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C. Role. Juin 2011
Cantate BWV 111
WAS MEIN GOTT WILL, DAS G’SCHEH ALLZEIT
Que la volonté de Dieu se réalise en tout temps…
KANTATE ZUM 3. SONNTAG NACH EPIPHANIAS

Cantate pour le troisième dimanche après l‘Épiphanie
Leipzig, 21 janvier 1725
AVERTISSEMENT

Cette notice dédiée à une cantate de Bach tend à rassembler des textes (essentiellement de langue française), des notes et des critiques discographiques parfois peu accessibles (2011). Le but est de donner à lire un ensemble cohérent d’informations et de proposer aux amateurs et mélomanes francophones un panorama « espéré »  élargi  de cette partie de l’œuvre vocale de Bach. Outre les quelques « interventions « CR » signalées par des crochets [...] le rédacteur précise qu’il a toujours pris le soin jaloux de signaler sans ambiguïté le nom des auteurs sélectionnés dans la bibliographie. A cet effet il a indiqué clairement, entre guillemets «…» toutes les citations fragmentaires tirées de leurs travaux. Rendons à César...

ABRÉVIATIONS (A) = La majeur → (a moll) = la mineur
(B) = Si bémol majeur
BB / SPK = Bach Bibliothek / Staatsbibliothek Preussicher Kulturbesitz
B.c. = Basse continue ou continuo
BCW = Bach Cantatas Website
BD = Bach-Dokumente (4 volumes, 1975)
BGA = Bach-Gesellschaft Ausgabe = Édition par la Société Bach (Leipzig, 1851-1899). J. S. Bach Werke. Gesamtausgabe (édition d’ensemble) der Bachgesellschaft
BJ = Bach-Jahrbuch
(C) = Ut majeur (c moll) = ut mineur
D = Deutschland
(D) = Ré majeur (d moll) = ré mineur
(E) = Mi (Es) = mi bémol majeur
EKG = Evangelisches Kirchen-Gesangbuch.
(F) = Fa
(G) = Sol majeur (g moll) = sol mineur
GB = Grande-Bretagne = Angleterre
(H) = Si (h moll) = si mineur
NBA = Neue Bach Ausgabe (nouvelle publication de l’œuvre de Bach à partir des années 1954-1955)
NBG = Neue Bach Gesellschatf = Nouvelle société Bach (fondée en 1900)
OP = Original Partitur = Partition originale autographe
Ost. = Original Stimmen – Parties séparées originales
P = Partition = Partitur
PBJ = Petite Bible de Jérusalem
PKB = Preußicher Kulturbesitz, Staatsbibliothek, Berlin
St. = Parties séparées = Stimmen
La première lettre -en gras- d’un mot du texte de la cantate indique la majuscule de la langue allemande. Dans le corps de ce même texte allemand, le mot ou groupe de mots mis en italiques désignent un affect particulier ou un « accident remarquable.


DATATION BWV 111

Leipzig, dimanche 21 janvier 1725.
Conçue durant la deuxième année de Bach à Leipzig, cette cantate a été exécutée le 3e dimanche après l’Épiphanie, 21 janvier 1725. Elle fait partie d’un cycle de cantates-chorals (avec les cantates BWV 123, 124 et 125) basé sur le cantique luthérien.
BASSO [Jean-Sébastien Bach, volume 2, pages 595/596] : «…Opinions émises par certains spécialistes (Schering, en particulier) selon lesquelles les cantates BWV 9, 93, 97, 99, 100, 111 pourraient avoir été utilisées lors d’un service liturgique lié à une célébration de mariage…» [hypothèse reprise par Karl Geiringer]. 
DÜRR. Chronologie. 1725 : BWV 124 (7 janvier). BWV 3 (14 janvier). *BWV 111 (21 janvier). BWV 92 (28 janvier). BWV 125 (2 février). BWV 126 (4 février).
HERZ : 21 janvier 1725. Ancienne datation 1735-1744.
HIRSCH : Classement CN 111 (Die chronologisch Nummer). « Année II. Cantate chorale. Deuxième cycle des cantates de Leipzig (Jahrgang. II). Période allant du 11 juin 1724 au 27 mai 1725.
SCHWEITZER : Les cantates écrites après 1734.
SPITTA : 1735/1745. Cantate choral.


SOURCES BWV 111

PARTITION AUTOGRAPHE = ORIGINALPARTITUR
Mus. ms. Bach P 880 N. Krakow / Polen. Uniwersytet Jagiellonski. Biblioteka Jagiellonska.

BASSO [Jean-Sébastien Bach, volume 1, page 36] : « Ont été perdu les manuscrits d’un certain nombre de composition dont on connaissait l’existence et qui avaient été utilisés pour l’édition préparée pour la Bach-Gesellschaft : les partitions des cantates BWV 99, 111, 121, 123 et les parties séparées des cantates BWV 11 et 31 ». [volume 2, page 378] : « Partition perdue au cours du dernier conflit mondial ».
[Depuis les années 1960-1970, période où fut élaborée l’ouvrage d’Alberto Basso, la partition a été « retrouvée » à Cracovie… un exil lié aux « tribulations » de la Deuxième Guerre mondiale…]
BGA . (Alfred Dörffel, Leipzig, novembre 1876) : Titre : « Domin : 3 post Epiph | Was mein Gott will, sas g’scheh allzeit | à | 4 Voc : | 2 hautbois | 2 violini | viola | con | continuo | di Signor | J.S. Bach ».
BGA . (Alfred Dörffel, Leipzig, novembre 1876) : Titre : « Domin : 3 post Epiph | Was mein Gott will, sas g’scheh allzeit | à | 4 Voc : | 2 hautbois | 2 violini | viola | con | continuo | di Signor | J.S. Bach ».
BRAATZ [BCW, 1er février 2003] : « La partition autographe fit probablement partie de l’héritage de Wilhelm Friedemann Bach. [par nécessité liée à la guerre de 7 ans -1756-1763], il fut obligé de la vendre. Le propriétaire suivant « supposé » fut Johann Georg Nacke (1718-1809), cantor de la ville de Oelsnitz. Ses initiales « JN G » ainsi que l’année « 1762 » sont inscrites sur la partition. A la mort de ce dernier, la partition autographe et d’autres œuvres de Bach passèrent à son successeur Johann Gottlob Schuster (1765-1839) qui les vendit [à son tour] en 1833 à Franz Hauser [1794-1870). Musicologue, l’un des fondateurs de la BG.]. En 1904 La Bibliothèque impériale de Berlin [BB] acquit la collection de Hauser, collection dans laquelle était la partition autographe de la cantate. Durant la Deuxième Guerre mondiale [WW II] la partition fut mise à l’abri dans un monastère de Silésie, à Grüssau. Après la guerre, en 1946, elle fut enfin déposée à la Biblioteka Jagiellonska de Cracovie [Bibliothèque universitaire. Pologne] où elle est de nos jours.
Sur la page de titre, Bach a écrit : « J.J. Doica 3 post Epiphan. Was Mein Gott will, das g’ scheh allzeit »
SCHMIEDER : Partition (laquelle ?] et 8 parties séparées = 30 feuilles et 55 pages de musique, sous couverture. La partie de hautbois est manquante, les autres parties partiellement autographes.
SPITTA [Johann Sebastian Bach, volume 3, pages 285/286] : «…The « Half Moon Watermark » (filigrane représentant une demie lune) sur la première moitié de la feuille (l’autre demeurant en blanc) est caractéristique d’un grand nombre de cantates de la dernière partie des oeuvres de Bach”.

