiens non
seulement en paroles mais aussi en actes…»
SCHREIER,
Manfred [Notice de la cantate BWV 168] : «…La
forme caractéristique de ces cantates (BWV 164, 72 et 168) sur
des textes de Franck, est la suivante : air (ou phrase de choral
sur un texte libre) - récitatif - air - récitatif - air
-choral. Ce plan est à la base aussi bien des œuvres de
Leipzig que celles de Weimar [BWV 32, 152 et 31].
« …La
manière de Franck qui se signale par l’abondance des
images atteint ici un point extrême… On sent le soin
qu’il apporte à transposer le texte liturgique dans une
langue capable d’atteindre l’auditeur de l’époque
baroque à l’intérieur de son propre univers d’une
façon tout aussi provocante et directe…»
DISTRIBUTION BWV 164
NEUMANN.
Sopran, Alt, Tenor, Baß. Chor (nur Schlußchoral |
seulement dans le choral final) ; Querflöte I, II, Oboe I,
II ; Streicher ; B.c.
SCHMIEDER.
Soli : S, A, T, B. Chor : S, A, T, B. Instrumente : Flauto trav. I
II; Oboe I, II; Viol. I, II; Vla.; Continuo.
[les
parties de flûtes sont manquantes sur l‘autographe de la
partition].
WHITTAKER
[page 200] : «…les
flûtes ne figurent pas dans le choral final de la partition
mais ont sans doute doublé depuis les copies du hautbois et
des violons…»
APERÇU BWV 164
1]
ARIE TENOR. BWV 164/1
IHR,
DIE IHR EUCH VON CHRISTO
NENNET, / WO
BLEIBET DIE BARMHERZIGKEIT,
/ DARAN
MAN CHRISTI
GLIEDER
KENNET ?
/ SIE
IST VON EUCH, ACH ALLZU WEIT ! / DIE
HERZEN SOLLTEN LIEBREICH SEIN, / SO
SIND SIE HÄRTER ALS EIN STEIN.
Vous
qui portez le nom du Christ / où est restée votre
charité / Par laquelle on reconnaît un chrétien ?
/ Elle est trop bien éloignée de vous, hélas. /
Les cœurs devraient être pleins d’amour, / mais ils
sont plus durs que la pierre.
Sol
mineur (g moll), 106 mesure, 9/8
BGA.
Jg. XXXIII. Pages 67 à 74 | Dominica 13 post Trinitatis. |
ARIE. | Violino I. | Violino II. | Viola. | Tenore. | Continuo.
NEUMANN.
Cordes, ténor et B.c. Structures ABA’B’.
Domination des périodes instrumentales.
BASSO
[Jean-Sébastien
Bach.tome
2, page 403] : «…forme
bipartite, selon le schéma ABA’B, possédant un
rythme de pastorale, anticipation du climat proposé par le
texte du récitatif suivant…[tome 2, page 274] :
Rythme de « pastorale »
BOMBA :
«…La compréhension musicale des premières
paroles a un caractère fortement déclamatoire de sorte
que l’on se sent obligé de voir un prédicateur
s’adressant à ses ouailles assises devant lui. La force
du motif du début résulte donc aussi d’une quinte
ascendante avec des notes de fleuri vers le bas…»
CANTAGREL
[Les cantates de J.-S.
Bach, pages 878 à
883] : «…air bipartite avec ritournelle fondée
sur une figure motivique très forte, une énergique
quinte descendante, véritable interpellation de l’auditeur.
Exposée d’abord en canon entre les deux parties de
violon, elle circule ensuite dans l’ensemble d’un réseau
contrapuntique dense, à cinq voix, les quatre parties
d’instruments à cordes (dont celle du continuo) et le
ténor soliste. Ce motif apparaît en divers tons et
génère des intervalles contribuant à accentuer
la vigueur de la ligne mélodique, septièmes et même
octave diminuée… malgré la fermeté du
propos et quelques figuralismes comme la tenue prolongée sur
le mot « Stein
– pierre »,
tout espoir n’est pas perdu, ce qu’indiquent la voix de
ténor et le balancement du mètre de pastorale de la
mesure à 9/8 ».
GARDINER :
«…Dans l’air de ténor… certains
commentateurs sont troublés par l’apparente
contradiction entre, d’une part, les paroles fulminant contre
l’indifférence de qui ne se comporte pas tel le bon
Samaritain envers son prochain et sa condition et, d’autre
part, l’écoulement tout d’aisance pastorale, à
9/8 de la mélodie canonique…mais n’est-ce pas
précisément l’intention de Bach : établir
un contraste…»
HIRSCH
[Die
Zahl im Kantatenwerk Johann Sebastian Bachs.,
page 73] : Mélisme du ténor aux mesures 25 à 28
sur la première syllabe du mot „Kenn-et“,
41 notes.
