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Cantata BWV 135
Ach Herr, mich armen Sünder
Commentary in French

KANTATE ZUM 5. SONNTAG NACH TRINITATIS
Dimanche 25 juin 1724

CONTENU

Avertissement
Datation
Sources
Péricope
Texte
Généralités
Distribution
Aperçu
Bibliographie
Discographie
Annexe BWV 135 - Werner Neumann

 

AVERTISSEMENT

Cette notice dédiée à une cantate de Bach tend à rassembler des textes, des notes, voire des critiques discographiques souvent introuvables ou difficilement accessibles aujourd’hui (2008). Le but est de donner à lire un ensemble cohérent d’informations et de proposer aux amateurs et mélomanes francophones un panorama élargi et espéré parfois inédit de cette partie de l’œuvre vocale de Bach
Outre les « interventions « CR » signalées par des parenthèses [...] le rédacteur précise qu’il a toujours pris le soin jaloux de signaler sans ambiguïté le nom des auteurs sélectionnés dans la bibliographie. Semblablement, il a indiqué clairement, entre guillemets «…» toutes les citations fragmentaires tirées de leurs travaux. Rendons à César...

ABRÉVIATIONS:
B.c. = Basse continue ou continuo
BCW = Bach Cantatas Website
BD = Bach-Dokumente (4 volumes, 1975)
BG = Bach-Gesellschaft = Société Bach (Leipzig, 1851-1899). J. S. Bach Werke. Gesamtausgabe (éditin d’ensemble) der Bachgesellschaft
BJ = Bach-Jahrbuch
D = Deutschland
EKG = Evangelisches Kirchen-Gesangbuch.
F = France
PBJ = Petite Bible de Jérusalem
NBA = Neue Bach Ausgabe (nouvelle publication de l’œuvre de Bach à partir des années 1954-1955)
NBG = Neue Bach Gesellschatf = Nouvelle société Bach (fondée en 1900)
La première lettre -en gras- d’un mot du texte de la cantate indique la majuscule de la langue allemande.
Dans le corps du texte allemand de la cantate, le mot ou un groupe de mots mis en italiques désignent un affect particulier ou un « accident remarquable ».

 

DATATION BWV 135

Leipzig, le dimanche 25 juin 1724 (Choralkantate - Jahrgang II)

HIRSCH: Classement CN 80 (Die chronologisch Nummer).
Chronologie (celle d’Alfred Dürr) 1724: BWV 20 (dimanche 11 juin) - BWV 2 (dimanche 18 juin) - BWV 7 (samedi 24 juin) - BWV 135 (dimanche 25 juin) - BWV 10 (dimanche 2 juillet) - BWV 93 (dimanche 9 juillet) - dimanche 16 juillet BWV ? - BWV 107 (dimanche 23 juillet).
Accord des musicologues pour dater la création de cette cantate en juin 1724.
[Spitta, sauf erreur, n’a pas écrit sur cette oeuvre conservée dans une collection privée (Frau Karthaus) à l’époque (les années 1850-1875) où il élaborait sa monumentale étude sur Jean-Sébastien Bach.

 

SOURCES BWV 135

PARTITION AUTOGRAPHE = ORIGINALPARTITUR
P Leipzig, Musikbibliothek der Stadt Leipzig. Bach-Archiv
Huit feuilles, 13 pages et demie de musique, plus un page de titre
Titre sur la partition (d’un copiste de Bach): « Domin. 3 post Trinit : / Ach Herr, mich armen Sünder / à 4 Voc: / 2 Hautbois / 2 Violini / Viola / e / Continuo / di / Sig: J. S. Bach
Autographe (à l’intérieur): « J. J. Doica 3 post Trinitatis. Ach Herr mich armen Sünder p. “
Pas de signature à la fin de la partition.
HERZ: Filigrane « IMK » et un « croissant de lune ».

[Vers 1880, l’autographe appartenait à Frau Marianne Karthaus, de Zschepen (en Saxe, près de Delitzsch, à une quinzaine de kilomètres au nord de Leipzig). Il est actuellement à la Stadtbibliothek Leipzig.
[Lors de l’édition de l’œuvre par la Bach-Gesellschaft, Wilhelm Rust travailla sur la partition de Marianne Karthaus]
[Un fac-similé de la partition fut édité avec une préface de Karl Straube, Leipzig, 1926]

PARTIES SÉPARÉES = ORIGINALSTIMMEN
Pas de sources connues
BG signale deux copies, l’une dans le recueil « Von Nägel » à Zurich (CH), l’autre en possession de Wilhelm Rust)

ÉDITIONS
SOCIÉTÉ BACH = BACH-GESELLSCHAFT (BG)
BG Jg. XXVIII (28e année - BWV 131-140 ; Anh. 134a). Pages 121. Préface de Wilhelm Rust (décembre 1881)

NOUVELLE ÉDITION BACH = NEUE BACH AUSGABE (NBA)
KANTATEN SERIE I/ BAND 16. KANTATEN ZUM 2. UND 3. SONNTAG NACH TRINITATIS
Bärenreiter Verlag BA 5055. 1981. 6 fac-similés.
BWV 135. Pages 199-229. Couverture de la partition autographe. Staadtarchiv Leipzig. Copie non signée [satz 1, takt 1-19]
Avec BWV 76, 2, 21
Kritischer Bericht (commentaires). BA 5055 41. 1982. Paul Brainard BWV 21, 135
Dans le coffret Teldec / Telefunken, Leonhardt / volume 33 (de 1984), la partition est celle de la NBA.

AUTRES ÉDITIONS
BCW: Réduction « Voix et piano ». 20 pages
Breitkopf & Härtel. Partition PB 2985
Réduction voix et piano EB 7135 (2008)
Partition du chœur ChB 2177- ChB 4635 (2008)
Orgue et clavier (M. Seiffert) OB 2724

 

PÉRICOPE BWV 135

Troisième dimanche après la Trinité

MISSEL ROMAIN (lectures)
C’est le 3e dimanche après la Pentecôte [pages 936-940]. Psaume 24, 16 et 18.
Épître: I Pierre, 5, 6-11 [PBJ 1784-1785].
Evangile: Luc 15, 1-10 [PBJ 1564-1565]. La parabole de la brebis perdue. Cette parabole vient de la bouche de Jésus qui se trouvait parmi les collecteurs d’impôt et des pécheurs.

EKG (lectures)
Introït. Luc 19, 10 [PBJ 1571]. « Car le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu ».
Psaume 32 [PBJ 828-829]. L’aveu libre du péché.
Cantique (lied 166) « Allein zu dir, Herr Jesu Christ ».
Épître: 1 Pierre 5, 6-11 [PBJ 1785]. « De toute votre inquiétude, déchargez-vous sur Lui car il a soin de vous…»
Evangile: Luc 15, 1-10 [PBJ 1565]. Paraboles de la Miséricorde: La brebis perdue et la drachme perdues.