PARTIES SÉPARÉES = ORIGINALSTIMMEN
St 399 M. Précédemment à la Marburg, Staatsbibliothek puis à Berlin-Dahlem et enfin à la Berlin Deutsche Staatsbibliothek.

BGA : 11 parties et doubles :Violon I , II, Continuo, Organo in G (sol majeur).
BRAATZ [BCW, 1er février 2003] : « Il est probable que les parties séparées échurent à Anna Magdalena Bach qui en fit don à l’École Saint-Thomas de Leipzig… mais toutes traces d’elles ont disparu [mais qu’elle est donc la référence donnée par Werner Neumann : St. 399 M ?]. Les « doubles qui avaient été séparés d’elles furent [heureusement] conservés avec la partition autographe et elles sont aujourd’hui à Berlin [Berlin Deutsche Staatsbibliothek].
HERZ : Copistes repérés : AM (pour Anna Magdalena Bach, 1701-1760), WF (pour Wilhelm Friedemann Bach (1710-1784) et [peut-être] K, pour Johann Andreas Kuhnau.

ÉDITIONS
SOCIÉTÉ BACH = BACH-GESELLSCHAFT AUSGABE (BG)
BGA. Jg. XXIV (24e année). Pages 3 à 28. Préface d‘Alfred Dörffel, 1876. Cantates BWV 111 à 120.
[La partition BGA est dans le coffret Teldec Das Kantatenwerk, volume. 28. 1981].

NOUVELLE ÉDITION BACH = NEUE BACH AUSGABE (NBA)
KANTATEN SERIE I/ BAND 6. KANTATEN ZUM 3 UND 4 SONNTAG NACH EPIPHANIAS
Bärenreiter BA 5087. 1996. 6 fac-similés.
BWV 111. Sources Krakow/ Polen. Pages 27 à 56. Uniwersytet Jagiellonski. Biblioteka Jagiellonska. Bl. 1r, début [1] Mus. ms. Bach P 880
Kritischer Bericht (commentaires). BA 5087 41. Ulrich Leisinger : BWV 111, 156 et 81.

AUTRES ÉDITIONS
BÄRENREITER classics. | Bach | Bärenrteiter Urtext.
Sämtliche Kantaten 3. Bärenreiter TP 1283. 2007. Serie I. Band 6. Kantaten zum Sonntag 3 und 4 nach Epiphanias.
BWV 111. Pages 29 à 56. Herausgegeben Ulrich Leisinger.
BCW. Partition de la BGA + Réduction chant et piano.
BREITKOPF & HÄRTEL. Partition = PB 2961. Réduction chant et piano = EB 7111. Partition du chœur (Chorstimmen) = ChB 1855. Révision des parties de l’orchestre, les parties vocales, l’orgue et le clavecin, par Max Seiffert.
2011 : Réduction chant et piano (28 pages) = EB 7111. Partition du chœur = Chorpartitur (8 pages) = ChB 4611.
CARUS. Partition (76 pages) = Stuttgarter Bach-Ausgaben = Partitur CV 31.111/01. Partition d’étude = Studienpartitur = CV 31.111/07. Réduction chant et piano = Klavierauszug = CV 31.111/03. Partition du chœur = Chorpartitur = CV 31.111/05. Harmonie = Harmoniestimmen = CV 31.111/09 + Hautbois I et II = CV 31.111/21 et 22. Parties séparées = Vl. I, II, Vcl. = CV 21.111/11 à 14.
KALMUS STUDY SCORES. N° 836. Volume XXXII. New York 1968. BWV 110 à 112.


PÉRICOPE BWV 111

Troisième dimanche après l’Épiphanie.
MISSEL ROMAIN. IIIe dimanche après l’Épiphanie: Le Christ est venu nous enseigner le chemin du salut…
Introït. Psaume 97, 7 et 8 [PBJ. 892]. Yahvé, maître de l’univers et vainqueur des faux dieux.
Épître. Romains 12, 17-21 [PBJ. 1684]. Charité envers tous les hommes, même les ennemis.
Graduel. Psaume 102, 16 et 17 [PBJ. 896]. Prière dans le malheur.
Évangile. Matthieu 8, 1 à 13 [PBJ. 1464-1465]. Guérison d’un lépreux. Guérison du serviteur d’un centurion de Capharnaüm.

EKG. 3. Sonntag nach Epiphanias.
Entrée. Luc 13, 29 [PBJ. 1562] : « Et on viendra du levant et du couchant, du nord et du midi, prendre place au festin dans le royaume de Dieu ».
Psaume 97, 7 et 8 [PBJ 892]. Yahvé, maître de l’univers et vainqueur des faux dieux.
Lied. EKG 189 « Lob Gott den Herrn…». Melchior Vulpius, 1609, d’après le psaume 117.
Épître. Romains 12, 17 à 21 [PBJ. 1684].
Évangile. Matthieu 8, 1 à 13 [PBJ. 1464-1465]. Guérison du serviteur d’un centurion de Capharnaüm.

[Même occurrence avec les cantates BWV 72 20 janvier 1726, 73 (23 janvier 1724), et 156 (23 janvier 1729).


TEXTE BWV 111

Markgraf Albrecht von Brandenburg, Albrecht von Preußen et un poète inconnu.
Cantique en quatre strophes (de huit vers chacune) Was mein Gott will, das g‘scheh allzeit (1554). La quatrième strophe est un ajout plus tardif.
On retrouve la première strophe dans les cantates BWV 72/1 et 114/6 puis dans la Passion selon saint Matthieu, BWV 244/25.

La mélodie empruntée à une chanson profane de « Il me suffit de tous mes maulx » de Claudin de Sermizy (1528) et publiée par Pierre Attaignant vers 1530. Elle se retrouve dans les cantates BWV 65/7, 72/6 (mélodie et le texte de la première strophe), 92/1, 103/6 et 144/6 (mélodie et texte de la première strophe).
La mélodie paraît également dans un recueil à Anvers (Geistlich Antwerpen, 1540) associée à un texte inspiré par le psaume 129 [PBJ 925].
Renvoi au cantique EGK 280 Was mein Gott will, das g‘scheh allzeit. Les quatre strophes (1554-1555).
BCW : Utilisation de la mélodie et (ou) du texte par d’autres compositeurs : Zachow (pièce d’orgue),Schütz (SWV 392), Schein, Pachelbel, Kindermannn, Telemann (cantate TWV1 : 1529) et Mendelssohn, sonate pour orgue, opus 65/1 (1827), etc.