HOFMANN :
«…Bach attribue à la question de cet air …une
expression violente. La tête du thème affirmée,
qui apparaît dans la partie de ténor aux mots de « Ihr,
die euch von Christo nennet »
traverse les cordes animées. Parfois, le thème apparaît
sous forme canonique étroitement organisé dans laquelle
les voix se renforcent l’une et l’autre par opposition…»
KUIJKEN
: «…le
ton du morceau est agité et d’une polyphonie complexe
-on peut y voir autant l’insistance « sainte »
de l’orateur que les sentiments plutôt troublés de
l’interpellé ; sol mineur est en effet la tonalité
idéale dans cette situation… Bach met sans cesse le
premier mot « Ihr »
en valeur en l’isolant, à savoir en le faisant suivre
d’un intervalle de quinte descendant… le motif de tête
ainsi modelé n’est répété en
imitation dans tout le morceau que par les deux violons et le ténor…
il en résulte donc clairement une « triple »
apostrophe…
LEMAÎTRE
: «…l’air
d’ouverture, pour ténor, s’organise selon
A-B-A’-B’. Il se balance en sol mineur sur un rythme de
pastorale à 9/8…»
MACIA
[Tout Bach,
pages 227/228] : « Le
début du livret est saisissant : „Vous
qui vous réclamez du Christ / qu’avez-vous fait de la
charité ?¨
Peut-être pour rendre cette question plus efficace aux fidèles,
Bach préfère-t-il une simple aria à un chœur
d’entée… le vigoureux saut de quinte descendante
à la suite du mot « Ihr
– vous »
proféré à plusieurs reprises. Les vocalises du
ténor, la mesure à 9/8, la répétition des
cinq notes d’entrée, l’écriture
polyphonique, accusent le côté interrogateur du
mouvement ».
ROMIJN :
«…Avant que ne commence la diatribe, on entend deux fois
la phrase d’avertissement destinée aux croyants…»
2]
REZITATIV BAß. BWV 164/2
WIR
HÖREN ZWAR, WAS SELBST DIE LIEBE
SPRICHT : / DIE MIT BARMHERZIGKEIT
DEN NÄCHSTEN
HIER UMFANGEN, / [arioso) : DIE
SOLLEN VOR / GERICHT
BARMHERZIGKEIT
ERLANGEN ! / JEDOCH,
WIR ACHTEN SOLCHES NICHT ! / WIR
HÖREN NOCH DES NÄCHSTEN
SEUFZER
AN ! / ER
KLOPFT AN UNSER HERZ;
DOCH WIRDS NICHT AUFGETAN ! / WIE
SEHEN ZWAR SEIN HÄNDERINGEN,
/ SEIN
AUGE,
DAS VON TRÄNEN
FLEUßT [R. Wustmann : „fließt“];
/ DOCH
LÄßT DAS HERZ
SICH NICHT ZUR LIEBE
ZWINGEN ! DER
PRIESTER UND LEVIT,
/ DER
HIER ZUR SEITE
TRITT, / SIND
JA EIN BILD
LIEBLOSER CHRISTEN;
/ SIE
TUN, ALS WENN SIE NICHTS VOM FREMDEN ELEND
WÜßTEN, / SIE
GIEßEN WEDER ÖL
NOCH WEIN
/ INS
NÄCHSTEN
WUNDEN
EIN.
Certes
nous entendons ce que l’amour lui-même dicte : /
Ceux qui embrassent leur prochain de leur charité / devant le
tribunal / de la charité bénéficieront. /
Cependant nous ne respectons pas ceci ! / Nous n’entendons
même pas les soupirs du prochain ! / Il frappe à
notre cœur, mais la porte reste fermée ! / Nous
voyons certes son désespoir, / ses yeux remplis de larmes ;
/ Et pourtant le cœur ne se laisse pas forcer à des
preuves d’amour. / Le prête et le lévite / qui
font place ici, / sont une représentation de chrétiens
indifférents; / Ils font comme s’ils ne connaissaient
pas la misère d’autrui ; / Ils ne pansent les
plaies du prochain / ni d’huile ni de vin.
[Allusion
précise à l’Évangile du jour, Luc 10, 31
[PBJ 1555] avec « le prêtre et le lévite…
l’huile et le vin ».
Le
renvoi à Matthieu 5, 7 [PBJ. 1459]. Les
Béatitudes :
« Heureux
les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde »
est bien dans l’esprit de ce récitatif, mais le renvoi
à Matthieu 7, 7 [PBJ. 1463] : « Demandez
et l’on vous donnera, cherchez et vous trouverez frapper et
l’on vous ouvrira… »
en est comme l’antithèse : « Il
frappe à notre cœur, mais la porte reste fermée ! »
Ut
mineur (c moll) – la mineur (a moll), 24 mesures, C
BGA.