Même occurrence: Cantate BWV 21 (ca 1714-1725)

 

TEXTE BWV 135

Poème d’un auteur inconnu
1] Texte de la première strophe du cantique de Cyriakus Schneegaß (5 octobre 1546 - 23 octobre 1597) en six strophes (publié à Erfurt en 1597) sous le titre Ach Herr, mich armen Sünder » donné à la cantate. Texte inspiré et paraphrasant le psaume 6
- La mélodie (l’une des plus célèbres utilisée par Bach) "Herzlich tut mich verlangen" [BCW donne EKG 435] identique à celle de "O Haupt voll Blut" (Passion selon Saint-Matthieu BWV 244/15-17-54-62), revient à Hans Leo Haßler (1601 ; publication à Görlitz, 1613). On la trouve dans BWV 25/1 (auteur inconnu + la mélodie), 127/1 (mélodie et texte de Paul Eber), 153/5 (mélodie et texte de Paul Gerhardt) - 159/2 (mélodie et texte de Paul Gerhardt), 161/1 (mélodie seule) et 6 (+ texte, strophe 4 de Christoph Knoll) - (Oratorio de Noël), 248/5 (avec texte de Paul Gerhardt), BWV 270, 271 chorals à quatre parties et le texte Biefehl du deine Wege, le prélude choral BWV 727, le choral du même titre que la cantate BWV 135: BWV 742 et BWV Anh. 47 (authenticité discutée).
BCW [Melody I] : « NBA a classé cette mélodie sous le titre: Befiehl du deine Wege (I), mélodie de Hans Leo Hassler (1601) et texte de Christoph Knoll (1611): « Herzlich tut mich verlangen ».
Différentes présentations et associations de texte sur cette mélodie, 1640 (Crüger) ; 1650 (S. Scheidt) ; Hymnal (Gotha 1715). Dans la cantate BWV 135, Bach a utilisé la mélodie avec le texte de Cyriakus Schneegaß (1597), strophes 1 et 6.
Renvois à Buxtehude (BUWVW 178), Pachelbel, G. F. Kaufmann, J. G. Walther, etc.

2] Paraphrase tirée de la deuxième strophe du cantique « Ach Herr, mich armen Sünder »
3] Paraphrase tirée de la troisième strophe du cantique « Ach Herr, mich armen Sünder »
Allusion précise au psaume 6, 6 [PBJ 806]: « Car, dans la mort, nul souvenir de toi ». Dans la cantate: « Car dans la mort tout est silence
/ Et nul n’a souvenir de toi ».
4]. Paraphrase tirée de la quatrième strophe du cantique « Ach Herr, mich armen Sünder »
Le sentiment est proche du psaume 6, 7 [PBJ 806]: « Je me suis épuisé en gémissement, / chaque nuit, je baigne ma couche de mes larmes, j’arrose mon lit.. ». Dans la cantate: « Je suis las de soupirer, / Mon esprit n’a ni force ni pouvoir / Car je gis souvent la nuit entière / Sans connaître la quiétude de l’âme ni la paix. / En proie aux sueurs et aux larmes…»
5] Paraphrase assez libre tirée de la cinquième strophe du cantique « Ach Herr, marmen Sünder »
6] Texte de la sixième et dernière strophe du cantique [Véritable doxologie trinitaire. Dans la cantate: « Avec les plus hauts honneurs et louanges, / Au Père et au Fils / Et pareillement / Au Saint-Esprit. Dans tous les siècles des siècles »

BOMBA: «…Lors de sa seconde année de fonction à Leipzig, qui commença le dimanche de la Trinité 1724 (11 juin), Bach avait eu l’intention de ne composer et de n’exécuter que des cantates-choral. Ce qui signifie que le texte et le matériel mélodique de ces cantates devaient toujours s’orienter sur un cantique religieux déterminé. Il ne put mener à fin ce projet extraordinaire, certainement unique dans l’histoire de la littérature des cantates car il semble que le poète qui adaptait les strophes des cantates, à la convenance de Bach s’est éteint en janvier 1725. [Texte repris de la notice d’Andreas Bomba sur les cantates BWV 125-126 (Rilling, volume 40). « Hans-Joachim Schulze, directeur des Archives Bach à Leipzig renvoie à un recueil (manière de compilation de textes de cantates) imprimé comme c’était alors l’usage, quoique d’un poète inconnu. H. J. Schulze paraît l’avoir identifié sous le nom de Andreas Stöbel, ancien co-recteur de l’église Saint-Thomas décédé le 31 janvier 1725…]. Les spéculations au sujet de cette fin imprévue ne manquant pas de faire du bruit, la manière exemplaire et incomparable dont Bach réussit l’entrée dans ce cycle de cantate passe facilement au second plan…»

HERZ: Texte de Bach lui-même ?
HOFMANN: «…La relation entre le texte de Schneegaß et l’évangile de ce dimanche… ne saute pas aux yeux et ne se base manifestement que sur le verset final du texte de l’évangile : « C’est ainsi, je vous le dis, qu’il naît de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se repent ».
KUIJKEN: «…Dans les deux mouvements extrêmes, la première et la dernière strophes du chant original de 1597 [le cantique de Schneegaß] ont été conservées telles quelles ; dans les parties médianes, les strophes médianes originales ont été modifiées par le poète ultérieur anonyme, même s’il s’insère ici ou là des vers intacts de l’original ».
LYON [Johann Sebastian Bach - Chorals, page 61]. Renvoi aux psaume25 et 26. [PBJ 822-823]. Prières dans le péril ; au psaume 6, 6-11 [PBJ 805-806]

 

GÉNÉRALITÉS BWV 135

Cantate de choral du 2e cycle de Leipzig
BASSO [Jean-Sébastien Bach, volume 2, page 269]: « Cantate basée sur une présentation de mélodie-choral. Voir BWV 2, 5, 78, 94, 101, 113, 125, 126, 135 ».

 

DISTRIBUTION BWV 135

NEUMANN. Alt, Tenor, Baß. – Chor. Zink (cornet) et Posaune (trombone), seulement dans le C.f. de [1-6], Oboe (d’amore) I, II ; Streicher ; B.c.
SCHMIEDER. Soli: A, T, B. Chor: S, A, T, B. Instrumente: Ob. I, II; Cornetto; Trombone; Viol. I, II; Vla., Cont.