1]. Markgraf Albrecht von Brandenburg ( ?) Albrecht von Preußen. Lied, strophe 1.
2] Auteur inconnu. Remaniement des strophes 2 et 3 du cantique d’Albrecht von Preußen.
3] Auteur inconnu. Remaniement des strophes 2 et 3 du cantique d’Albrecht von Preußen.
4] Auteur inconnu.
5] Auteur inconnu. Remaniement des strophes 2 et 3 du cantique d’Albrecht von Preußen.
6]. Markgraf Albrecht von Brandenburg ( ?) Albrecht von Preußen (Bomba). Lied, strophe 4 conservée.
Ici, le texte de la strophe 4 est l’ajout d’un auteur inconnu. Nuremberg vers 1555 ?

BASSO [Jean-Sébastien Bach, volume 2, page 378] : Cantique composé en 1547 et qui a été publié ensuite en 1554, avec l’ajout d’une strophe supplémentaire.
BOMBA : «…le même début du lied du duc Albrecht von Preußen (1547), avec une strophe supplémentaire 1554).
« Il s’agit d’une cantate-choral. Comme d’habitude, Bach conserve les strophes extrêmes pour les placer dans un large chœur introductif, voire un choral final à quatre voix. Un poète dont l’identité ne nous est pas connue, comme cela fut le cas la plupart du temps, a exécuté le remaniement des deux strophes restantes en récitatifs et airs. Cet auteur n’a pas directement recours à l’Évangile lu ce jour (Matthieu 8, 1 à 13), à la différence de la cantate jouée l’année d’avant (BWV 73) mais se concentre plutôt sur le raisonnement du texte du choral en ne mettant en rapport avec des passages de la Bible qu’il aura choisi librement. Dans [3], il fait ainsi allusion au Prophète Jonas. Certes, il existe un rapport direct entre le texte du choral et l’Évangile, Jésus qui s’étonne de la foi du capitaine de Capharnaüm, conforte celui-ci dans son opinion : « Es soll geschehen, wie du geglaubt hast ». La réponse est alors donnée par le choral « Was mein Gott will, das g’ scheh allzeit ».
BOYER [Les mélodies de chorals dans les cantates de J.-S. Bach, pages 330/331] : «…La cantate BWV 92, mouvements 1, 2, 7 et 9 (jouée à Leipzig le 28 janvier suivant, est élaborée intégralement sur la [même] mélodie Was mein Gott will, das g‘scheh allzeit ».
HOFMANN : «…Cette cantate trouve apparemment sa source dans un concept littéraire et musical où l’adaptation musicale réalisée par Bach reprend la première et la dernière strophe du choral avec le même texte et la même mélodie alors que les autres strophes sont remaniées en une succession de récitatifs et d’airs. Le nom de l’auteur du texte est inconnu mais l’on croit cependant qu’il pourrait s’agir de l’ancien directeur adjoint de la Thomasschule, Andreas Stübel (1653-1725). Le fondement de la cantate est basé sur le choral Was mein Gott will… du duc Albrecht von Preussen (1490-1568), le dernier « grand maître » de l’Ordre Allemand qui introduisit la Réforme en Prusse. La mélodie, d’origine séculaire [profane] a été composée par le clerc et chef de chœur Claudin de Sermisy (vers1495-1562) de Paris ».
MACIA [Tout Bach, pages 180/181] : « Le cantor et son librettiste (le pasteur Christian Weiss ?) ont choisi pour cette cantate-choral un cantique sans rapport avec l’évangile du jour… La première et la dernière strophe du choral sont reprises textuellement dans les mouvements extrêmes [1 et 6], les autres étant paraphrasées dans les mouvements intermédiaires…»


GÉNÉRALITÉS BWV 111

BASSO [Jean-Sébastien Bach, volume 2, pages 595/596] : « Cantates nuptiales… les opinions émises par certains spécialistes (Schering en particulier) selon lesquelles les cantates BWV 9,93, 97, 99, 100 et 111 pourraient également avoir été utilisées lors de cérémonies liturgiques de ce type, ne sont que pures déductions qu’aucun document ne vient étayer ».
CANDÉ : «… Cantate, comme BWV 92, fondée sur le même mélodie du cantique empruntée à une chanson de Claudin de Sermisy, Il me suffit de tous mes maulx, publiée par Attaignant en 1529. On la retrouve dans BWV 65, 144, 103, 72, simple choral à quatre parties et dans la Passion selon Saint Matthieu ».
GEIRINGER [Jean-Sébastien Bach, note 178 de la page 368] : « A part ces cantates [dont BWV 51 et 34a] écrites pour des mariages, les BWV 194, 196, 197 comme BWV 120a conservé seulement en partie, avaient la même destination. Il se peut aussi que Bach ait employé dans ces occasions d’autres cantates dont le texte s’y prêtait, telles que les n° 97, 100, 9, 93, 99, 111, ou des chorals de mariage (BWV 250-252). Cf. Hudson, page 7.
WHITTAKER [The Cantatas of Johann Sebastian Bach. Sacred & Secular, page 402] : « On demeurera toujours étonné de la merveilleuse puissance créatrice de Bach, qu’aucune difficulté ne semble rebuter en dépit de ce mélange de récitatif et de choral si souvent présents dans ce type de cantate…»


DISTRIBUTION BWV 111

NEUMANN. Solo ; Sopran, Alt, Tenor, Baß. – Chor. Oboe I, II ; Streicher ; B.c.
SCHMIEDER. Soli : S, A, T, B. Chor : S, A, T, B. Instrumente : Oboe I, II ; Viol. I, II ; Vla. ; Continuo.

BOMBA : «… Le morceau présent est plutôt d’un petit format en ce qui concerne son ampleur et les moyens utilisés sans pourtant être de valeur moindre ».


APERÇU BWV 111

1] CHORALCHORSATZ. BWV 111/1
WAS MEIN GOTT WILL, DAS G’SCHEH ALLZEIT, | SEIN WILL, DER IST DER BESTE ; | ZU HELFEN DEN’N IST BEREIT, | DIE AN IH N GLÄUBEN FESTE [R. Wustmann : renvoi à la cantate BWV 72/6 : „dem er ist bereit, der an ihn glaubet“]. || ER HILFT AUS NOT, DER FROMME GOTT, | UND ZÜCHTIGET MIT MAßEN ; || WER GOTT VERTRANT, FEST AUF IHN BAUT, | DEN WILL ER NICHT VERLASSEN.