Jg. XXXIII. Page 75 | RECITATIV. | Basso. | Continuo. Marqué
Arioso
et Recit.
NEUMANN.
Secco avec partie arioso et citation (?) du choral.
BASSO
[Jean-Sébastien
Bach,
tome 2, page 403] : «…deux
citations du « Sermon
sur la montagnes dans
Matthieu 5, 7 et 7, 7.
BOMBA :
«…le récitatif répond en sens inverse [de
1], en faisant un saut de quarte avec les notes de fleuri vers le
haut…»
BRAATZ
[BCW – Commentaires] : « La section arioso a
conduit certains [auteurs] à penser qu’il s’agit
d’une citation d’un choral. Rien n’a été
prouvé à cet égard ».
CANTAGREL
[Les cantates de J.-S.
Bach, pages 878 à
883] : «…C’est là l’essentiel de
l’enseignement de la cantate…»
ROMIJN :
«…le mot « Barmherzigkeit
– miséricorde »
est musicalement souligné d’un magnifique arioso, tandis
que la misère de ceux qui frappent vainement à la porte
est décrite avec insistance ».
3]
ARIE ALT. BWV 164/3
NUR
DIRCH LIEB
UND DURCH ERBARMEN
/ WERDEN
WIR GOTT
SELBER GLEICH ! / SAMARITERGLEICH
HERZEN
/ LASSEN
FREMDEN SCHMERZ
SICH SCHMERZEN / UND
SIND AN ERBARMUNG
REICH.
Ce
n’est pas que par l’amour et la miséricorde / Que
nous pouvons ressembler à Dieu. / Les cœurs des
Samaritains / Souffrent devant les douleurs d’autrui / Et se
remplissent de miséricorde.
Ré
mineur (d moll), 45 mesures, C
BGA.
Jg. XXXIII. Pages 76 à 79 | ARIE. | Flauto traverso I. |
Flauto traverso II. | Alto. | Continuo.
NEUMANN.
Partie en quatuor : flûtes I, II, alto et B.c. Forme ABB
(ritournelle).
BASSO
[Jean-Sébastien
Bach,
tome 2, page 404] : «…Aria
avec instruments obligés, dialogue de deux flûtes
traversières et Barform atypique (ABB’)…»
BOMBA :
«…gradation élégante [instrumentale] se
voulant ainsi renforcer l’image de l’amour de Dieu et de
sa miséricorde…»
CANTAGREL
[Les cantates de J.-S.
Bach, pages 878 à
883] : «…Au centre de la cantate, cet air marque la
« conversion » du chrétien qui va
désormais manifester compassion et miséricorde à
l’égard d’autrui. Au dialogue de deux flûtes
traversières sur le continuo va se mêler la voix de
l’alto, sur le motif lancé par la ritournelle
instrumentale. Et comme les deux parties de violons dans l’air
précédent [1], les deux flûtes ouvrent le
dialogue en écriture canonique, le canon figurant toujours
l’imitation. Le très beau motif que se partagent la voix
et les deux instruments, motif de soupir lent… abondant en
notes répétées par deux, figure de façon
très émouvante cette commisération devant la
douleur…»
HOFMANN :
«…un chant de louange dans une lumière tamisée,
à l’amour et à la miséricorde, fait de
gestes mélodiques expressifs et de motifs soupirants…»
KUIJKEN
: «…cette
pulsation calme et constante émane surtout de la basse
continue - ladite « basse andante » - évoque
clairement l’avancée,
la progression »
(ici peut-être le pas du bon Samaritain…)
MACIA
[Tout Bach,
pages 227/228] : «…les deux flûtes
traversières illuminent l’aria en ré mineur…
une calme pulsation émane de la basse continue, tandis que les
flûtes et la voix semblent flotter dans l’éther,
sur un rythme de deux doubles croches par syllabe, qui insiste sur
l’aspect de piété et de miséricorde du
poème et baigne dans une lumière harmonique tamisée…»
ROMIJN :
«…l’un des dialogues caractéristiques de
Bach, mettant en scène deux flûtes qui se volent
continuellement la conduite thématique. Ici le mot « Erbarmen
– miséricorde »
bénéficie d’un traitement musical de faveur…»
4]
REZITATIV TENOR. BWV 164/4 *
ACH,
SCHMELZE DOCH DURCH DEINEN LIEBESSTRAHL
/ DES
KALTEN
HERZENS
STAHL !