 

APERÇU BWV 135

1] CHORALCHORSATZ. BWV 135/1

ACH HERR, MICH ARMEN SÜNDER / STRAF NICHT IN DEINEM ZORN, / DEIN ERNSTEN GRIMM DOCH LINDER, / SONST ISTS MIT MIR VERLORN. / ACH HERR WOLLST MIR VERGEBEN / MEIN SÜND UND GNÄDIG SEIN, / DAß ICH MAG [Neumann: „möge“ Neu Leipziger Gesangbuch 1597], EWIG LEBEN, / ENTFLIEHN DER HÖLLENPEIN.
O Seigneur, le pauvre pécheur que je suis / Ne le châtie pas dans ton courroux, / Apaise donc ta violente colère, / Sinon ma perte est prononcée. / O Seigneur, veuille me pardonner / Mes péchés et m’être miséricordieux / A fin que je puisse connaître la vie éternelle / Et échapper aux tourments de l’enfer.

- Mélodie « Herzlich tut mich verlangen »

Mi mineur, 134 mesures, 3/4

BG XXVIII (28e année). Pages 121-128

NEUMANN. Oboe I, II, cordes, B. c. Introductions instrumentales et parties vocales encastrées. Le cantus firmus aux basses.
SCHMIEDER. Vers 1. Sopr., Alto, Ten., Basso. Ob. I, II ; Viol. I, II, Vla., Continuo (Tromba col Continuo). Cantus firmus im Bass)

BASSO [Jean-Sébastien Bach, volume 2, page 342]: «…BWV 135 fait partie d’un bref cycle de quatre œuvres composées dans un laps de temps fort réduit (11, 18, 24 et 25 juin 1724). Comme l’a fait ressortir Alfred Dürr, ces quatre cantates obéissent à un dessein musical précis : le cantus firmus, dans le morceau d(introduction, est confié tour à tour à l’une des quatre voix, en succession régulière : BWV 20, soprano ; BWV 2, contralto ; BWV 7, ténor et basse dans BWV 135 et la nature du discours est elle aussi diversement caractérisé : BWV 20 (ouverture) ; BWV (motet) ; BWV 7 (style concertant) ; BWV 135 (fantaisie sur choral) ».
[page 344] : La mélodie du choral, celle de l’air célèbre de Hassler « Herzlich thut mich verlangen » figure à la basse (ce fait ne se reproduira qu’une seule fois, dans BWV 3)… morceau en forme de fantaisie sur choral… on note que la partie de basse continue n’est pas prévue dans les épisodes purement instrumentaux et ne figure que dans les épisodes vocaux, pour doubler le cantus firmus ; en revanche, tout le tissu instrumental, à trois parties, porte fortement l’empreinte de la configuration mélodique du choral…»
BOMBA: «…Chacune des phrases du choral [8 lignes] est annoncée par un prélude instrumental. Les deux hautbois viennent s’y joindre, de même les instruments à corde, à l’unisson. Ceux-ci exécutent le cantus firmus de chaque phrase avant de concerter avec les hautbois. La musique prévue pour ces instruments utilise elle aussi le matériel mélodique du choral, mais est exécuté avec des notes nettement plus brèves. Le chœur suit directement les petits préludes, il est accompagné de la basse continue qui n’intervient qu’à ce moment. Mais avant que les basses ne chantent le Cantus firmus, les trois autres voix ont déjà préparé les phrases correspondantes en les imitant. Pour la suite de mélodies et les motifs d’imitations, Bach propose donc deux procédés différents. Encore mieux ; au début de chaque phrase chantée, Bach permet aux hautbois de reprendre haleine pour les faire intervenir ensuite à la fin. Il obtient ainsi une nette progression, malgré un intervalle minime, comme pour la registration de l’orgue ».
BOYER [Les cantates sacrées de Jean-Sébastien Bach]: «…ici le cantus firmus est à la basse et le résultat est lourd et sombre, même si la thématique d’orchestre véhicule cette fameuse quarte ascendante de la mélodie de choral « Herzlich tut mich verlangen ». Mélodie de choral 046 de type II…»
[Les mélodies de chorals dans les cantates de Jean-Sébastien Bach, pages 55 et 203]: «Choral de type IIa : Pont. Le choral est harmonisé mais incrusté, verset par verset, chaque verset étant séparé par des ponts instrumentaux indépendants…la ritournelle orchestrale dans laquelle le chœur va s’incruster possède un thème issu de la mélodie de choral elle-même… quant au chœur, il ne suit pas la technique traditionnelle mais confie le cantus firmus à la voix de basse (doublée par un trombone), les trois voix supérieures développent des imitations en croches de la mélodie… Le cantus firmus dans l’extrême grave, l’abandon des oppositions traditionnelles entre ritournelle et chœur, la présence continue et obsédante de la célèbre mélodie circulant aux vents et aux cordes ainsi qu’aux voix font de ce morceau une page extrêmement sombre et sévère ».
CHAILLEY: « Herzlich tut mir verlangen n’exprime pas, comme O Haupt, la douleur de la Passion, mais l’appel de l’âme vers une fin heureuse qui la délivrera des tribulations terrestres pour l’introduire dans la joie éternelle… »
HALBREICH: «…La cantate témoigne du génie de Bach dès le chœur d’entrée, monumental en sa concision, qui oppose comme souvent chez Bach un choral figuré des voix à une trame concertante des instruments. Seulement cette dernière repose ici sur un matériau thématique dérivé lui aussi de la mélodie du choral, le célèbre Herzlich tut mich verlangen, leitmotiv émouvant de la Passion selon Saint-Matthieu, ce qui accroît l’unité du morceau…».
HOFMANN: «…Contrairement à ses habitudes, Bach fait passer la mélodie du rythme habituel de quatre noires à un rythme à trois noires. Thématiquement, son mouvement est inhabituellement chargé. La mélodie du cantique apparaît pour ainsi dire sur trois niveaux : le plus frappant est celui où le cantus firmus se retrouve à la voix de basse, soutenue par les trombones, où la mélodie est exposée dans un étiré et où les notes qui concluent chaque vers sont allongées. Un autre niveau dans lequel on retrouve la mélodie et qui est en fait sa première exposition, est constitué par le prélude et les interludes joués à l’unisson par les cordes qui préparent chaque entrée du chœur qui entonne le vers suivant. De plus, on entend les cinq ou six premières notes de la mélodie dans une diminution métrique (à la croche plutôt qu’à la blanche ou à la noire d’abord par les deux hautbois puis par les cordes et par les trois voix qui ne sont pas liées au cantus firmus, c'est-à-dire les sopranos, les altos et les ténors en un contrepoint constamment maintenu. Le jeu des sonorités y sont particulièrement remarquable avec la pause bien amenée des hautbois lors de la première intervention du chœur et la réduction stricte du rôle au soutien du cantus firmus à la basse. La partie de basse y apparaît d’autant efficacement que le continuo se tait dans tous les autres endroits [et dans les passages strictement instrumentaux].
KUIJKEN: «…Le chœur d’entrée (SATB, avec deux hautbois, cordes et b.c. renforcée par un trombone) est une fantaisie chorale compliquée comme seule J. S. Bach en a jamais écrit.. Les huit vers du texte (original) sont chantés en autant de « blocs » par l’ensemble vocal, la mélodie chorale connue étant chaque fois reprise sous forme claire par la basse, soutenue ici par la basse continue et le trombone. Au vers 7 « dass ich mag ewig leben » Bach laisse exceptionnellement à tous les tons de la mélodie la même longueur, un madrigalisme subtil. Dans le prélude instrumental et les « intermèdes » entre les vers, la basse continue se tait: l’unisson des violons et de l’alto accompagne les deux hautbois comme un « Bassetto » à l’octave supérieure, annonçant ici toujours le prochain fragment mélodique. Les évolutions de croches parcourant toutes les voix (sauf la basse) pendant tout le morceau sont issues à l’évidence du début de la mélodie chorale (cf. O Haupt voll Blut, etc.) dans des valeurs de notes plus rapides ; Après le quatrième vers (sonst ists mit mir verloren), ce motif est employé « en miroir » et brièvement confronté à sa forme d’origine, sans doute une autre finesse de l’écriture proche du texte de Bach dans ce mouvement ! »
LEMAÎTRE: «…Hautbois et cordes tirent principalement leur motif thématique de la première section du cantus firmus, ce qui transforme cette pièce en une fantaisie sur choral. »
NYS, Carl de: «…Une partition majeure. L’une des grandes cantates chorales que Bach ait écrites. Il faut savoir que la fantaisie vocale et instrumentale sur la mélodie du cantique de Schneegass qui forme le premier chœur est une des constructions les plus savantes et les plus expressives que l’on trouve dans cette collection de cantates chorales ».
SCHUHMACHER: «…le cantus firmus à la basse… il en résulte un caractère sonore particulièrement pesant et lourd, souligné par de frappantes tournures chromatiques sur les passages du texte qui s’y prêtent « mein Sünde », mais également de nouveau allégé et éclairci par des figures apportant des contrastes « ewig leben ».