Que la volonté de Dieu se réalise en tout temps, / Ce qu’il veut, c’est pour le mieux; / Il est prêt à aider / Ceux qui croient fermement en lui, / Il aide dans la détresse, le Dieu de piété, / Et punit avec modération; / Celui qui a confiance en Dieu, qui compte / fermement sur lui, / Il ne l’abandonnera pas.

Strophe 1 conservée mot pour mot du cantique Was mein Gott will, das g‘scheh allzeit du Markgraf Albrecht von Brandenburg, Albrecht von Preußen.

La mineur (a moll), 136 mesures, ¢
BGA. XXIV. Pages 3 à 15. Cantate | Am dritten Sonntage nach Epiphanias. | CHOR. | Oboe I. | Oboe II. | Violino I. | Violino II. | Viola. | Soprano. | Alto. | Tenore. Basso. | Continuo. Dal Segno.
NEUMANN. Chor, Gesamtinstrumentarium. Parties instrumentales indépendantes avec rotournelle. Parties vocales encastrées. Cants firmus au soprano. Introduction instrumentale aux mesures 1 à 16 et reprise en postlude. Entrée des voix : S, T, A, B..

BASSO [Jean-Sébastien Bach. Volume 2, page 378] : «…Le chœur d’introduction a un caractère relativement simple : il s’agit d’un morceau concertant sur cantus firmus (au soprano) en notes longues et avec interventions imitatives en valeurs – pour la plupart diminuées de moitié - des autres voix homophoniquement disposées. Un morceau instrumental de seize mesures fait tout à la fois office de prélude et de postlude, le da capo étant proposé sitôt après l’énoncé du 8e et derniers verset et, avec plus d’ampleur, au terme de chaque distique (mais au terme du premier distique on trouve une reprise littérale des 16 mesures d’introduction) ».
BOMBA : «…Le début du chœur introductif avec ses accords diminués joués par les cordes et son mouvement final agité n’est pas sans rappeler la cantate créée à peine deux mois auparavant, BWV 26. Ceci est peut-être dû à un pur hasard, bien que de tels actes inconscients ne peuvent pas entrer en ligne de compte chez Bach, surtout dans le domaine de la musique qui encadre les sermons sous forme de cantates…. Ce chœur est un arrangement de choral détaillé et intégré à une page instrumentale obligée. Les instruments qui ne cessent de se distinguer de manière concertante sont les hautbois et les cordes, le choral est interprété vers après vers par le soprano alors que les voix inférieures pré-imitent [?] les vers, établissent un lien avec la page instrumentale de par leur thématique et renforcent à l’occasion les vers de choral ».
BOYER [Les cantates sacrées de Jean-Sébastien Bach] : «…Élaboration de choral de type II avec ritournelle d’orchestre indépendante…Incrustation du choral sur MDC 105 dans une ritournelle aux rythmes joyeux (deux doubles croches, croches, croches), véritable concerto pour hautbois et cordes…»
[Les mélodies de chorals dans les cantates de J.-S. Bach, pages 330/331] : «…incrustation de la mélodie dans une ritournelle orchestrale fortement rythmée confiée à deux hautbois, aux cordes et à la basse continue. Le cantus firmus est exposé par le soprano en valeurs longues (blanches) tandis que les trois voix inférieures dessinent des imitations serrées. La strophe progresse, verset par verset, laissant aux instruments (cordes) le soin de dérouler une trame continue…»
CANDÉ : «…Cantate, comme BWV 92, fondée sur le même mélodie du cantique (EGAGCCBC) a été emprunté à une chanson de Claudin de Sermisy, Il me suffit de tous mes maulx, publiée à Paris par Pierre Attaignant en 1529 ».
CANTAGREL [Les cantates de J.-S. Bach.] : «…portique de vaste dimension énonçant le cantique période après période, largement espacées. Le soprano, en augmentation, assure le cantus firmus et les trois autres voix procèdent par imitations, au sein d’une riche sinfonia instrumentale… expression de la joie chez Bach…le début de la ritournelle évoque grandement le début de la cantate BWV 26 dans la même tonalité de la mineur… dans les deux cantates [BWV 111 et 26] le chœur d’entrée est construit de façon semblable…» 
FINSCHER : «…La première strophe du cantique revêt l’aspect d’un grand chœur constituant une composition sur le choral… mélodie du cantique en valeurs de notes longues confiées au soprano, qui est accompagné des voix se livrant tantôt à des imitations par anticipation ou après coup, tantôt librement. Des versets mélodiques identiques (les vers de la strophe suivent le schéma ab, ab, ce, ab) se présentent dans la même écriture à quatre voix et avec le même accompagnement orchestral : l’unité ainsi obtenue est encore rehaussée par le fait que l’orchestre ne cesse pas de répéter et de varier sa ritournelle dotée de motifs autonomes et bâtie sur le rythme d’anapeste [pied de vers composé de deux brèves et d’une longue]) caractéristique de Bach. Les motifs et la sonorité de cette ritournelle donnent au mouvement son caractère solennel, rappelant de loin le type de l’ouverture à la française [anapeste, précisément ?] ».
HOFMANN : «…Le chœur initial se déroule pour ainsi dire sur deux niveaux. L’un est celui d’un mouvement de concerto pour deux hautbois, cordes et continuo dans lequel le matériau thématique aux contours nets annoncés par l’orchestre au début de mouvement est développé. L’autre est celui du chœur auquel Bach donne la facture d’un motet religieux traditionnel : la mélodie de l’hymne est exprimée au soprano par de longues valeurs de notes alors que les trois autres voix l’accompagnent en imitation stricte dont le thème est à chaque fois exprimé au début du vers à l’exception cependant du vers [Er hilft aus Not / Dans le malheur, il aide] que Bach traite de manière homophone en même temps qu’il complexifie le déroulement harmonique en accord avec le texte. L’intensité particulière de cette apparition musicale provient de cette superposition créative de deux types d’écriture on ne peut plus éloignés ».
MACIA [Tout Bach, pages 180/181] : «…Le chœur d’entrée, en la mineur, combine un brillant concertato pour deux hautbois, cordes et continuo, et un motet choral à l’ancienne avec cantus firmus en valeurs longues aux sopranos, les autres voix chorales intervenant soit en imitation, soit en contrepoint libre…»
NEUMANN : «…Parties instrumentales indépendantes (ritournelles encastrées). Sopran (C.f.) et imitation thématique du choral aux instruments ».
SCHWEITZER [J.S. Bach, ,volume 2, page 360 et « l’accentuation », page 397 avec exemple musical] : « Dans la cantate pour le troisième jour après l’Épiphanie, dans l’introduction, du chœur, l’accompagnement animé (fondé sur le motif de la « joie ») montre que Bach traduit non pas les paroles du choral dans le sens d’une placide soumission mais dans celui d’une joyeuse et confiante ferveur. Le chœur dans lequel les violons ont cette démarche [+ Exemple musical aux mesures 9 et 10] doit être chanté de façon jubilatoire et triomphante ».
WHITTAKER [The Cantatas of Johann Sebastian Bach. Sacred & Secular, page 402] : « Il y a huit vers [dans cette strophe], la première et la deuxième sont repérées aux lignes 3 puis à nouveau en lignes 7 et 8…»


2] ARIA BAß. BWV 111/2
ENTSETZE DICH, MEIN HERZE, NICHT, / GOTT IST DEIN TROST UND ZUVERSICHT / UND DEINER SEELE LEBEN. | JA, WAS SEIN WEISER RAT BEDACHT, / DENN KANN DIE WELT UND MENSCHENMACHT / UNMÖGLICH WIDERSTREBEN.