/ DAß
ICH DIR WAHRE CHRISTENLIEBE,
/ MEIN
HEILAND
TÄGLICH ÜBE, / DAß
MEINES NÄCHSTEN
WEHE,
/ ER
SEI AUCH, WER ER IST, / FREUND
ODER
FEIND,
HEID
ODER CHRIST,
/ MIR
ALS MEINE EIGNES LEID
ZU HERZEN
ALLZEIT GEHE ! / MEIN
HERZ
SEI LIEBREICH, SANFT UND MILD, / (arioso) : SO
WIRD IN MIR VERKLÄRT DEIN EBENBILD.
Ah,
fais donc fondre par les rayons de ton amour / L’acier refroidi
de mon cœur. / Afin que je pratique quotidiennement / le vrai
amour du chrétien, mon Sauveur, / que les maux de mon prochain
/ peu importe qu’ils soit / amis ou ennemis, païen ou
chrétien, / me touchent le cœur comme s’ils
étaient mes propres douleurs ! / Mon cœur, soit
rempli d’amour, soit doux et clément, / ainsi ton
portrait sera transfiguré en moi.
Mi
bémol majeur (Es) →
sol mineur (g moll), 15 mesures, C
BGA.
Jg. XXXIII. Pages 80/81 | Violino I. | Violino II. | Viola. | Tenore.
| Continuo.
NEUMANN.
Accompagnato et secco.
BOMBA :
«…l’accompagnement des cordes plonge le récitatif…
dans une lumière éloquente et souligne le processus de
fonte sous l’effet des « rayons » de
l’amour qui fait fondre l’acier refroidi de mon cœur ».
CANTAGREL
[Les cantates de J.-S.
Bach, pages 878 à
883] : «…Très expressif, ce récitatif
accompagné tient davantage de l’arioso que du
récitatif ».
KUIJKEN
: «…Les
cordes définissent et colorent la déclamation d’une
harmonie expressive, le récitatif s’achevant
paisiblement comme un arioso…»
MACIA
[Tout Bach,
pages 227/228] : « Le ténor, dans un bref récitatif
accompagné par les cordes, désire ardemment pouvoir
pratiquer, avec l’aide de Dieu, la vraie charité
chrétienne « Ah,
fais donc fondre par les rayons de ton amour /
L’acier refroidi de mon cœur ».
ROMIJN :
«…style d’illustration sonore avec les mots « kalt
– froid »
et « Heiland
– Sauveur »
qui se voient accorder respectivement une note froide [?] et la note
la plus aiguë ».
5]
ARIE (DUETT), SOPRAN, BAß. BWV 164/5
HÄNDEN,
DIE SICH NICHT VERSCHLIEßEN, / WIRD
DER HIMMEL
AUFGETAN ! | AUGEN,
DIE MITLEIDEND FLIEßEN, / SIEHT
DER HEILAND
GNÄDIG AN, | HERZEN,
DIE NACH LIEBE
STREBEN, / WILL
GOTT
SELBST SEIN HERZE
GEBEN.
Aux
mains qui ne se referment pas, / le ciel s’ouvrira. / Les yeux
qui voient la miséricorde, jouiront de la grâce du
Sauveur. / Aux cœurs qui aspirent à l’amour / Dieu
donnera lui-même son cœur.
Sol
mineur (g moll), 153 mesures, ¢ (C barré)
BGA.
Jg. XXXIII. Pages 81 à 87 | ARIE. | Flauto traverso I. II. /
Oboe I. II. / Violino I. II. | Soprano. | Basso. | Continuo. Reprise
Dal Segno.
Reprise
de l’introduction instrumentale aux mesures 3 à 17.
NEUMANN.
Flûte à bec, hautbois, violons, soprano, basse et B.c.
En forme de canon.
BASSO
[Jean-Sébastien
Bach,
tome 2, page 404] : «…comme
dans la cantate BWV 168, le même mouvement [5] est conçu
comme un duo en canon avec le soutien de tous les instruments
sopranos (2 flûtes), 2 hautbois, deux violons) à
l’unisson et une structure quadripartite ABCA’ ».
BOMBA :
«…un quatuor vocal et instrumental… un
renversement du thème dans la ritournelle du début se
veut d’indiquer les rapports de corrélation entre la
miséricorde humaine et celle de Dieu… l’emploi du
canon très différencié correspond à
l’image raffinée des mains croisées, des yeux et
des cœurs reliés avec le ciel, le Sauveur et Dieu, que
l’on trouve dans le texte…»
BRAATZ
[BCW | Commentaires] : « Il y a quatre sections :
A] mesures 1 à 42 – B] mesures 43 à 69 – C]
mesures 70 à 100 – A’ (reprise) mesures 101 à
154…»
CANTAGREL
[Les cantates de J.-S.