2] REZITATIV TENOR. BWV 135/2

ACH HEILE MICH, DU ARZT DER SEELEN, / ICH BIN SEHR KRANK UND SCHWACH ; / MAN MÖCHTE DIE GEBEINE ZÄHLEN, / SO JÄMMERLICH HAT MICH MEIN UNGEMACH, / MEIN KREUZ UND LEIDEN ZUGERICHT; / DAS ANGESICHT / IST GANZ VON TRÄNEN AUFGESCHWOLLEN, / DIE, SCHNELLEN FLUTEN GLEICH, VON WANGEN [Wustmann: „die Wangen“] , ABWÄRTS ROLLEN / DER SEELE IST VON SCHRECKEN ANGST UND BANGE ; / ACH, DU HERR, WIE SO LANGE ?
O ! Guéris-moi, Toi qui es le médecin des âmes. / Je suis très malade et ma faiblesse est infinie ; / On pourrait compter mes os, / Tant mes maux, ma croix / Et mon martyre m’ont rendu pitoyable ; / Ma face: Toute entière est tuméfiée de larmes / Qui, semblables à des torrents rapides, ruissellent de mes joues. / Mon âme est ravagée d’effroi et d’angoisse ; / Ah, Seigneur, pourquoi me laisses-tu si longtemps souffrir ?

Ré mineur d), Ut majeur (C), 18 mesures, C
BG XXVIII. (28e année). Page 128
NEUMANN. Ténor. Récitatif secco
SCHMIEDER. Tenor ; continuo

BOMBA: «…Dans ce récitatif, Bach, se servant à la fois de l’harmonie et du tracé mélodique, insiste sur plusieurs mots tels que « malade et faible », « croix et souffrance » et « flux [torrent] rapide », les rendant mieux compréhensibles…»
HOFMANN: «…le récit est clairement teinté de dramatisme alors que les mots chargés d’expression comme « krank », « schwach », « jammerlich » et « Kreuz » sont mis en valeur tant par l’harmonie sous-jacente que par un traitement mélodique particulier. Bach a recours à des figures de style musicales et rhétoriques qui parlent d’elles-mêmes aux mots de « schnellen Fluten », « abwärts rollen », « Schrecken »…»
KUIJKEN: «…Le poète baroque décrit ici en des images pertinentes la maladie qui a frappé le pécheur en pénitence…»
LEMAÎTRE: «…récitatif imagé: trait en triples croches sur « schnellen - torrents » [mesure 9] et septième diminuée brisée sur [le mot] « Schreck angoisse », coupé en deux par un silence [mesure11]…»
PIRRO [L’Esthétique de Jean-Sébastien Bach - Direction des motifs, page 34]: « Les idées de fatigue, de faiblesse, de maladie, de péché, sont représentées par des figures analogues à l’affaissement de la ligne mélodique. Ici sur les mots « Ich bin sehr krank und schwach » [+ Exemple musical BG XXVIII, page 128].
- [La formation rythmique des motifs, page 117]: le motif de l’effroi sur le mot „Schrecken
ROMIJN : «…on assiste à nouveau çà l’une de ces peintures musicales que Bach affectionne tant: les mots « schnellen Fluten » se traduisent par des gammes ascendantes et descendantes, rapides et inquiètes.
SCHUHMACHER: «…récitatif secco avec ses figures symboliques sur les mots « schnellen » [sur 32 notes !] et « Wangen abwärts rollen », atteint son point culminant sur « Schreck - en », avec la terrifiante pause au milieu du mot…»
WHITTAKER: «…Ce récitatif secco est presque extravagant avec ses cris de détresse… ses lents demi tons descendants représentant l’état de prostration du corps, le chromatisme de la basse, le ruissellement des larmes (Schnellen Fluten)…»

3] ARIE TENOR. BWV 135/3

TRÖSTE MIR, JESU, MEIN GEMÜTE, / SONST VERSINK ICH IN DEN TOD, / HILF MIR, HILF MIR DURCH DEINE GÜTE / AUS DER GROßEN SEELENNOT ! / DENN IM TOD IST ALLES STILLE, / DA GEDENKT MAN DEINER NICHT. / LIEBSTER JESU, ISTS DEIN WILLE, / SO ERFREU MEIN ANGESICHT !
Réconforte, Jésus, mon cœur et mon âme. / Sinon je vais sombrer dans la mort. / Aide-moi, aide-moi par ta bonté / A sortir des affres qui m’assaillent ! / Car dans la mort tout est silence / Et nul n’a souvenir de toi. / Bien-aimé Jésus, si telle est ta volonté, / Viens charmer mon regard !