Ne t’épouvante pas, mon cœur, / Dieu est ton réconfort et ton espoir / Et la vie de ton âme. / Ce que son sage conseil a pris en compte / Ni le monde ni la puissance humaine / Ne pourront s’y opposer.

Mi mineur (e moll), 55 mesures, C
BGA. XXIV. Pages 16 à 18 | ARIE. | Basso. | Continuo.
NEUMANN. Aria, Basse et B.c. avec citation du choral (phrases 3 et 4 du précédent). Sans da capo

BOMBA : «… Le choral [1] est également cité dans l’air de basse avec le texte et la mélodie des deuxièmes et troisièmes vers. Le motif hésitant ouvrant l’air du continuo semble vouloir illustrer l’épouvante dont il est question dans le texte - un geste d’arrêt momentané et d’autodéfense.».
CANTAGREL [Les cantates de J.-S. Bach.] : «…Sur le seul soutien des phrases entrecoupées du continuo, comme haletante…c’est le premier vers de la deuxième strophe du cantique… chantée sur le thème même de la mélodie du choral, mais ornée… Figuralismes de longues vocalises chantournées sur les mots « Seele – âme » et « widerstreben – opposer ».
FINSCHER : «…L’air de basse n’est accompagné que de la basse continue dont la ritournelle à quatre temps sert de fond, dans une constante répétition revêtant presque l’aspect d’un ostinato, à la toute simple disposition tripartite du mouvement ; au-dessus de cette couche de fond la voix interprète emphatiquement le texte dans tous ses détails (« entsetze - effraie », « Welt - monde », « widerstreben - s’y opposer ») et, paraphrase la mélodie du choral sur les paroles « Gott ist dein Trost und Zuversicht / Und deiner Seele Leben ». 
HOFMANN : «…On retrouve également [comme dans 1] une expérience formelle pour ainsi dire… bien qu’il s’agisse plutôt du fait du librettiste : dans le verset de l’air da capo, on retrouve au deuxième vers, une citation du choral Gott ist dein Trost und Zuversicht. Bach le traite comme une variation de la ligne mélodique correspondante et appuie la suite libre du librettiste « und deiner Seelen Leben / Et de ton âme la vie » sur le chant. Les auditeurs leipzigois ont sans aucun doute reconnu la citation, tant littéraire que musicale ».
LEMAÎTRE : « L’air de basse, de forme A-B-A’ est assis sur une formule de quatre mesures du continuo qui l’apparente à une passacaille…»
MACIA [Tout Bach, pages 180/181] : « Seul le continuo accompagne la basse dans son aria en mi mineur, mais au gré d’un motif ostinato de quatre mesures apparentant le mouvement à une passacaille… Après l’emphase du début de l’aria, Bach introduit au deuxième vers une citation du choral « Gott ist dein Trost und Zuversicht » en harmonie avec le poème que les fidèles de Leipzig ont sans doute facilement identifié …»
WHITTAKER [The Cantatas of Johann Sebastian Bach. Sacred & Secular, page 402] : « une coupure entre les mots « Entsetze » et « dich »
et dans la première phrase du continuo est un autre symbole de peur, en dépit du thème de la mélodie principale…» [+ Exemple musical].


3] REZITATIV ALT. BWV 111/3
O TÖRICHTER! DER SICH VON GOTT ENTZIEHT / UND WIE EIN JONAS DORT / VOR GOTTES ANGESICHTE FLIEHT ; / AUCH UNSER DENKEN IST IHM OFFENBAR, / UND UNSERS HAUPTES HAAR / HAT ER GEZÄLHET. / WOHL DEM, DER DIESEN SCHUTZ ERWÄHLET / IM GLÄUBIGEN VERTRAUEN. / AUF DESSEN SCHLUß UND WORT / MIT HOFFNUNG UND GEDULD ZU SCHAUEN.

Combien fou est celui qui se détourne de Dieu / Et comme un Jonas / Fuit devant Dieu ; / Il connaît aussi nos pensées. Et il a même compté / Les cheveux de nos têtes. / Bienheureux celui qui a choisi sa protection / Dans la confiance de la foi / Et dans l’attente du dernier moment et de l’ultime parole / Plein d’espérance et de patience.

Jonas 1, 3 [PBJ. 1412] : Jonas prophète mais rebelle à sa mission. Célèbre figure de l’Ancien Testament. Jeté à la mer il séjourne trois jours et trois nuits dans les entrailles d’un grand poisson suscité par Yahvé…

Si mineur (h moll) si mineur (h moll), 12 mesures, C
BGA. XXIV. Page 18 | RECITATIV. | Alto. | Continuo.
NEUMANN. Rezitativ secco. Alt, B.c.

PIRRO [L'esthétique de Jean-Sébastien Bach - Formation des motifs, pages 57/58] : «…Les mots qui désignent la folie sont liés aussi à des formules mélodiques dissonantes. Ils sont accompagnés d’un motif contourné qui module par soubresauts… » [+ Exemple musical sur « O Thörichter ». BG. XXIV, page 18]. Renvoi à la cantate BWV 94/4 sur les mots « Bertöte Welt - monde insensé ».


4] ARIE. DUETT ALT, TENOR. BWV 111/4
SO GEH ICH MIT BEHERZTEN SCHRITTEN, / AUCH WENN MICH GOTT ZUM GRABE FÜHRT. | GOTT HAT DIE TAGE AUFGESCHRIEBEN, / SO WIRD, WENN SEINE HAND MICH RÜHRT, / DES TODES BITTERKEIT VERTRIEBEN.

Je marche ainsi d’un pas résolu / Même si Dieu me mène à ma tombe. / Dieu a fixé le nombre de mes jours, / Mais quand sa main me touchera, / L’amertume de la mort se sera enfuie.