Bach, pages 878 à
883] : «…quasi totalité de l’ensemble
instrumental, à l’exception des altos, mais tous, les
deux flûtes, les deux hautbois et les deux parties de violon
jouent à l’unisson… l’écriture est
ici canonique… Encadré par une ritournelle, l’air
est constitué de trois sections suivies d’une quatrième
reprenant l’ensemble du texte sur la musique de la première
section variée (A’). Dès la ritournelle éclate
le symbolisme qui anime tout l’air. Les instruments projettent
un motif directement dérivé de celui qui ouvrait le
premier air, mais retourné… Mais ce motif très
frappant est exposé tantôt droit, tantôt renversé,
comme si Bach voulait montrer la complémentarité de
l’amour humain… et de l’amour divin…
Lorsque entrent les deux voix, c’est naturellement en canon,
d’abord à distance d’une mesure et à
l’octave (section A), le soprano entrant en premier…
Dans la deuxième section (B), la basse commence « le
Sauveur les comblera
» et les entrées se font à distance de trois
mesures et à la quarte. Dans la troisième section (C) ,
le soprano entre en premier… et la basse suit à
distance de trois mesures en canon à la quinte, puis à
la quarte, avant la section (A’) de conclusion, où l’on
revient au canon à l’octave à distance d’une
mesure…»
GARDINER :
«…on peut discerner un symbole de ce contraste [voir le
premier mouvement] entre mansuétude humaine et divine dans la
manière dont s’ouvre le duo final, tel un canon inversé
pour les instruments mélodiques à l’unisson et le
continuo, développant à chaque nouvelle entrée
des lignes vocales de nouveaux canons, tantôt à
l’octave, tantôt à la quarte ou, à la
quinte, avant de s’épanouir en une libre polyphonie…»
HOFMANN :
«…le duo de soprano et de basse encourage avec énergie
l’amour quotidien avec les mots « Händen,
die sich verschließen,
/ wird der Himmel
Aufgetan…»
et, comme dans le mouvement initial [1], chaque voix renforce l’autre
par des répétitions dans une forme canonique serrée ».
KUIJKEN
: «…Bach
met à jour une inventivité extrême dans le
traitement du texte, allant jusqu’à définir le
processus de composition en fonction des mots du texte… le jeu
des lignes [du texte] en miroir se poursuit tout au long du morceau…»
MACIA
[Tout Bach,
pages 227/228] : «…Très beau duo pour
soprano et basse en sol mineur… écriture en quatuor.
Les parties vocales sont écrites en canons variés
(octave, puis quarte, puis quinte) sur une rythmique allante portant
l’espoir ressenti… Ce jeu de lignes vocales en miroir
épouse admirablement la teneur de chaque vers avec, en
filigrane, une symbolisation musicale de l’imitation du
Christ…»
ROMIJN :
«…air accompagné d’une sublime ligne
mélodique confiée aux flûtes, hautbois et
violons. Le thème est plus tard présenté avec
son propre renversement, illustrant ainsi de manière très
visuelle comment l’homme miséricordieux ouvre les mains
pour aider son prochain…»
6]
CHORAL. BWV 164/6
ERTÖT
UNS DURCH DEIN GÜTE,
/ ERWECK
UNS DURCH DEINE GNAD !
| DEN
ALTEN MENSCHEN
KRÄNKE, / DAß DER NEU’LEBEN MAG | WOHL
HIE AUF DIESER ERDEN,
/ DEN
SINN
UND ALL BEGEHRDEN
/ UND
G‘DANKEN
HABN ZU DIR.
Fais-nous
mourir dans ta bonté, / Ressuscite-nous dans ta grâce !
/ Fais souffrir les vieilles personnes / Pour qu’ils acquièrent
une nouvelle vie / En bonne santé sir cette terre [Variante
Teldec: « Mortifie le vieil homme / Afin que le nouveau
puisse / Vivre comme il se doit sur cette terre »], /
Qu’ils dirigent leur cœur et tous leurs désirs /
Et leurs pensées vers Toi.
Texte
de la 5e
strophe et dernière strophe du cantique (cinq strophes de sept
vers chacune,1524,) publié à Wittenberg en 1524, Herr
Christ, der einig Gotts Sohn dont
l’auteur est
Elisabeth Kreuziger
(vers 1504 † mai 1535). Née von Meseritz, elle se marie
en 1524 avec un proche de Martin Luther, Caspar Cruciger. Ce texte
est basé sur le cantique latin de Noël de Aurelius
Prudentius « Corde
natus ex parentis…»,
sans doute le ou l’un des tous premiers chorals de l’Église
réformée (1524) tirée de la tradition médiévale.