Ut majeur (C), 94 mesures, 3/4
BG XXVIII. (28e année). Pages 129-132
NEUMANN. En forme de quatuor. Hautbois I, II; Ténor, Basse continue. Citation du choral au Ténor. Partie vocale tripartite
SCHMIEDER. Ténor ; hautbois I, II ; Continuo

BASSO [Jean-Sébastien Bach, volume 2, page 269]: « morceau sur un tempo de danse ».
BOMBA: «…un aria dansant [sic] pour ténor et deux hautbois concertant vient emboîter ce récitatif [2]…le talent qu’avait Bach pour interpréter les textes devient évident : « Je plonge dans la mort » en mouvements descendants, « tout ce calme » avec des pauses inopinées, « réjouis mon cœur » en joyeuses coloratures…»
HIRSCH [Die Zahl im Kantaten werk Johann Sebastian Bach, page 20]: Symbolique du chiffre « 5 ». Les mots „so erfreun mein Angesicht“ sont chantés à cinq reprises: évocation de la Passion du Christ et de ses cinq plaies sur la Croix ? [BCW ajoute les trois répétitions du groupe de mots « Sonst versink in de Tod » ainsi que celle triple également du mot « Stille ».
HOFMANN: «…la pièce de bravoure pour soliste de l’œuvre. Le mélange de la voix avec le duo de hautbois constitue un moment unique. Dans une interprétation de musique « absolue », le texte peut cependant se prêter à une interprétation comme ici aux mots de « ist alles stille » avec le silence hautement dramatique observé par tous les instruments ».
KUIJKEN: «…berceuse à la basse continue… flotte parfois (la consolation ?), tandis que la danse eforme de polonaise est d’un effet surprenant (danse de la mort ?) Il est beaucoup question de la mort dans cette partie du texte, conformément au psaume 6: « Dem im Tod ist alles Stille / Da gedenkt man deiner nicht ». Bach agence Tod et Stille explicitement, comme on pouvait s’y attendre…».
LEMAÎTRE: «…l’air ressemble à une plainte que les nombreux écarts de septième ou le triton sur « Tod » assombrissent encore ; néanmoins le dernier élément du texte « Viens charmer mon regard » ramène la lumière et justifie le ton de do majeur…»
NYS, Carl de: «…Il faut savoir encore que dans l’aria pour ténor avec les deux hautbois au rythme dansants, la voix semble, par le symbole de sa ligne mélodique, s’abîmer dans la mort « bienheureuse » chère à Bach ».
PIRRO [L’Esthétique de Jean-Sébastien Bach - Le commentaire de l’accompagnement instrumental, pages 158-159]: «…la basse continue exprime par sa longue sérénité, que l’âme implorante trouve déjà dans sa prière un réconfort. Tandis que le ténor supplie Jésus de consoler son âme, le continuo déroule une lente mélodie qui répète, avec un charme lénifiant, des intervalles simples, d’une monotonie qui berce » [+ Exemple musical, BG XXVIII, page 129].
SCHUHMACHER: «…L’air de plainte qui succède [au récitatif], avec deux hautbois, qui représentent l’humain associé au divin, frappe par la présence, dans la partie vocale, de nombreuses progressions s’opérant par mouvements de septième et de triton « Tod », qui sont refoulés dans la seconde partie par des sonorités délibérément consonantes…»
WHITTAKER: Aria peut-être tirée d’une œuvre profane perdue [suggestion à cause du texte ?]… saut de septième sur « Tod ».
[Mélisme sur « er-freu, mesures 73-74]

4] REZITATIV ALT. BWV 135/4

ICH BIN VON SEUFZEN MÜDE, / MEIN GEIST HAT WEDER KRAFT NOCH MACHT, / WEIL ICH DIE GANZE NACHT ; / OFT OHNE SEELENRUH UND FRIEDE / IN GROßEM SCHWEIß UND TRÄNEN LIEGE. / ICH GRÄME MICH FAST TOT UND BIN VOR TRAUERN ALT, / DENN MEINE ANGST IST MANNIGFALT.
Je suis las de soupirer, / Mon esprit n’a ni force ni pouvoir / Car je gis souvent la nuit entière / Sans connaître la quiétude de l’âme ni la paix. / En proie aux sueurs et aux larmes, / Je meurs presque d’affliction et vieillis à force de désolation, / Car mes angoisses sont multiples.

Sol mineur (g) - La mineur (a), 11 mesures, C. Adagio
BG XXVIII. (28e année). Page 132
NEUMANN. Récitatif tout d’abord arioso (adagio) et devenant secco sur « Mein Geist… »
SCHMIEDER. Alto ; Continuo

BOMBA: «…le récitatif commence par une citation vivement colorée de la première phrase de la mélodie du choral ».
HOFMANN: «…représentation suggestive des soupirs, de la fatigue et de la tristesse…»
KUIJKEN: «…Dans ce récitatif secco, nous retrouvons le saint pénitent et torturé dans les soupirs, les larmes et les affres. Bach nous dépeint la scène de main de maître par des moyens rhétoriques simples…»
PIRRO [L’Esthétique de Jean-Sébastien Bach - La formation rythmique des motifs, page 117]: « motif des soupirs - Le dessein de Bach est d’imiter par le chant discontinu [un soupir], la prière entrecoupée de sanglots ». Ici le mot Seuf -zen [à la mesure 2] + Exemple musical BG XXVIII, page 132].
- [Le commentaire de l’accompagnement instrumental, page 191]: « Dans le récitatif d’alto, le continuo interprète par un thème brisé de silences, et à demi assoupi, les paroles du chant « Je suis las de soupirer » [+ Exemple musical, BG XXVIII, page 132].

5] ARIE BAß. BWV 135/5

WEICHT, ALL IHR ÜBELTÄTER, / MEIN JESUS TRÖSTET MICH ! / ER LÄßT NACH TRÄNEN UND NACH WEINEN / DIE FREUDENSONNE WIEDER SCHEINEN ; / DAS TRÜBSALSWETTER ÄNDERT SICH, / DIE FEINDE MÜSSEN PLÖTZLICH FALLEN / UND IHRE PFEILE RÜCKWÄRTS PRALLEN.
Eloignez-vous tous que vous êtes, auteurs de tant de méfaits, / Mon Jésus vient me réconforter ! / Après les larmes et après les pleurs, / Il fait de nouveau resplendir le soleil de la joie ; / Le temps de l’affliction se dissipe / Les ennemis brusquement tombent, / Condamnés à voir leurs flèches se retourner contre eux.

La mineur (a), 120 mesures, C barré, allegro
BG XXVIII. (28e année). Pages 132-136
NEUMANN. Basse; Continuo. Citation du choral dans le continuo. Forme classique
SCHMIEDER. Basse ; Viol. I, II, Vla., Cont.