Premier Livre de Samuel 15, 32 [PBJ. 375] : « Vraiment, la mort est amère ! » [Source Werner Neumann].
La deuxième strophes du cantique est paraphrasée dans cette aria.

Sol majeur (G Dur), 222 mesures, 3/4
BGA. XXIV. Page 19 à 26 | ARIE. Duett. | Violino I. | Violino II. | Viola. | Alto. | Tenore. | Continuo.
NEUMANN. Duo alto et ténor. Cordes. Avec Da capo. Prélude instrumentale, mesures 1 à 24. Continuo : orgue à l’octave (8va).

BASSO [Jean-Sébastien Bach. Volume 2, page 274] : Rythme de danse. [page 378] : «…duo en rythme saccadé aux allures de danse…»
BOMBA : « Les cordes accompagnées du violon soliste poursuivent leur vie en « behertzen Schritten -pas résolus » en rythme pointé et en lignes ascendantes et descendantes. Il semble être certains que Dieu -sous forme d’un fondement de basse en points d’orgue -zum Grabe führt - le mène à la mort… on est tenté de faire le rapprochement avec une situation semblable, à savoir celle de l’air du ténor, n° 20 de la Passion selon Saint-Matthieu, dans lequel les hautbois doivent aider le chanteur qui accompagne Jésus à Gethsémani, à rester éveillé ».
BOYER [Les cantates sacrées de Jean-Sébastien Bach] : «…page ample et dansante à la ritournelle facilement mémorisable… s’assombrissant légèrement sur « Zum Grabe » et sur « des Todes Bitterkeit ». Renvoi à la cantate BWV 156/2 pour ce même dimanche d’Épiphanie sur le mot « Grabe »
CANTAGREL [Les cantates de J.-S. Bach.] : «…C’est une véritable marche spirituelle qu’entonnent l’alto et le ténor… Tout cet air est soutenu par un rythme pointé (croche pointée, double croche) où se relayent violons, altos et continuo. C’est à peine si, … une ombre passe à l’évocation de la tombe (Grabe) et l’amertume de la mort (Todes Bitterkeit) ».
DÜRR : Duo à caractère de danse.
FINSCHER : « Revêtant d’amples proportions et témoignant de sensualité sonore, le duo illustre par sa tonalité, ses points d’orgue, ses rythmes pointés et son fréquent recours à une conduite en canon des parties vocales les « beherzten Schritt - pas résolus » dont il est question dans le texte ».
HOFMANN : « Le duo d’alto et de ténor dans lequel il est question du pas « intrépide » vers sa propre mort, irradie un optimiste chrétien dans lequel la promesse de la résurrection et de la vie éternelle est certaine mais qui, d’un point de vue musical, demeure une structure étrange qui demande une explication, voire une résolution. Le rythme pointé qui symbolise peut-être de manière évocatrice le « pas intrépide » joué d’abord par l’orgue… au continuo puis par les seconds violons et l’alto semble quelque peu mystérieux. Les arpèges ascendants soudains du premier violon, ont-ils une signification ? De plus, les motifs à l’ambitus déduit de doubles-croches joués dans le registre grave du premier violon proviennent-ils des sinuosités liées à l’écriture évoqué par le texte « Gott hat die Tage aufgeschrieben ». Bach nous laisse ici une énigme musicale à laquelle nous attendons toujours la réponse ».
LEMAÎTRE : «structure da capo… accompagnement des cordes en rythmes pointés et en arpèges ».
MACIA [Tout Bach, pages 180/181] : «…un grand duo très sensuel pour alto et ténor… Les rythmes pointés et les pédales des instruments, tout comme les passages en canon pour les voix, illustrent parfaitement les « pas résolus » [Beherzten Schritten] du chrétien avançant avec confiance vers la tombe… Dans la partie centrale du duetto, les doubles croches des violons dans le grave renvoient peut-être au rythme de l’écriture, allusion aux vers : « Dieu a fixé mes jours par écrit ».
PIRRO [L'esthétique de Jean-Sébastien Bach – La formation rythmique des motifs, pages 97/98] : «…Si dans un groupe formé de deux notes, la seconde est de valeur moindre que la première, l’élément rythmique ainsi composé correspond à des idées de puissance et de grandeur. La mélodie procède majestueusement, rebondit avec une régularité magnifique dont la progression paraît défier toute résistance. C’est, dans une suite de chocs et d’élans vigoureux, le jeu d’une énergie sans cesse renouvelée qui agit infatigablement. Il y a dans ce rythme, quand il est continu, comme une ostentation de force, ainsi que dans les mouvements rudement détendus, dans la vigueur exagérée déployée, à la parade, par une troupe qui fait montre de courage et d’endurance… Par ce procédé , Bach donne une cadence décidée à cette fière déclaration : « Je marche à pas courageux, même si Dieu me conduit au tombeau ». [+ Exemple musical sur « So geh ich mit beherzten Schritten », BG. XXIV, page 20].
[Le commentaire de l’accompagnement instrumental, page 180] : « L’énergie pompeuse des motifs pointés est aussi nettement caractérisée dans l’accompagnement que dans le chant. Dans l’accompagnement de l’air en duo… le premier violon annonce le thème fortement rythmé que les voix chanteront sur ces paroles : « Je marche à pas courageux, même si Dieu me conduit au tombeau ». De plus la basse marque vigoureusement la cadence avec opiniâtreté. Voici l’esquisse de la première partie de cette introduction » : [+ Exemple musical, BG. XXIV, page 19].
SCHWEITZER [J. S. Bach, pages 360/361] : « Ce duo se présente comme une marche résolue et majestueuse… Les voix sont accompagnées quand elles entrent par les figurations des premiers violons [+ Exemple musical].


5] REZITATIV SOPRAN. BWV 111/5
DRUM WENN DER TOD ZULETZ DEN GEIST / NOCH MIT GEWALT AUS SEINEM KÖRPER REIßT, / SO NIMM IHN, GOTT, IN TREUE VATERHÄNDE ! / WENN TEUFEL, TOD UND SÜNDE MICH BEKRIEGT / UND MEINE STERBEKISSEN / EIN KAMPFPLATZ WERDEN MÜSSEN, / SO HILF, DAMIT IN DIR MEIN GLAUBE SIEGT ! / O SELIGES, GEWÜNSCHTES ENDE !

Quand la mort extirpera encore au dernier moment / Avec violence l’esprit de mon corps, / Dieu, prends-le dans tes mains fidèles de Père ! / Si le diable, la mort et les péchés luttent contre moi / Et si les coussins de mon lit de mort / Deviennent un lieu de combat, / Aide-moi afin que ma foi triomphe en toi ! / Ô fin bienheureuse et tant attendue !

Fa majeur (F) → la mineur (a moll), 12 mesures, C
BGA. XXIV. Page 27 | RECITATIV. | Oboe I. | Oboe II. | Soprano. | Continuo.
NEUMANN. Avec arioso (marqué adagio) aux mesures 9 à 12, sur les paroles „siegt… O seliges, gewünschtes Ende“.