Cette
même strophe (et la mélodie d’un « anonyme »,
vers 1455) est utilisée dans les cantates BWV 22/5, BWV 96/6
et BWV 132/6 (bien que cette strophe ne soit pas dans la partition
originale de Bach). Choral, sans le texte = BWV 601 (Orgelbüchlein
n° 3) et 698.
Renvoi
à EKG 45.
BCW :
Autres compositeurs ayant utilisé cette mélodie :
H. L. Hassler ; J. H. Schein ; S. Scheidt ; D.
Buxtehude (BUXWV 191 et 192) ; J. Pachelbel ; J. M. Bach ;
Telemann (cantates Twv 1: 732 et 733).
La
mélodie proviendrait d’un chant profane « Mein
Freud möcht sich wohl mehren »
figurant dans le recueil de Wolflin Lochamer publié à
Nuremberg vers 1455. Par la suite, accompagnée du texte et
sans doute d’un léger arrangement d’Elisabeth
Kreuziger, elle a été imprimée en 1524 par John
Walter, à Wittenberg.
(Geystlich
Gesangk Buchleyn) .
Bach a pu connaître ce cantique dans la classique édition
de « L’Hymnal
de Gotha »
(1715).
[Allusion
sensible à saint Paul : « revêtir
l’homme nouveau ».
Éphésiens 4, 24 [PBJ. 1730]. Dans la cantate :
«...Supprime le
vieil homme / pour
que le nouveau puisse vivre...»
Si
bémol majeur (B), 14 mesures, C
BGA.
Jg. XXXIII. Page 88 | CHORAL. | Soprano. / Oboe I. II. Violino I. col
Soprano. | Alto. / Violino II. coll’ Alto. | Tenore. / Viola
col Tenore. | Basso. |Continuo.
NEUMANN.
Barform. Mélodie « Herr
Christ, der einig Gotts Sohn ».
Simple choral harmonisé avec l’ensemble des instruments.
Renvoi à la cantate BWV 132/6.
BOYER
[Les
cantates sacrées de Jean-Sébastien Bach]
: «…Choral
harmonisé sur mélodie de choral (MDC) 039, de type 1.
BOYER
[Les
mélodies de chorals dans les cantates de J.-S. Bach,
pages 182 à 184] : «…Origines
(du choral] : Erfurter Enchiridion (1524). Cette mélodie
de choral consacré au Fils unique de Dieu peut être
classée parmi les mélodies destinées au Dogme.
Elle appartient au répertoire de l’Erfurter Enchiridion,
c’est à dire aux tous premiers temps du luthéranisme ».
CANTAGREL
[Les cantates de J.-S.
Bach, pages 878 à
883] : «…De forme « Bar », le
choral est ici présenté en harmonisation verticale, les
voix doublées par les instruments à cordes, la ligne
du chant du soprano étant renforcée par les deux
hautbois. Il n’existe aucune indication concernant les deux
flûtes, dont on peut penser qu’elles sont appelées
à se joindre aux hautbois. Ce choral peut également
être chantée en conclusion de la cantate BWV 132…»
CHAILLEY :
Renvoi aux chorals BWV 601 (Orgelbüchlein),
BWV 698 (Kirnberger) et Anhang BWV 55.
BIBLIOGRAPHIE BWV
164
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CANTATAS WEBSITE (BCW) :
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Recueils :
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n° 10 : 371 Vierstimmige
Choragesänge. C.
Ph. E. Bach – KJ. Ph. Kirnberger (sans date). N° 302 (et
101)
Breitkopf
n° 3765 : 389 Choralgesänge
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(sans date). Classement alphabétique. N° 128 (et 127)
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Dans
les références bibliques, apparaît sous
l’abréviation « EKG ». Renvoi à
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Novello
& Cy 1889 - Dover 1951-1952. Volume 2, pages
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Philippe et Gérard : Guide
pratique des cantates de Bach.
R. Laffont 1982. K 130
Réédition
révisée et augmentée. L’Harmattan 2005
DISCOGRAPHIE BWV 164
BACH
CANTATAS WEBSITE :
Discographie
établie par Aryeh Oron. Elle est ici proposée sous une
forme sensiblement allégée avec, parfois, quelques
précisions relatives aux références et aux
dates. Les numéros 1] et suivants indiquent l’ordre
chronologique de parution des enregistrements.
Huit
références (septembre 2001 – juin 2010) + Deux
mouvements individuels (septembre 2001 – juillet 2006).
Exemples
musicaux. Aryeh Oron (avril 2003 – janvier 2005).
4]
GARDINER (volume 6). The Monteverdi Choir. The English Baroque
Soloists. Soprano : Gillian Keith. Alto : Nathalie Stutzmann.