BCW [Thomas Braatz, 6 juillet 2001 / Score with Commentary]: intervalles, sauts et rythme complexe traduisant [aux mesures 71à 80 sur « Die Feinde müssen plötzlich - Les ennemis brusquement tombent … »] le changement de « climat ».
BOMBA: «…Puis c’est la basse qui déclame la compassion de Jésus, mais aussi tout ce qui devait être surmonté auparavant : le temps lamentable et les ennemis avec leurs flèches… l’inflexion de ce morceau… reste donc combative, impulsive et de grande portée. Pour représenter la compassion de Jésus, Bach a eu recours aux attraits d’une basse instrumentale expressive, mais gravitant sur elle-même. Pour ce faire, il est imparti au chanteur tout son temps pour déclamer le texte tout d’abord passionné qui ensuite, veut nous ramener à la raison…»
HOFMANN: «…air de basse mené par le jeu agité du premier violon, la voix rejette le malfaiteur: « Übeltäter » avec une violence passionnée. Le calme qui survient peu avant la fin, à la citation de la mélodie du cantique aux mots de « mein Jesu tröstet mich…» est ainsi d’autant plus spectaculaire
KUIJKEN: «…la basse exprime finalement la joie du pardon dans la vivante aria avec cordes ».
SCHUHMACHER: «…le premier violon assure avec passion, mais sans jouer un rôle concertant, la conduite de l’air de basse, aux figures amples et hardies sur les mots qui indiquent le sens ».
SCHWEITZER: «…Le motif de la démarche (Schrittmotive). Bach emploie communément un procédé qui consiste à représenter par les sons des mots tels que « marcher » ou « courir ». + Exemple musical [mesures 1 à 7] du thème sur « Eloignez-vous tous que vous êtes, auteurs de tant de méfaits ».
WHITTAKER: « le climat [de la cantate] change soudainement…sur « Éloignez-vous tous que vous êtes, auteurs de tant de méfaits…» Une phrase énergique est entendue au violon I accompagné du continuo…»

6] CHORAL. BWV 135/6. Vers 6.

EHR SEI INS HIMMELS THRONE / MIT HOHEM RUHM UND PREIS = DEM VATER UND DEM SOHNE / UND AUCH ZU GLEICHER WEIS // DEM HEILGEN GEIST MIT EHREN / IN ALLE EWIGKEIT, / DER WOLL UNS ALLN BESCHEREN // DIE EWIGE SELIGKEIT.
Gloire soit rendue jusqu’au trône des cieux, / Avec les plus hauts honneurs et louanges, / Au Père et au Fils / Et pareillement / Au Saint-Esprit / Dans tous les siècles des siècles. / Qu’il veuille nous accorder, à tous que nous sommes, / La félicité éternelle.

- Mélodie « Herzlich thut,mich verlangen ». Verset 6 du cantique de Schneegaß.

Mi mineur, 16 mesures, C
BG XXVIII. (28e année). Page 136
NEUMANN. Simple choral harmonisé (+ Hautbois I, II; cordes et Basse continue). Cantus firmus au soprano doublé par le cornet
SCHMIEDER. Vers. 6. Sopr., Alto, Ten ., Basso. Continuo (Cornetto, Ob. I, II, Viol. I col Sopr., Viol. II coll’ Alto. Vla. Col Ten.

BRAATZ [BCW/ Discussions 1]. Dans son enregistrement, Karl Richter (comme Rilling), utilise une trompette à la place du cornet… appropriée ici… »
BOYER [Les mélodies de chorals dans les cantates de Jean-Sébastien Bach, pages 201]: «…mélodie [Herzlich tut mich verlangen [MDC 046] de Hans Leo Hassler (1601) sur des paroles de Christophe Knoll (1613), inspirée d’une mélodie amoureuse « Mein Gemut ist verwirret von einer Jungfrau zart - mon cœur est troublé ». Elle se retrouve sous deux autres titres: « Befiehl du deine Wege [MDC 012] » dans l’Oratorio de Noël (BWV 248/1 et 248/5] et « Haupt voll Blut und wunden » [MDC 085] dans la Passion selon Saint-Matthieu [BWV 244/21-23-53-63-72].
Choral de type I, harmonisé avec doublures colla parte des instruments.
KUIJKEN: «…Le choral final (à nouveau dans le texte original de 1597) est un remaniement fleuri du « Gloria Patri et Filio, et Spiritui Sancto » qui conclut toute prière psalmique…»
NEUMANN [Sämtliche von Johann Sebastian Bach]: Dans la partition originale, seul le texte du cantique figure..
SCHUHMACHER: «…un choral aux voix intermédiaires et à la basse mouvantes met fin à cette œuvre grandiose » [?]
WHITTAKER: « comme la mélodie duchoral final est attribuée aux soprano, le trombone n’est pas ici requis » [contrairement à la section I et les basses].

 

BIBLIOGRAPHIE BWV 135

BACH CANTATAS WEBSITE (BCW):
AMG / James Leonard. Notice
CROUCH, Simon. Notice. 1996,1998
ORON, Aryeh: Discussions Part 1] 1er juillet 2001 - Part 2] 18 juin 2006
Texte du choral « Ach Herr, mich Armen Sünder
Mélodie du choral « Befiehl du deine Weg (I)