BASSO [Jean-Sébastien Bach. Volume 2, page 378] : le récitatif se termine par une suave invocation à la mort en style arioso ».
BOMBA : «…Effectif très inhabituel composé de deux hautbois venant rejoindre la basse continue. Les sons tenus des deux instruments à vent se mettent en mouvement dès que le texte parle de « Seiligen, gewünschten Ende ». Des motifs de gémissements, une large appoggiature ainsi qu’un ton final qui est tenu longuement, soulignent ce contenu avant que le merveilleux mouvement de choral ne termine cette cantate ».
FINSCHER : « le récitatif… décrit le chemin menant du « Kampfplatz - lieu de combat » de l’agonie à la félicité de la mort par une évolution conduisant d’accords de hautbois auquel le chromatisme confère des accents acérés à un tendre arioso ».
HOFMANN : «…Le récitatif s’ouvre par un arioso remplit d’une aspiration à la mort ».
MACIA [Tout Bach, pages 180/181] : «…récitatif de soprano avec hautbois… assorti de chromatismes lorsqu’il est question de « bataille » avec Satan… il se mue ensuite en superbe arioso…»


6] CHORAL. BWV 111/6
NOCH EINS, HERR, WILL ICH BITTEN DICH, | DU WIRST MIR’S NICHT VERSAGEN : / WENN [W. Neumann = BG : „Wann“] MICH DER BÖSE GEIST ANFICHT, / LAß MICH DOCH NICHT VERZAGEN. | HILF, STEUR UND WEHR, ACH GOTT, MEIN HERR, || ZU EHREN DEINEM NAMEN. / WER DAS BEGEHRT, DEM WIRD’S GEWÄHRT ; / DRAUF SPRECH ICH FRÖLICH : AMEN.

Seigneur, j’ai encore une prière / Que tu ne pourras pas me refuser : / Si l’esprit malin m’attaque, / Ne me fais pas perdre courage. / Aide-moi, guide-moi et défends-moi, ah Dieu, mon Seigneur, / En l’honneur de ton nom. / Celui qui souhaite ceci sera exaucé ; / C’est pourquoi je m’écrie dans la joie : Amen !

Quatrième strophe du cantique du Markgraf Albrecht von Brandenburg (1547). La mélodie se retrouvent dans les cantates BWV 65, 72, 92, 103 et 144.

La mineur (a moll / äolisch oder dorisch), 26 mesures, C
BGA. XXIV. Page 28 | CHORAL. | Soprano. / (Oboe I .II) Violino I. col Soprano. | Alto. / Violino. Coll’ Alto. | Tenore. / Viola col Tenore. | Basso. | Continuo.
NEUMANN. Simple choral harmonisé à quatre voix avec l’ensemble instrumental. Chœur

BOYER [Les cantates sacrées de Jean-Sébastien Bach] : …Choral simplement harmonisé sur mélodie de choral (MDC) 105 de type I.
[Les mélodies de chorals dans les cantates de J.-S. Bach, pages 330/331] : «…Harmonisation colla parte…»


BIBLIOGRAPHIE BWV 111

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ORON, Aryeh : Discussion 1] 26 janvier 2003. 2] 18 février 2007. 3] 17 janvier 2010.
Mélodie du choral Was mein Gott will, das g’scheh allzeit. Thomas Braatz & Aryeh Oron, janvier 2006 - juillet 2009.

ALLIHN, Ingeborg : Brève notice de l’enregistrement Ramin/ Berlin Classics. 1997 (anglais-allemand)
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Voir aussi le NET : Classics/faculty/bach/BWV
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Volume 2, pages 253, 274, 337, 368, 378, 379 et 596
BLANKENBURG, Walter : Notice du coffret volume I. Bach Cantatas, Advent and Christmas. Archiv Produktion. 1993  
BOMBA, Andreas : Notice de l’enregistrement Hänssler / Rilling / edition bachakademie, volume 35. 1999
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Breitkopf n° 3765 : 389 Choralgesänge für vierstimmigen gemischten Chor (sans date). Classement alphabétique. N° 345 (346 à 348).
CANDÉ, Roland de : Jean-Sébastien Bach. Seuil 1984. Pages 147/148
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DÜRR, Alfred : Die Kantaten von J.-S. Bach. Bärenreiter. Kassel 1974. Deux volumes. Volume 1, pages 189 à 191
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Dans les références bibliques, apparaît sous l’abréviation « EKG ».
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LABIE, Jean-François : Le Visage du Christ dans la musique baroque. Fayard / Desclée 1992. Pages 44/45
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SCHWEITZER, Albert : J.- S. Bach |Le musicien-poète. Foestich 1967, 8e édition. Édition française de 1905. Pages 204 et 255
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Édition américaine (traduction de E. Neumann). Dover Publications, inc. New York. 1911-1966.
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SPITTA, Philipp : Johann Sebastian Bach. Sous-titré : « His Work and Influence on the Music of Germany 1685-1750 »
Novello & Cy 1889 - Dover 1951-1952. Trois volumes. Volume 3, page 286
WHITTAKER, W. Gillies : The Cantatas of Johann Sebastian Bach. Sacred & Secular Oxford U.P. 1959-1985
Volume II, pages 278, 287 et 402 à 407
WUSTMANN, Rudolf : J.S. Bachs geistliche und weltliche Kantatentexte. Breitkopf & Härtel, 1913-1967. Pages 70/71
ZWANG, Philippe et Gérard : Guide pratique des cantates de Bach. R. Laffont 1982. Pages 187/188
Réédition révisée et augmentée. L’Harmattan 2005


DISCOGRAPHIE BWV 111

BACH CANTATAS WEBSITE : Discographie établie par Aryeh Oron. Elle est ici proposée sous une forme sensiblement allégée avec, parfois, quelques précisions relatives aux références et aux dates. Les numéros 1] et suivants indiquent l’ordre chronologique de parution des enregistrements. 9 références (octobre 2002 – mai 2011) + 3 mouvements individuels (octobre 2002 - juillet 2006).
Exemples musicaux : Aryeh Oron, janvier 2003 - janvier 2005.