Ténor
: Christoph Grenz. Basse : Jonathan Brown. Bach Cantata Pilgrimage.
Église des Trois Rois (Dreikönigskirche). Francfort (D)
17
septembre 2000. Durée : 16’16.
CD
SDG (Soli Deo Gloria) 134 . Distribution en France, novembre 2007.
Avec les cantates BWV 77 et 33
5] KOOPMAN
(volume 18).The Amsterdam Baroque Orchestra & Choir.
Soprano : Johannette Zomer. Alto : Bogna Bartosz.
Ténor
: Christophe Prégardien. Basse : Klaus Mertens.. Waalse Kerk,
Amsterdam (NL). Durée : 15’22
Mouvements
2 et 6 : novembre 2001. Mouvements 1, 3 et 5 : février-mars
2002
CD
Antoine Marchand CC 72218/3. Avec les cantates BWV 137 et 36
6]
KUIJKEN (volume 5). La Petite Bande. Sans le chœur. Un par
voix. Soprano : Gerlinde Sämann. Alto : Petra
Noskaiova. Ténor : Jan
Kobow.
Baryton : Dominik Wörner. Château Seehaus, Nordheim
(D). Août 2006
Durée
: 15’56. CD
Accent SACD ACC 25305. 2007. Avec les cantates BWV 35, 179 et 17
2]
LEONHARDT (volume 39). Tölzer Knabenchor. Collegium Vocale (Ph.
Herreweghe). Leonhardt-Consort. Soprano (jeune garçon) :
Christoph
Wegmann. Alto : Paul Esswood. Ténor : Kurt Equiluz.
Basse : Max van Egmond. 1987. Durée :
17’23
Disque
Teldec 35658-00-501-503 (SKW 39/1-2) Das
Kantatenwerk. Volume
39
CD
Teldec 4509-917632. Das
Kantatenwerk - Sacred Cantatas,
Volume 9. Coffret de six CD avec les cantates BWV 163 à 182
CD
Teldec 2292-42634-2. Das
Kantatenwerk
(volume 39). 1987
Reprise
Bach 2000.
Teldec, volume 4. Coffret , 15 CD Teldec. Sept. 1999. Cantates BWV
150-159. BWV 161-188. BWV 192 et 194-199
Reprise
CD Warner Classics 8573 - 81162-5. Intégrale en CD séparés,
volume 49. 2007
3]
LEUSINK. Holland
Boys Choir / Netherlands Bach Collegium. Soprano : Ruth Holton. Alto
: Sytse Buwalda. Ténor : Marcel Beekman.
Basse
: Bas Rameselaar . Église Saint-Nicolas d’Elburg (NL).
Novembre – décembre 1999. Durée : 27’26
Bach
Edition. 2000. CD Brilliant Classics. Volume 11. Cantates, volume 5.
Avec les cantates BWV 115 et 55
Bach
Edition. 2006. CD Brilliant Classics III - 93102
25/71. Avec les cantates BWV 26 et 139
Cette
réédition 2006 a fait l‘objet en 2010 d‘une
nouvelle édition „augmentée“: 157 CD
comprenant, les partitions et 2 DVD proposant
les
Passions (saint Jean et saint Matthieu).
1]
RILLING. Gächinger Kantorei Stuttgart. Bach-Collegium Stuttgart.
Soprano : Edith Wiens. Alto : Julia Hamari. Ténor :
Lutz-Michael
Harder.
Basse : Walter Heldwein. Gedächtniskirche Stuttgart (D).
Novembre 1981, octobre 1982.
Durée
: 17’54
Disque
(D). Die
Bach Kantate.
Laudate / Hänssler Verlag. 98684. Avec la cantate BWV 79. 1982
CD.
Die Bach Kantate (volume
49). Hänssler Classic. Laudate 98728. 1982
CD.
Hänssler edition bachakademie
(volume 49) Hänssler-Verlag 92.049. 2000
7] SUZUKI
(volume 40). Bach Collegium Japan. Soprano : Yukari Nonoshita.
Contre-ténor : Robin Blaze. Ténor : Makoto Sakurada.
Basse
: Peter Kooy. Kobe Shoin Women‘s University Chapel. Japan. Juin
2007. Durée : 16’25
CD
BIS SACD 1671. Distribution en France, octobre 2008. Avec les
cantates BWV 168, 137 et 79
MOUVEMENTS
INDIVIDUELS BWV 164
M-1.
Mvt. 6] Bohumil Kulinsky. Bambini di Praga + Orgue et trompette. CD
Supraphon. Avril 1977
M-2.
Mvt. 6] Nicol Matt. Nordic Chamber Choir / Soloists of the Freiburger
Barockorchester. Bach Edition, volume 23. Chœurs.