BASSO, Alberto: Jean-Sébastien Bach. Edizioni di Torino, 1979, Fayard. Vol. I (1984): pages 34, 158,
Vol. 2 (1985): pages 253, 269, 274, 336, 342, 344, 377
BOMBA, Andreas: Notice de l’enregistrement Hänssler / Rilling / edition bachakademie [Vol. 42]. 1999
BOYER, Henri: Les cantates sacrées de Jean-Sébastien Bach. L’Harmattan 2002. Pages 259-260
: Les mélodies de chorals dans les cantates de J.-S. Bach. L’Harmattan 2003. Pages 55, 201-203
BREITKOPF. Recueils
Breitkopf n° 10: 371 Vierstimmige Choragesänge. C. Ph. E. Bach – KJ. Ph. Kirnberger (sans date). B n° 21
Breitkopf n° 3765: 389 Choralgesänge für vierstimmigen gemischten Chor (sans date). Classement alphabétique. C 156
CHAILLEY, Jacques: Les chorals pour orgue de Jean-Sébastien Bach. A. Leduc 1974. (BWV 727), pages 142-153, n° 93
DÜRR, Alfred: Die Kantaten von J.-S. Bach. Bärenreiter. Kassel 1974. Deux volumes. Volume 1, pages 348-350
EKG: Evangelisches Kirchen-Gesangbuch. Verlag Merfburger Berlin. 1951. Ausgabe für die Evangelische Kirche in Berlin-Brandenburg
HALBREICH, Harry: Critique de l’enregistrement Richter 1977. Harmonie, n°125, mars 1977
HELMS, Marianne: Notice de l’enregistrement d’Helmuth Rilling. Laudate 98706. En collaboration avec Arthur Hirsch. 1980
HERZ, Gerhard: Cantata N° 140. Historical Background. Pages 3-50. Norton Critical Scores.
W. W. Norton & Company. Inc. New York 1972. Page23
HIRSCH, Arthur: Die Zahl im Kantatenwerk Johann Sebastian Bachs. Hänssler HR 24.015. 1ère édition 1986. Pages 20 [3] 27 [1], 110
Notice de l’enregistrement d’Helmuth Rilling. Laudate 98706. En collaboration avec Marianne Helms. 1980
HOFMANN, Klaus: Notice de l’enregistrement de Masaaki Suzuki (Volume 29). 2005
KUIJKEN, Sigiswald: Notice de son enregistrement Accent 2005, 2006
LEMAÎTRE, Edmond: La Musique sacrée et chorale profane. L’Âge baroque 1600-1750 ». Fayard. Les indispensables de la musique 1992. Pages 89-90
LYON, James: Johann Sebastian Bach. Chorals. Sources hymnologiques des mélodies, des textes et des théologies Beauchesne. Octobre 2005. Pages 61, 72, 105-106, 131, 132-133, 134. Incipit de la mélodie M 103 de 1601, page 278
MISSEL ROMAIN : Éditions Brepols. 1958
NEUMANN, Werner: Handbuch der Kantaten Johann Sebastian Bachs.VEB. Breitkopf & Härtel Musikverlag Leipzig 1971. Pages 153-154
Literaturverzeichnis: 44 (Richter)
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NYS, Carl de: Critique de l’enregistrement de K. Richter (avec BWV 24 et 10). Archiv 1975. Diapason, n° 215, mars 1977
PIRRO, André: L'esthétique de Jean-Sébastien Bach. Fischbacher 1907. Minkoff Reprint Genève 1973. Pages 34 [2], 117 [4], 118 [2], 158 [3], 159 [3], 191 [4] , 454 [1]
RICHTER, Bernhard Friedrich 44] Über die Schicksale der der Thomasschule zu Leipzig angehörenden Kantaten Joh. Seb. Bachs. BJ 1906
ROMIJN, Clemens: Notice (sur CD) de l’enregistrement de J. P. Leusink
SCHMIEDER, Wolfgang: Thematisch-Systematiches Verzeichnis der Werke Joh. Seb. Bachs (BWV). Breitkopf & Härtel 1950-1973-1998
Édition 1973: pages 182-183
Literatur: Spitta - Schweitzer - Wolfrum II - Pirro - Parry - Voigt - Wustmann - Wolff - Terry - Neumann
Archives pour la recherche musicale 1937 (AfMf) - BJ 1906 - 1931 - 1932
SCHUHMACHER, Gerhard: Notice du coffret Das Kantatenwerk / Harnoncourt [Vol. 33]. 1984
SCHWEITZER, Albert: J.- S. Bach "Le musicien-poète". Foestich 1967, 8e édition. Pages203, 240
WHITTAKER, W. Gillies: The Cantatas of Johann Sebastian Bach. Sacred & Secular Oxford U.P. 1959-1985
Tome 1, page 237; tome 2, pages 120-125, 301
WOLFF, Christoph: Notice de l’enregistrement de Ton Koopman, volume 12. 2000
WUSTMANN, Rudolf: J.S. Bachs geistliche und weltliche Kantatentexte. Breitkopf & Härtel, 1913-1967. Pages 166-167
ZWANG, Philippe et Gérard: Guide pratique des cantates de Bach. R. Laffont 1982. ZK 77, page 149
Réédition révisée et augmentée. L’Harmattan 2005

 

DISCOGRAPHIE BWV 135

Les numéros 1] et suivants indiquent la chronologie discographique établie par Aryeh Oron (BCW).
DURÉE: Gönnenwein (16’50). Koopman (14’53). Leonhardt (14’10). Leusink (15’16). Neumann (17‘). Richter (14’38). Rilling (14’41). Suzuki (14’07).
BACH CANTATAS WEBSITE: Discographie établie par Aryeh Oron et complétée, autant qu’il ait été possible, par [CR].
8 références (juillet 2001 - décembre 2006) + 5 mouvements individuels (juillet 2001 - juillet 2006)
Exemples musicaux présentés par Aryeh Oron (janvier 2003 - janvier 2005)

1] GÖNNENWEIN. Süddeutscher Madrigalchor. Deutsche Bachsolisten. Kornweqthen / Stuttgart, juin 1963
Disque Cantate Bach-Studio 641216 et 651216. Avec BWV 29
Reprise disque SDG 6110112 (ca 1975). Avec BWV 29
6] KOOPMAN [Vol. 12]. The Amsterdam Baroque Orchestra and Choir. Mars 2000
CD Erato 8573-85842-2. Distribution en France, début 2002
8] KUIJKEN. La Petite Bande. Un par voix. Pas de chœur. Juillet 2005
CD Accent 25302. Volume 2. 2006. Avec BWV 93, 177
4] LEONHARDT. Knabenchor Hannover. Collegium Vocale. Leonhardt-Consort. 1983
Disque (F) Teldec Das Kantatenwerk [Vol. 33]. 6.35607-00-501-503 (SKW 33/1-2). 1984
CD (D). Teldec. Das Kantatenwerk - Sacred Cantatas, Vol. 7
CD. Teldec 242618-2 ZL. Das Kantatenwerk [Vol. 33] 1989
Reprises CD Teldec. Edition Bach 2000 (en coffret) et l’intégrale (en disques séparés), par Warner Classics 2007
5] LEUSINK. Holland Boys Choir / Netherlands Bach Collegium. Avril et septembre 1999
CD Brilliant Classics Bach Edition Vol. 5– Cantatas Vol. 2
CD Bach Edition 2006 (Reprise). CD Brilliant Classics III. 93102/10/56. Avec BWV 86, 167
2] RICHTER. Chœur et orchestre Bach de Munich. E. Mathis. D. Fischer-Dieskau. Mars et mai 1974 - janvier 1975
Disque Archiv Produktion 2533 329 (X). 1977. Avec BWV 10 et 24
Disque Archiv Produktion 2722 025 [Coffret Ascension, Pentecôte, Trinité, volume 3]
3] RILLING. Gächinger Kantorei Stuttgart. Bach-Collegium Stuttgart. Février, avril 1980
Disque (D). Die Bach Kantate. Hänssler Verlag. Laudate 98706
CD. Die Bach Kantate [Vol. 40]. Hänssler Classic. Laudate 98893. 1982. Avec BWV 7, 39
CD. Hänssler edition bachakademie [Vol. 42]. Hänssler-Verlag 92042. 1999
8] SUZUKI [Vol. 29]. Bach Collegium Japan & Concerto Palatino Brass Ensemble. Kobe (Japan) 25-29/6/2004
CD Bis-SACD 1461. 2005. Distribution en France, janvier 2006 Avec BWV 2, 3, 38