7] GARDINER. Monteverdi Choir. English Baroque Soloists. Soprano : Joanne Lunn. Contralto : Sara Mingardo. Ténor : Julian Podger.
Basse : Stephen Varcoe. Bach Cantata Pilgrimage. Eglise Saint-Marc à Milan (I), 22 au 24 janvier 2000. Durée : 15’01
CD Archiv- Produktion. 463582-2. 2000 . Cet enregistrement ne figure pas (2011) dans la collection SDG achevée en 2010
5] HARNONCOURT. Tölzer Knabenchor. Concentus Musicus Wien. 1981. Jeune garçon soprano : Markus Huber. Alto : Paul Esswood.
Ténor : Kurt Equiluz. Basse. Ruud van der Meer. Durée : 17’08
Disque Teldec 6.35573-00-501-503. Das Kantatenwerk. Volume 28. 1981
CD (D). Teldec 4509-91761. Das Kantatenwerk - Sacred Cantatas, volume 6. Coffret de six CD avec les cantates BWV 119 à 137
CD Teldec 242 606-2. Das Kantatenwerk, volume 28. Distribution en France, juin 1981. Avec les cantates BWV 111 à 114
Reprise Bach 2000. Teldec, volume 3. Coffret de 15 CD. Septembre 1999. Cantates BWV 100 à 117. BWV 119 à 140. BWV 143 à 149
Reprise CD Warner Classics 8573 81176-5. Intégrale en CD séparés, volume 34. 2007
8] KOOPMAN (volume 12). The Amsterdam Baroque Orchestra & Choir. Soprano : Lisa Larsson. Alto : Annette Markert.
Ténor : Christoph Prégardien. Basse : Klaus Mertens. Waalse Kerk. Amsterdam (NL), mars 2000. Durée : 15’37
CD Erato 8573 85842-2. Volume 12 (2001). Reprise sous label Antoine Marchand / Challenge 72211
Avec les cantates BWV 135, 124 et 121
6] LEUSINK. Holland Boys Choir/ Netherlands Bach Collegium. Soprano : Ruth Holton. Alto : Sytse Buwalda. Ténor : Nico van der Meel.
Basse : Bas Ramselaar. Église Saint-Nicolas d’Elburg (NL).Avril, septembre 1999. Durée : 19’23
Bach Edition. 2000. CD Brilliant Classics. Volume. 5 – Cantates, volume 2. 2000
Reprise Bach Edition. 2006. CD Brilliant Classics III - 93102 7/53. Avec BWV159, 165 et 22
Cette réédition 2006 a fait l‘objet en 2010 d‘une édition „augmentée“ : 157 CD comprenant, les partitions et 2 DVD proposant
les Passions (saint Jean et saint Matthieu).
1] RAMIN. Thomanerchor Leipzig. Gewandhausorchester Leipzig. Soprano : Agnes Giebel. Alto : Annegret Häussler. Ténor : Gert Lutze.
Basse : Johannes Oettel. Thomaskirche Leipzig. Enregistré en janvier 1953. Durée : 19’42.
Disque Corona RDA VEB, 1963 ?
Disque Eurodisc 89.814 XGK. Coffret. 1976. Avec les cantates BWV 42, 43, 57, 67, 73, 106, 128, 131
CD Berlin Classics 090922BC. Kantaten. Avec les cantates BWV 41 et 73
CD Leipzig Classics 001802 2BC.Volume I. Cantatas II. Bach in Germany. 1999. Avec BWV 73, 41
Reprise en coffret de 9 CD Historische Aufahmen mit Günther Ramin.. 1997
3] RICHTER. Chœur et orchestre Bach de Munich. Soprano : Edith Mathis. Contralto : Anna Redynolds. Ténor : Peter Sdchreier. Basse :
Theo Adam. Herkule Saal. Munich. Mars et avril 1972. Durée : 21‘ 42
Disque Archiv Produktion.
Reprise en coffret de six disques Archiv Produktion 2722-005. Volume 1. Avent et Nativité. Introduction de Georg von Dadelsen.
Avec les cantates BWV 61, 132, 63, 121, 64, 28, 171, 58, 65, 124, 13, 111, 81, 82
Reprise en coffret de onze disques Archiv Produktion, volume 3. 30 2722 018.
Avec les cantates BWV 61, 121, 64, 171, 65, 182, 1, 4, 6, 158, 67, 104, 12, 11, 44 + Oratorio de Noël et Magnificat.
Reprise en coffret de 26 CD Archiv Produktion, Vol. III/2. 439373-2. 1994. Advent und Weichnachten. Il s‘agit de l‘intégrale des
enregistrements effectués par Karl Richter
4] RILLING. Gächinger Kantorei Stuttgart. Bach-Collegium Stuttgart. Soprano : Arleen Auger. Alto : Helen Watts. Ténor : Lutz-Michael
Harder. Basse : Philippe Huttenlocher. Gedächtniskirche Stuttgart (D). Février, avril et décembre 1980
Durée : 19’58. Disque (D). Die Bach Kantate. Hänssler Verlag. Classic. Laudate 98717. 1981. Avec la cantate BWV 92.
CD. Die Bach Kantate (volume 23). Hänssler Classic. Laudate 98.874. 1980-1989. Avec BWV 13, 73
CD. Hänssler edition bachakademie (volume 35). Hänssler-Verlag 92.035. 1999. Avec les cantates BWV 109 et 110
9] SUZUKI (volume 32). Bach Collegium Japan. Soprano : Yukari Nonoshita. Contre-ténor : Robin Blaze. Ténor : Andreas Weller.
Basse : Peter Kooy. Février 2005. Kobe Shoin Women‘s University Chapel. Japan. Durée : 16’40
CD BIS-SACD-1501. Distribution en France, fin 2006 ( Annonce 9/2006). Avec les cantates BWV 123, 124, 125
2] THOMAS, Kurt. Thomanerchor Leipzig/Gewendhaus Orchester Leipzig. Soprano : Elisabeth Grümmer. Alto : Marga Höffgen. Ténor :
Hans Joachim Rotzsch. Basse : Theo Adam. Thomaskirche, mai, juin 1960. Durée : 22’10.
Disque Eterna 820 210 (ex RDA), 1960 et Electrola STE 80.609. Avec la cantate BWV 68
Reprise CD Berlin Classics. Avec la cantate BWV 68
Reprise CD Leipzig Classics« Bach in Germany », Cantatas IV. Volume 2.
Reprise en coffret de 8 CD, Leipziger Classics 001812 2 BC. 2000
Avec les cantates BWV 4, 11, 68, 59, 51, 243, 111, 140, 71, 225 et 230.


MOUVEMENTS INDIVIDUELS BWV 111

M-1. Mvt. 1] Karl Richter. Ansbach Bach Festival Choir & Orchestra. Enregistrement au début des années 1970.
Reprise CD Baroque Music Club. Soli Deo Gloria. Volume 1.
M-2. Mvt. 4] Duo Alto - ténor. Arrangement pour deux trompettes et orgue. USA. 1987. CD Gasparo.
M-3. Mvt. 6] Nicol Matt. Nordic Chamber Choir. Solists der Freiburger Barockorchester. Brillant Classics /Bayer Records
Reprise Bach Edition 2006. CD Brilliant Classics 93102/133. VI/27


C. Role. Juin 2011

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Last update: July 10, 2011 19:30:00