CD
Brilliant Classics / Bayer Records. Juin 1999
Reprise
Bach Edition 2006. Chamber
Choir of Europe. CD
Brilliant Classics. Chorals. V – 93102
32/138.. Chorals.
2006
EN
CONCERT
HASS,
Arthur. La Grande écurie et la chambre du Roy. Chœur
BWV. Festival Estival de Paris 1985 (FEP). Église
Saint-Séverin, Paris (F), le 2 septembre 1985.
ANNEXE
BWV 1
PHILIPP
SPITTA
SPITTA,
Philipp : Johann
Sebastian Bach.
Sous-titré : « His
Work and influence on the Music of Germany 1685-1750 ».
Novello
& Cy 1889 - Dover 1951-1952. Trois volumes.
Leipzig.
Les cantates de 1723.
Volume 2, pages 360/361 :
« Un
autre texte de Franck fut utilisé pour le 13e
dimanche après la Trinité (22 août). De toute
façon Il n’est pas certains que cette oeuvre fut écrite
avant cette date quand elle fut exécutée une première
fois le 3 septembre. Aussi je considère que cette première
date est la plus probable [22 août]. Pour cet ouvrage, Bach
revint au recueil Evangelische
Andachts-Opfer, doté
d’une poésie très propice à la mise en
musique. Dans son ensemble l’œuvre ne possède pas
de chœur, excepté celui de la fin, un simple choral
chanté sur la cinquième strophe du cantique Herr
Christ der einig Gott’s Sohn.
L’évangile [Luc] raconte la parabole du bon Samaritain
et toute l’œuvre est emplie de tendresse et de compassion
chrétienne… Dans la première aria en sol
mineur…il nous semble entendre le Sauveur lui-même
parlant avec tendresse et beaucoup de chaleur humaine, d’amour
et d’amitié en dépit d’une touche de
mélancolie [+ Exemple musical sur les premières paroles
« Ihr,
die ihr euch von
Christo nennet ».
Dans la seconde aria (ré mineur)… le Sauveur enseigne
ce que tout homme doit appliquer [l’amour et la miséricorde] ;
et la troisième aria, en un duo, toute d’une joyeuse
ardeur semble tirer son origine de la mélodie du premier
mouvement [+ Exemple musical]. Les deux motifs sont travaillés
avec une concentration alors inhabituel chez Bach, le premier [1] en
canon et à l’unisson à l’octave et le duo
[5] de façon inverse… »
Volume
II, page 423 : A propos de la cantate BWV 168. Apparemment, Bach
la composa la même année que la cantate « Ihr,
die ihr euch von Christo tennet »
[BWV 164 de 1725] [renvoi à la page 361 du volume II et à
l’Appendix n° 26, page 640 (Les cantates de Leipzig sur des
textes de Franck sur des textes tirés du recueil
« Evangelischem
Andachtsopffer »
Volume
2, page 683. Appendix n° 22] : « La datation de
cette cantate [BWV 164] se fait à partir du filigrane
particulier figurant dans la partie de hautbois II. Elle est
conservée à la Bibliothèque de Berlin avec
l’autographe de la cantate et les parties séparées.
A la fin de cette partie [du hautbois] on lit « Il Fine et
le monogramme « BXB »
qui correspond aux initiales W.F.B… une manière de
plaisanterie juvénile [?] de la part du copiste, Wilhelm
Friedemann Bach [le fils de Jean-Sébastien Bach]. Le titre et
les mots « Aria
tacet »,
« Recit aria
tac »,
« Recit
tacet »
avec le violon en sol majeur de la première partie, les
bémols, la mesure à C barré [5], l’indication
« Aria all unis » et en dessous les « Volti »
et les grands caractères sur « Fine »
sous le monogramme, sont tous de l’écriture d’Anna
Magdalena Bach ; le reste est de la main de Friedemann, une main
enfantine et maladroite. A l’été 1723, Friedemann
avait treize ans ; de cela nous déduisons que sa mère
qui était une bonne musicienne, lui enseigna la façon
de copier…»
Volume
II, note 43, page 696 : [A propos de la cantate BWV 8 et des
filigranes identiques retrouvés dans la cantate BWV 164] :
« un petit bouclier, d’autres [filigranes] avec une
devise dans une volute, soutenue par deux porteurs, ce dernier ne se
trouvant pas au milieu de la page mais en bas, à la pliure.
Ces filigranes apparaissent à nouveau et seulement dans le
manuscrit autographe de la cantate « Ihr,
die, ihr euch von Christo nennet »
[BWV 164] des années 1723 ou 1724.
C.
Role. Avril 2011
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