MOUVEMENTS INDIVIDUELS BWV 135
M-1. Mvt. 3]. R. Mauesberger. Gewandhausorchester Leipzig. Ténor: Peter Schreier. Disque Decca Eclipse. Fin des années 1960
M-2. Mvts. 1 et 6]. K. Richter. Ansbach Bach Festival Choir & Orchestra. Début des années 1970.
Disque puis CD Baroque Music Club
M-3. Mvts 1 et 6]. R. Leppard. Scottish Chamber Orchestra & Scottish Philharmonic Singers. CD Erato 1984
M-4. Mvts 1 et 6]. Elmer Iseler. Elmer Iseler Singers. CD CBC Enterprises. 1985
M-5. Mvt. 6]. Bernard Soustrot (trompette) et Jean Dekyndt (orgue). CD Jade. 2002

EN CONCERT
KUIJKEN. La Petite Bande. Festival de Beaune, le 22 juillet 2005 (Diffusion sur France Musique, le 27 août 2005)

 

ANNEXE BWV 135
WERNER NEUMANN

Notice de l’enregistrement de Wolfgang Gönnenwein (1963)
Disque Cantate / Bach-Studio 641216 (Mono) – 651216 (Stéréo). Traduction de Carl de Nys

La cantate pour le troisième dimanche après la Trinité « Ah, Seigneur, moi, pauvre pêcheur » appartient au cycle des cantates chorales dont les textes sont constitués par les strophes d’un cantique protestant pour un temps de l’année liturgique ; cette particularité confère à ces œuvres une unité formelle beaucoup plus serrée qu’à mainte autre cantate. Ce cycle a été composé pour l’essentiel pendant la deuxième année de Bach à Saint-Thomas ; la cantate présentée ici estune des premières ; elle fut probablement créée le 25 juin 1724, donc une bonne année après l’entrée en fonction du nouveau cantor.
Il n’y a que des rapports assez vagues entre l’évangile du dimanche (Luc 15, 1-10) rapportant la parabole de la brebis perdue et de la drachme perdue, et aussi entre l’épître de ce dimanche (1 Pierre 5, 6-11) exhortant le chrétien à s’en remettre à Dieu de ses soucis et le livret de cette cantate. Celui-ci décrit au contraire les souffrances de l’âme chargée de péchés et ne s’élève que vers la fin de la tristesse et de l’angoisse, voire du désespoir, à la consolation, la force et la louange de Dieu.
Le cantique qui est à la base de ce livret, le choral « Ach Herr, mich armen Sünder, straf mich nicht in deinem Zorn – Ah, Seigneur, moi, pauvre pêcheur, ne me frappe pas en ta colère » se trouve parmi les chants du temps de pénitence dans les recueils de l’époque de Bach. Son auteur est Cyriakus Schneegass (1597) qui l’a conçu comme une paraphrase du psaume 6 ; il a souvent conservé non seulement les idées, mais même les expressions du texte original. Le cantique est composé de cinq strophes auxquelles s’ajoute dans la sixième une doxologie trinitaire. L’auteur du livret a repris textuellement la première et la dernière strophe du choral ; la deuxième et la quatrième strophe sont devenues des récitatifs, la troisième et la cinquième des arias. En faisant cette adaptation le librettiste a gardé au maximum l’original dont il reprend toujours la première ligne de chaque strophe, mais dont il cite aussi toutes les expressions essentielles ou caractéristiques. Peu de livret des cantates chorales de Bach sont aussi largement identiques au texte du cantique ; il y en a peu aussi qui permettent de percevoir aussi clairement métrique de certaines strophes pour permettre leur composition sous forme de récitatifs et d’arias, sans altérer leur contenu et en gardant dans toute la mesure du possible les expressions caractéristiques. La cantate chorale permit ainsi à Bach de fondre en un tout les formes nouvelles du chant lyrique et le monde traditionnel de la mise en œuvre des chorals.
Les deux récitatifs, l’un pour ténor [2], l’autre pour alto [4], sont composés secco, mais le deuxième est introduit par une séquence arioso (adagio) liant le premier vers de la strophe du choral avec sa mélodie légèrement ornée. La mélodie est celle qui traditionnellement liée à ce cantique de pénitence « Herzlich tut mich verlangen – Ardemment je désire… » bien connue notamment par les Passions de Bach. A la fin du premier récitatif la mélodie du dernier vers du choral est également évoquée sous une forme variée à propos des mots empruntés au cantique « Ach, du Herr, wie so lange – Ah, toi Seigneur, combien de temps… ». Une marche chromatique de la basse, des mélodies agitées et des images typiquement baroques par leur mouvement « Schnellen Fluten – Flots rapides » - « abwärts rollen – rouler vers le bas » - Schrecken – terreur » sont les caractéristiques du premier récitatif.
L’aria de ténor [3] (ut majeur) situe la partie chantée au milieu d’un trio de bois (2 hautbois, basson) commençant sous forme de lied et se continuant par des imitations. Sur les dernières paroles de l’aria nous entendons à nouveau la mélodie du dernier vers du choral « So erfreu mein Angesicht – réjouissez mon visage », mais cette fois sur un texte libre. L’aria pour basse (la mineur [5] animée d’un mouvement ascendant énergique cite elle aussi, une fraction de la mélodie du choral, le deuxième vers sur les mots « Mein Jesus tröstet mich – Mon Jésus me console ». Bach lie ainsi toutes les formes vocales libres à la mélodie du choral ; on la retrouve en entier dans les deux mouvements extrêmes. Le dernier mouvement [6] est une simple harmonisation à quatre voix mais le premier chœur [1] est élargi aux dimensions d’une vaste fantaisie chorale. Le cantus firmus, divisé en fragment ligne par ligne entre lesquels s’intercalent des séquences d’orchestre, est confié exceptionnellement à la partie de basse ; chaque séquence chorale est introduite par un fragment instrumental où la mélodie du choral est confiée aux cordes contrepointées par les hautbois, d’une façon analogue à ce qui passe ensuite dans les parties vocales. On a ainsi l’impression d’une vaste alternance concertante instrumentale et vocale. L’élément unificateur est un motif emprunté à la première phrase du choral (à sa mélodie) que l’on entend sans cesse dans les parties instrumentales et vocales. Seul le cinquième vers du choral donne lieu à une mise en œuvre dans le style de l’imitation et du canon « Ach Herr, wollst mir vergeben – Ah, Seigneur, veuille me pardonner ». Il semble bien que ce soit là le premier mouvement de cantate de Bach dont le matériel thématique est le plus concentré et qui offre la plus forte unité de pensée ».

 

Contributed by Claude Role (June 2008)

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Last update: ýJuly 1, 2008 ý08:15:07